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lités semblables, qu'on doit regarder comme ayant en partage une

nature immuable. (iv, 553) i Considère donc d'abord avec nous quelles fautes les rois d'Argos et

de Messène firent contre les principes que nous venons d’établir, et comment ces fautes entrainèrent leur ruine et celle des affaires de la Grèce alors très florissantes. Ne se perdirent-ils point, pour n'avoir pas connu la vérité de ce beau mot d'Hésiode: Souvent la moitié est plus que le tout ? Hésiode pensait sans doute que lorsqu'il y a du danger à prendre le tout, et que la moitié suffit, ce qui suffit est plus que ce qui excède, puisqu'il vaut mieux.

- Clinias : Sans contredit. (vill, 184) k MONTAIGNE : En aucune chose l'homme ne sçait s'arreter au poinct

de son besoing : de volupté, de richesse, de puissance, il en embrasse plus qu'il n'en peut estreindre ; son avidité est incapable de modération. Je trouve qu'en curiosité de scavoir, il en est de même : il se taille de la besoigne bien plus qu'il n'en peut faire, et bien plus qu'il n'en a affaire... Ut omnium rerum, sic littérarum quoque, intemperantia laboramus. (Senec épist. 106) (Nous ne mettons pas plus de modération dans l'étude des lettres que dans

tout le reste.) (vi, 71) 1 CARD. DE RICHELIEU : On ne pouvait tolérer plus longtemps le procédé

de ceux à qui Votre Majesté avait confié le timon de son Etat, sans tout perdre; et d'autre part, on ne pouvait aussi le changer tout d'un coup, sans violer les lois de la prudence, qui ne permet

pas qu'on passe d'une extrémité à l'autre, sans milieu. (Test. Pol. 184) m Les désordres qui ont été établis par des nécessités publiques, et qui

se sont fortifiés par des raisons d'Etat, ne se peuvent réformer qu'avec le temps. Il en faut doucement ramener les esprits, et ne

point passer d'une extrémité à l'autre. (Test. Pol. 198) PASCAL : Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? un néant

à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Il est infiniment éloigné des deux extrêmes, et son être n'est pas moins distant du néant d'où il est tiré que de l'infini où il est englouti. Son intelligence tient, dans l'ordre des choses intelligibles, le même rang que son corps dans l'étendue de la nature, et tout ce qu'elle peut faire est d'apercevoir quelque appařence du milieu des choses... Cet état, qui tient le milieu entre les extrêmes, se trouve en toutes nos puissances.

Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous assourdit, trop de lumière nous éblouit, trop de distance et trop de proximité empêchent la vue, trop de longueur et trop de brièveté obscurcissent un discours, trop de plaisir incommode, trop de consonnances déplaisent. Nous ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid. Les qualités excessives nous sont ennemies et non pas sensibles : nous ne sentons plus, nous en souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit : trop et trop peu de nourriture troublent ses actions : trop et trop peu d'instruction l'abêtissent. Les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étaient pas, et nous ne sommes point à leur égard. Elles nous échappent ou nous à elles. Voilà notre état véritable. C'est ce qui resserre nos connaissances en de certaines bornes que nous ne passons pas ; incapables de savoir tout et d'ignorer tout absolument. Nous sommes sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants entre l'ignorance et la connaissance; et si nous pensons aller plus avant, notre objet branle et échappe à nos prises ; il se dérobe et fuit d'une fuite éternelle ; rien ne le peut arrêter. C'est

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notre condition naturelle, et toutefois la plus contraire à notre

inclination. O Bossuet : ... Le sens est blessé et affaibli par les objets les plus sen

sibles ; le bruit, à force de devenir grand, étourdit et assourdit les oreilles. L'aigre et le doux extrêmes offensent le goût que le seul mélange de l'un et de l'autre satisfait. Les odeurs ont besoin aussi d'une certaine médiocrité pour être agréables ; et les meilleures portées à l'excès, choquent autant ou plus que les mauvaises. Plus le chaud et le froid sont sensibles, plus ils incommodent nos sens. Tout ce qui nous touche trop violemment nous blesse. Des yeux trop fixement arrêtés sur le soleil, c'est-à-dire sur le plus visible de tous les objets, et par qui les autres se voient y souffrent beau

coup et à la fin s'y aveugleraient. (59) p FÉNELON : Le véritable usage de la raison qui est en moi est de ne

rien croire sans savoir pourquoi je le crois, et sans être déterminé à m'y rendre sur un signe certain de vérité. D'autres hommes voudraient que je commençasse par le mépris de toutes ces choses qu'on appelle mystères de religion ; mais je n'ai garde de les rejeter sans les avoir auparavant bien examinés. Il y a autant de légèreté et de faiblesse d'esprit à être incrédule et opiniâtre qu'à

être crédule et superstitieux. Je cherche le milieu. (240)
q MOLIÈRE : Les hommes la plupart sont étrangement faits ;

Dans la juste mesure on ne les voit jamais :
La raison a pour eux des bornes trop petites;
En chaque caractère ils passent les limites;
Et la plus noble chose, ils la gàtent souvent,
Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.

(Tartuffe, i, vi)

r LOCKE : Les faits ne sont tout au plus que les matériaux des sciences,

et si l'on se contente d'en charger sa mémoire, ce n'est qu'un embarras inutile : de même celui qui érige tout en principes s'accable du même poids et s'expose outre cela à recevoir beaucoup d'erreurs. Ce sont deux extrémités qu'il faut éviter avec soin, et celui qui peut tenir un juste milieu est le mieux en état de rendre

bon compte de ses études. (82) 3 STERNE : Je crois cependant qu'il n'y a qu'un seul point de perfection

où l'homme puisse arriver... S'il le passe, il change plutôt de

qualité qu'il n'en acquiert. (Voy. Sent. 138) t FRANKLIN : En effet, quelque chose qui prétendait être la raison me

suggérait par moment que, pousser le scrupule au point où je le poussais, c'était une espèce de coquetterie morale, qui ferait rire à mes dépens, si on la connaissait; que trop de perfection avait l'inconvénient d'exciter l'envie et la haine; et qu'un homme bienveillant devait se permettre quelques défauts, afin de mettre

ses amis à leur aise. (171) u Règle IX. Modération. Évitez les extrêmes. (162) 0 GUÉNEAU : Le génie du siècle est trop porté à l'étude des faits pour

qu'il soit nécessaire d'insister sur les avantages de cette méthode.
Il semble même que les hommes avertis par les écarts des philo-
sophes rationnels et intimidés par la chute précipitée de leurs
systèmes aient pris une prévention trop forte contre la méthode
systématique. Par une méprise, qui n'est que trop commune, on
a confondu les abus de la raison avec la raison. L'esprit humain

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qui semble ne pouvoir se reposer que dans les extrêmes, passe tout d'un coup de la présomption à la défiance, de la témérité au découragement. (Disc. prél. 6)

comme aussi, afin de me détourner moins du vrai chemin, en cas que je faillisse, que si, ayant choisi l'un des extrêmes, c'eût été l'autre qu'il eût fallu suivre. Et particulièrement je mettois entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté ; non que je désapprouvasse les lois qui, pour remédier à l'inconstance des esprits faibles, permettent, lorsqu'on a quelque bon dessein, ou même pour la sûreté du commerce, quelque dessein qui n'est qu'indifférent, qu'on fasse des veux ou des contrats qui obligent à y persévérer : mais à cause que je ne voyois au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon particulier, je me promettois de perfectionner de plus en plus mes jugements, et non point de les rendre pires, j'eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens, si, pour ce que j'approuvois alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore après, lorsqu'elle auroit peut-être cessé de l’être, ou que j'aurois cessé de l'estimer telle. (55)

(55) a DESCARTES : Ces gens montrent leur mauvaise volonté et leur impuis

sance en disant des choses si hors d'apparence, aussi bien que ceux qui s'offensent de ce que j'ai dit que les væux sont pour rémédier à la faiblesse humaine, car, outre que j'ai très expressément excepté en mon discours tout ce qui touche la religion, je voudrais qu'ils m’apprissent à quoi les veux seraient bons si les hommes étaient immuables et sans faiblesse. Et bien que ce soit une vertu que de se confesser aussi bien que de faire des veux de religieux, si est-ce que cette vertu n'aurait jamais de lieu si les

hommes ne péchaient point. (vili, 329) b CLÉOBULE DE LINDE a dit : Aplotov petpov, en tout la mesure est une

bonne chose; Ausone (poète fort apprécié de Descartes) ajoute : Il faut de la mesure dans le langage, dans le silence, dans le sommeil, dans les veilles. Tout ce qui est bienfait, reconnaissance, injure, étude et travail en cette vie, exige cette mesure qui s'arrête

à propos. (Ausone) C THALÈS DE MILET : Rien de trop. (Ausone) d PLATON : Les autres en grand nombre, dont je vais te révéler les

mystères, sont plus cultivés. Leur principe, d'où dépend tout ce que nous venons d'exposer, est celui-ci : tout est mouvement dans

l'univers, et il n'y a rien autre chose. (111, 44) e Et la laideur, est-ce autre chose que le défaut de mesure, lequel déplaît

partout où il se rencontre ? — Pas autre chose. — ... Mais quoi ? Il est des choses capables de se mouvoir, qui tendent à un but et font effort pour l'atteindre : Or, si dans chacun de leurs élans ces choses passent à côté du but, sans le toucher, cela vient-il de ce qu'elles se meuvent avec mesure, ou au contraire de ce qu'elles se meuvent sans mesure ? — Sans mesure évidemment. (v, 49)

(55) f ÉPICTÈTE : Refuse le serment en tout et partout si cela est en ton

pouvoir ; sinon autant que l'occasion le permettra. (Max. 110) g L'état actuel de la société étant comme un état de trouble et de pré

paration à la guerre, le cynique ne doit avoir rien qui le détourne du service de Dieu, ni qui l'empêche de fréquenter les autres hommes ; et pour cela, il ne faut pas qu'il soit enchaîné par aucun des devoirs imposés aux simples citoyens, ni engagé dans les relations sociales qu'il ne peut rompre sans renoncer à la qualité d'homme

de bien et vertueux. (348) h MARC-AURÈLE : Tout ce que tu vois va changer et dans un moment

ne sera plus; et pour t'en convaincre, tu n'as qu'à penser à tous les changements que tu as vus et qui se sont faits en ta présence : En un mot, le monde n'est que changement et la vie qu'opinion.

(Réflexion III, Liv. IV). i PASCAL : C'est sortir de l'humanité que de sortir du milieu. La gran

deur de l'àme humaine consiste à savoir s'y tenir; et tant s'en faut que sa grandeur soit d'en sortir qu'elle est à n'en point sortir. (Pensées détachées, XII, 188)

Ma seconde maxime étoit d'être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrois, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses lorsque je m'y serois une fois déterminé que si elles eussent été très-assurées : (56)

(56) a DESCARTES : La seconde est qu'il ait une ferme et constante résolu

tion d'exécuter tout ce que sa raison lui conseillera, sans que ses passions ou ses appétits l'en détournent; et c'est la fermeté de cette résolution que je crois devoir être prise pour la vertu, bien que je ne sache point que personne l'ait jamais ainsi expliquée; mais on l'a divisée en plusieurs espèces, à qui l'on a donné divers

noms à cause des divers objets auxquels elle s'étend. (1x, 214) b Il est vrai que si j'avais dit absolument qu'il faut se tenir aux opi

nions qu'on a une fois déterminé de suivre, encore qu'elles fussent douteuses, je ne serais pas moins répréhensible que si j'avais dit qu'il faut être opiniâtre et obstiné, à cause que se tenir à une opinion, c'est le même que de persévérer dans le jugement qu'on en fait. Mais j'ai dit tout autre chose, à savoir qu'il faut être résolu en ses actions, lors même qu'on demeure irrésolu en ses jugements, et ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, c'est-à-dire n'agir pas moins constamment suivant les opinions qu'on juge douteuses, lorsqu'on s'y est une fois déterminé, c'est-à-dire lorsqu'on a considéré qu'il n'y en a point d'autres qu'on juge meilleures ou plus certaines, que si on connaissait que celles-là fussent les meilleures, comme en effet elles le sont sous cette condition ; et il n'est pas à craindre que cette fermeté en l'action nous engage de plus en plus dans l'erreur ou dans le vice, d'autant que l'erreur ne peut être que dans l'entendement, lequel je suppose nonobstant cela demeurer libre, et considérer comme douteux ce qui est douteux. Outre que je rapporte principalement cette règle aux actions de la vie qui ne souffrent aucun délai, et que je ne m'en sers que par provision, avec dessein de changer mes opinions sitôt que j'en pourrai trouver de meilleures et de ne perdre aucune occasion d'en chercher. Au reste, (56)

j'ai été obligé de parler de cette résolution et fermeté touchant les actions, tant à cause qu'elle est nécessaire pour le repos de la conscience, que pour empêcher qu'on ne me blâmât de ce que j'avais écrit que pour éviter la prévention il faut une fois en sa vie se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues auparavant en sa créance; car apparemment on m'eût objecté que ce doute si universel peut produire une grande irrésolution et un grand dérèglement dans les mœurs. De façon qu'il ne me semble pas avoir pu user de plus de circonspection que j'ai fait pour placer la résolution, en tant qu'elle est une vertu entre les deux vices qui lui

sont contraires, à savoir l'indétermination et l'obstination. (v11, 392) C Il faut aussi examiner en particulier les meurs des lieux où nous

vivons pour savoir jusques où elles doivent être suivies ; et bien
que nous ne puissions avoir des démonstrations certaines de tout,
nous devons, néanmoins, prendre parti et embrasser les opinions
qui nous paraissent les plus vraisemblables touchant toutes les
choses qui viennent en usage, afin que, lorsqu'il est question
d'agir, nous ne soyons jamais irrésolus ; car il n'y a que la seule

irrésolution qui cause les regrets et les repentirs. (ix, 235) d C'est un défaut qu'on peut remarquer en la plupart des disputes, que

la vérité étant moyenne entre les deux opinions qu'on soutient, chacun s'en éloigne d'autant plus qu'il a plus d'affection à contredire. Mais l'erreur de ceux qui penchaient trop du côté du doute ne fut pas longtemps suivie, et celle des autres a été quelque peu corrigée, en ce qu'on a reconnu que les sens nous trompent en beaucoup de choses. Toutefois je ne sache point qu'on l'ait entièrement ôtée en faisant voir que la certitude n'est pas dans le sens mais dans l'entendement seul lorsqu'il a des perceptions évidentes; et que, pendant qu'on n'a que les connaissances qui s’acquièrent par les quatre premiers degrés de sagesse, on ne doit pas douter des choses qui semblent vraies en ce qui regarde la conduite de vie ; mais qu'on ne doit pas aussi les estimer si certaines qu'on ne puisse changer d'avis lorsqu'on y est obligé par

l'évidence de quelque raison. (111, 16) e Cependant il est à remarquer que je n'entends point que nous nous

servions d'une façon de douter si générale, sinon lorsque nous commençons à nous appliquer à la contemplation de la vérité. Car il est certain qu'en ce qui regarde la conduite de notre vie, nous sommes obligés de suivre bien souvent des opinions qui ne sont que vraisemblables, à cause que les occasions d'agir en nos affaires se passeraient presque toujours avant que nous puissions nous délivrer de tous nos doutes ; et lorsqu'il s'en rencontre plusieurs de telles sur un même sujet, encore que nous n'apercevions peut-être pas davantage de vraisemblance aux unes qu'aux autres, si l'action ne souffre aucun délai, la raison veut que nous en choisissions une, et qu'après l'avoir choisie nous la suivions constam

ment, de même que si nous l'avions jugée très certaine. (111, 64) f Le Lotus: Voilà pourquoi je vous dis aujourd'hui : produisez en

vous une suprême, une noble énergie, afin d'obtenir la science

de celui qui sait toul. (vii, 120) g CONFUCIUS : 5me Règle : Que l'on agisse avec constance lorsque l'on

aura reconnu ce que l'on doit faire. h ÉPICTÈTE : Le troisième article, qui concerne ceux qui commencent à

faire des progrès, consiste dans la stabilité de ces principes... (276) i Ne te reste-t-il pas encore à acquérir la faculté d'être inébranlable

dans les maximes que tu as adoptées. (277)

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