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g Jupiter craignant que la race humaine ne fut exterminée, envoya

Mercure avec ordre de donner aux hommes la pudeur et la justice afin qu'elles ornassent leurs villes et qu'elles serrassent les nouds d'une commune amitié. Mercure ayant reçu cet ordre, demanda à Jupiter comment il devrait donner aux hommes la pudeur et la justice, et s'il les distribuerait comme Epiméthée avait distribué les arts ; car voici comment les arts ont été distribués : l'art de la médecine, par exemple, a été attribué à un seul, qui l'exerce pour une foule d'autres qui ne le connaissent pas, et il en est de même de tous les autres artisans. Suffira-t-il donc que je distribue de même la pudeur et la justice à un petit nombre de gens, ou les donnerai-je à tous indifféremment ? A tous, certainement, repartit Jupiter, il faut que tous y aient part ; car, si on n'en fait part qu'à un petit nombre, comme on a fait des autres arts,

il n'y aura jamais ni ville, ni société. (11, 32) h ÉPICTÈTE : Il y a dans tous les hommes un certain sens naturel

qui, lorsqu'ils n'ont pas quelque défaut marqué dans l'esprit, fait qu'ils entendent également tout ce qu'on leur propose ; et, cette disposition, égale dans tous les hommes, c'est ce qu'on appelle

sens commun. (291) i Il y a des choses dont les hommes conviennent facilement, et

d'autres qu'ils n'accordent pas. Personne n'avouera qu'il est stupide ou insensé; mais, au contraire, tu entendras tout le monde

dire : Plût à Dieu que j'eusse autant de fortune que d'esprit. (234) Quant à l'idée du bien et du mal, de l'honnête et de l'infâme, de la

décence et de l'indécence, du bonheur et du malheur, de ce qui est conforme au devoir et de ce qui s'en écarte, de ce qu'il faut faire et ne pas faire, quel homme ne l'a pas apportée, pour ainsi dire, en venant au monde ? D'où vient donc que sur ces matières on se trompe si souvent quand on juge des faits particuliers ? Cela vient, comme je l'ai déjà dit, de ce que nous appliquons mal

nos notions communes... (171) k MARC-AURÈLE : Si l'intelligence nous est commune à tous, la raison

qui nous rend animaux raisonnables, l'est aussi. Si la raison l'est, la raison qui ordonne ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter,

l'est encore. Cela étant, la loi est commune... (Réflexion iv, Liv. iv) POPE : Il n'y a pas moins une égalité de contentement commun que

de sens commun. m LOCKE : Tout ce que j'ai dit jusqu'ici sert à montrer que les diffé

rentes capacités qu'on voit entre les hommes, à l'égard de l'esprit, ne viennent pas tant de leurs facultés naturelles que des habitudes

qu'ils ont acquises. (18) n Il en est de l'esprit comme du corps ; et si l'on examine les choses

de près, l'on trouvera que la plupart de ces grandes et belles qualités qui passent pour des dons de la nature, ne sont que le fruit de l'exercice, et qu'elles n'arrivent à quelque degré de perfection que par des actes réitérés. (vii, 17)

GETHE : L'homme est si disposé à s'occuper des choses les plus

vulgaires, son esprit et ses sens s'émoussent si aisément pour les impressions de la beauté et de la perfection, que l'on devrait entretenir chez soi, par tous les moyens, la faculté de les sentir... Il faudrait au moins entendre tous les jours un chant agréable, lire de bons vers, voir une belle peinture et, s'il était possible, dire quelques paroles raisonnables. (vi, 272)

p JOUFFROY : Tout le monde entend par sens commun un certain nom

bre de principes ou notions évidentes par elles-mêmes, où tous les hommes puisent les motifs de leurs jugements et les règles de leur conduite ; et rien n'est plus vrai que cette idée. Mais ce que l'on ne sait pas assez, c'est que ces principes sont tout simplement des solutions positives de tous les grands problèmes qu'agite la philosophie, Comment dirigerions-nous notre conduite et de quels jugements serions-nous capables, si nous ne pouvions distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le beau du laid, un être d'un autre être et la réalité du néant ; si nous ne savions à quoi nous en tenir sur ce que nous voyons avec nos yeux, sentons avec notre conscience et concevons avec notre raison ; si nous n'avions aucune idée du but de cette vie et de ses conséquences, de l'auteur de toutes choses et de sa nature. Que ferait le flambeau de l'intelligence, et comment irait la société humaine, s'il y avait même l'ombre du doute dans les notions que nous possédons sur la plupart de ces points ? Or, ces notions, si fermement et si nécessairement établies dans l'intelligence de tous les hommes, que sont-elles, sinon une suite de réponses à ces questions : Qu'est-ce que le vrai ? Qu'est-ce que le bien ? Qu'est-ce que le beau ? Quelle est la nature des choses ? Qu'est-ce que l'être ? Quelle est l'origine de la certitude des connaissances humaines ? Quelle est la destinée de l'homme en ce monde ? Toute sa destinée s'accomplit-elle en cette vie ? Ce monde est-il l'ouvrage du hasard ou d'une cause intelligente ? Et, nous le demandons, ne sont-ce point là, au moins dans leurs germes, toutes les questions logiques, métaphysiques, morales, politiques et religieuses ?

Le sens commun n'est donc autre chose qu'une collection de solutions des questions qu'agitent les philosophes ; c'est donc une autre philosophie, antérieure à la philosophie proprement dite, puisqu'elle se trouve spontanément au fond de toutes les consciences, indépendamment de toute recherche scientifique. Il y a donc deux votes sur les questions qui intéressent l'humanité : celui du vulgaire et celui des philosophes, le vote spontané et

le vote scientifique, le sens commun et les systèmes. (112) q TAINE : Ce sont les actes de volonté répétés et soutenus dès la pre

mière adolescence qui décident des talents et des destinées. (Derniers essais, 145)

Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent. (2)

a DESCARTES : Je suis obligé de dire, pour la consolation de ceux qui

n'ont point étudié, que tout de même qu'en voyageant, pendant qu'on tourne le dos au lieu où l'on veut aller, on s'en éloigne d'autant plus qu'on marche plus longtemps et plus vite, en sorte que, bien qu'on soit mis par après dans le droit chemin, on ne peut pas y arriver sitòt que si on n'avait point marché auparavant; ainsi, lorsqu'on a de mauvais principes, d'autant qu'on les cultive davantage et qu'on s'applique avec plus de soin à en tirer b

diverses conséquences, pensant que ce soit bien philosopher, d'autant s'éloigne-t-on davantage de la connaissance de la vérité et de la sagesse : d'où il faut conclure que ceux qui ont le mons appris de tout ce qui a été nommé jusques ici philosophie sont

les plus capables d'apprendre la vraie. (111, 17) THÉOGNIS : Le sage, quelque lent qu'il soit, atteint l'homme le plus

agile, Cyrnus, lorsque dans cette poursuite, il a avec lui la justice

des dieux immortels. (135) XÉNOPHON : Socrate ne traitait pas tous les hommes de la même

manière; mais, à ceux qui, s'imaginant être doués d'un bon natırel, méprisaient l'étude, il apprenait que les natures les plus heureuses en apparence ont le plus besoin d'être cultivées; il leur montrait que les chevaux les plus généreux, pleins de feu et de vivacité, deviennent les meilleurs si on les dompte dès leur jeunesse, mais que si on néglige de les dompter ils deviennent rétifs et sans prix ; que, de même, les chiens de la meilleure race, infatigables et ardents à la poursuite des animaux, sont les plus précieux et les plus utiles à la chasse si on les dresse avec soin, mais que si on les instruit mal, ils sont stupides, furieux, entêtés. Semblablement, les hommes les mieux doués, ceux dont l'âme est la mieux trempée et la plus énergique dans ce qu'ils entreprennent, s'ils reçoivent une éducation convenable et s'ils apprennent ce qu'ils doivent faire, deviennent excellents et très utiles car ils font une infinité de grandes choses; mais s'ils restent sans éducation et sans instruction, ils deviennent très mauvais et très dangereux ; incapables de discerner ce qu'ils doivent faire, ils tentent souvent de mauvaises actions et deviennent hautains et violents, prêts à se regimber et difficiles à conduire : aussi causent-ils une infinité de grands malheurs. (1, 103)

d PLATON : Nous pouvons également assurer que les âmes les mieux

nées deviennent les plus mauvaises par une mauvaise éducation. Crois-tu, en effet, que les grands crimes et la méchanceté consommée partent d'une âme ordinaire, et non plutôt d'une forte nature que l'éducation a gâtée ? Pour les âmes vulgaires, on peut dire qu'elles ne feront jamais ni beaucoup de bien, ni beaucoup

de mal. (v11, 303) e Ce sont ces heureux naturels ainsi pervertis, qui causent les plus

grands maux à l'État et aux particuliers, et qui, au contraire, leur font le plus grand bien lorsqu'ils tournent du bon côté. Un naturel médiocre n'est capable de rien de grand, soit en bien,

soit en mal, comme particulier ou comme homme public. (vii, 309) f N'as-tu point encore remarqué jusqu'où va la sagacité de ces hom

mes à qui on donne le nom d'habiles coquins ? Avec quelle pénétration leur petite ame discerne tout ce qui les intéresse ? Sa vue n'est ni faible, ni troublée ; mais comme ils la contraignent de servir d'instrument à leur malice, ils sont d'autant plus malfai

sants qu'ils sont plus subtils et plus clairvoyants... (VII, 346) g N'avons-nous'pas vu que l'âme la plus capable et la plus habile est

aussi la meilleure, la plus en état de faire l'un et l'autre, tant ce

qui est beau que ce qui est laid, en tout genre d'action. (x, 34) h Ne pas craindre d’être lent, craindre seulement de s'arrêter.

(Chinois peints par eux-mêmes, 162) i Bacon : Un boîteux, dans. la bonne voie, arrive plus tôt qu'un

coureur dans la mauvaise. (R. d. Syst. 946)

į LOCKE : Je recherche ici quelle doit être la conduite de l'entende

ment pour arriver à la science et à la certitude, et j'ose dire à ceux qui ne se proposent que ce but, que celui qui marche à loisir, mais d'un pas ferme et constant, dans un chemin droit et sûr, arrivera plus tôt à la fin de sa course que celui qui s'arrête avec tous les voyageurs qu'il rencontre, quoiqu'il aille tout le jour au grand galop. (63)

Pour moi, je n'ai jamais présumé que mon esprit fut en rien plus parfait que ceux du commun : même j'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette et distincte, ou la mémoire aussi ample ou aussi présente, que quelques autres. (3)

(3) a PLATON : Il faut encore qu'ils aient des dispositions convenables...

La sagacité nécessaire pour l'étude des sciences et la facilité à apprendre,... il faut de plus qu'ils aient de la mémoire, de la

volonté, qu'ils aiment le travail... (vil, 373) b Il y a encore une faculté de l'âme... qui contribue à donner la

réputation de sage ; mais il est plus ordinaire de l'appeler un don de la nature... Elle consiste à apprendre avec facilité, à

posséder une mémoire vaste et sûre... (x, 162) C GÆThe : L'homme qui sait reconnaître les bornes de son intelli

gence est le plus près de la perfection. (1, 514) d NAPOLÉON. L'empereur disait qu'une tête sans mémoire est une

place sans garnison. La sienne était heureuse: elle n'était point générale, absolue ; mais relative, fidèle et seulement pour ce qui lui était nécessaire... Elle tenait du cour et conservait le souvenir de tout ce qui lui avait été cher. (Dam. Hinard 11, 130)

Et je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l'esprit : car pour la raison, ou le sens, d'autant qu'elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu'elle est tout entière en un chacun, et suivre en ceci l'opinion commune des philosophes qui disent qu'il n'y a du plus ou du moins qu'entre les accidents et non point entre les formes ou nature des individus d'une même espèce.

Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d'heur de m'être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m'ont conduit à des considérations et des maximes dont j'ai formé une méthode par laquelle il me semble que j'ai moyen d'augmenter par degrés ma connoissance, et de l'élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d'atteindre. (4)

a DESCARTES : Je m'aperçus enfin que j'arrivois à la vérité, non plus,

comme les autres hommes, par des recherches vagues et aveu

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gles, et plutôt avec le secours de la fortune qu'avec 'le secours de l'art, mais que j'avois trouvé, par une longue expérience, des règles fixes qui ne sont pas d'une médiocre utilité pour cette étude, et dont je me suis servi dans la suite pour découvrir d'autres règles. Et ainsi j'ai cultivé toute cette méthode avec soin, et je me suis persuadé que dès le principe j'avois suivi la meilleure manière

d'étudier. (xi, 253) b J'ai lu soigneusement le livre que vous avez pris la peine de

m'envoyer et je vous en remercie. L'auteur témoigne être homme de bon esprit et de grande doctrine, et avoir outre cela beaucoup de probité et de zèle pour le bien public... Le dessein qu'il propose de ramasser dans un seul livre tout ce qu'il y a d’utile en tous les autres, serait aussi fort bon s'il était praticable; mais j'appréhende qu'il ne le soit pas : car, outre qu'il est souvent très malaisé de bien juger de ce que les autres ont écrit et d'en tirer le meilleur sans rien prendre avec cela de mauvais,... Ce n'est pas qu'on doive pour cela négliger celles d'autrui, lorsqu'on en rencontre d’utiles ; mais je ne crois pas qu'on doive employer son

principal temps à les recueillir. (vili, 50) C ... L'un de ces moyens qui me semble des plus utiles, est d'examiner

ce que les anciens en ont écrit, et tâcher à renchérir par-dessus eux, en ajoutant quelque chose à leurs préceptes ; car ainsi on peut rendre ces préceptes parfaitement siens et se disposer à les mettre

en pratique. (1x, 209) d On peut ramener les maximes des sages à un très petit nombre de

règles générales. (@uv. inéd. de Descartes. Foucher de Careil : 13) e Voir le Discours de la méthode aux renvois 35, 47, 48, et 101. f MALEBRANCHE : Il est temps présentement de montrer les chemins

qui conduisent à la connaissance de la vérité et donner à l'esprit toute la force et toute l'adresse que l'on pourra, pour marcher dans ces chemins sans se fatiguer inutilement et sans s'égarer.

(Rech. de la Vérité, III, 2) § SALOMON : Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et les

maîtres qui en ont fait des recueils sont comme des clous enfon

cés et donnés par un même pasteur. (Eccl. XII, 13) h PINDARE : Il y a des routes dans la vie qui mènent plus loin que

d'autres, et une même passion ne nous entraîne pas tous vers

cette perfection d'un si pénible accès. (46) i Eschyle: Les sages ont entre eux beaucoup de points communs.

(Gøthe, 1, 420) j SOCRATE : Les trésors que les anciens sages nous ont laissés

dans leurs livres, je les parcours en société de mes amis ; si nous rencontrons quelque chose de bien, nous le recueillons et nous regardons comme un grand profit de nous être utiles les uns aux autres. (Xén. I, 29)

k PLATON : Laissons donc cette route; car pour moi notre recherche

ressemble à une sorte de route. (11, 270) ... sache bien, Glaucon, qu'en continuant d'employer la même mé

thode, il nous sera impossible de découvrir ce que nous cherchons. Le chemin qui doit nous conduire au terme est beaucoup plus long et beaucoup plus compliqué. (vil, 218)

Te rappelles-tu aussi ce que nous avons dit auparavant,... qu'on pouvait avoir de ces vertus une connaissance plus exacte, mais

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