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n'en sont pas plus tôt en possession, que le trouble, l'agitation, le dégoût, le désir des choses qu'ils ne possèdent pas sont les mêmes qu'auparavant. La liberté ne consiste point dans la jouissance des

objets désirés, mais à ne pas former de désirs. (419) m Quand un cheval est-il malheureux ? C'est lorsqu'il est privé de ses

facultés naturelles : ce n'est pas de ne pouvoir chanter comme un coq, mais de ne pouvoir courir. Et le chien ? Ce n'est pas de ne pouvoir voler, mais de ne pouvoir suivre les traces des animaux. De même, un homme malheureux n'est-il pas, non celui qui ne peut étrangler des lions, ou embrasser des statues (parce qu'il n'a pas reçu de la nature des forces suffisantes pour cela), mais celui

qui a perdu la probité, la fidélité ? (434) n MARC-AURÈLE : Tu peux être toujours heureux si tu sais marcher

droit et suivre la raison dans tes actions et dans tes pensées.

(Rois ph. 53)
MONTAIGNE : « Le bien qu'on n'a pas, parait toujours le bien suprême.

« En jouit-on, c'est pour soupirer après un autre avec la même
» ardeur. » (Lucret. L. 3, v. 1095) Quoy que ce soit qui tumbe en nos-
tre cognoissance et iouïssance, nous sentons qu'il ne nous satisfaict
pas, et allons béant aprez les choses advenir et incogneues, d'au-
tant que les presentes ne nous saoulent point ; non pas, à mon
advis, qu'elles n'ayent assez de quoy nous saouler, mais c'est que
nous les saisissons d'une prinse malade et desreglee : « Epicure,
» considérant que les mortels ont à peu près tout ce qui leur est
» nécessaire, et que cependant, avec des richesses, des honneurs,
» de la gloire, et des enfants bien nés, ils n'en sont pas moins en
» proie à mille chagrins intérieurs, et qu'ils ne peuvent s'empêcher
» de gémir comme des esclaves dans les fers, comprit que tout le
» mal vient du vase même, qui, impur lui-même, corrompt et
» aigrit ce qu'on y verse de plus précieux. » (Lucret. L. 6, v. 9).

(11, 167)
p BOILEAU: De nos propres malheurs auteurs infortunés,

Nous sommes loin de nous à toute heure entraînés. (135) q MOLIÈRE: A tous événements le sage est préparé

Guéri par la raison des faiblesses vulgaires
Il se met au-dessus de ces sortes d'affaires
Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui

De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui. (11, 601)
r LA ROCHEFOUCAULD: Quand on ne trouve pas son bonheur en soi-

même il est inutile de le chercher ailleurs. (Max. 57) Ś G@THE: Chacun a son bonheur dans ses mains, comme l'artiste une

matière brute à laquelle il veut donner une figure. Mais il en est de cet art comme de tous les autres : l'aptitude nous est seule donnée par la nature; elle veut être développée par l'étude et soigneusement exercée. (vi, 66)

Enfin, pour conclusion de cette morale, je m'avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure ; et, sans que je veuille rien dire de celles des autres, (63)

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(63) b Platon: Ce qui indispose tant de gens contre la philosophie, ce sont

ces faux sages toujours déchaînés contre les gens, qu'ils accablent d'injures, et dont les discours sont une satire perpétuelle du genre humain. Ils font en cela un personnage tout à fait messéant à la philosophie. - Cela est vrai. – Car, mon cher Adimante, celui qui fait son unique étude de la contemplation de la vérité n'a pas le temps d'abaisser ses regards sur la conduite des hommes pour la censurer, et se remplir contre eux de haine et d'aigreur ; mais, ayant l'esprit sans cesse fixé sur des objets qui gardent entre eux un ordre constant et immuable, qui, sans jamais se nuire les uns aux autres, conservent toujours les mêmes arrangements et les mêmes rapports, c'est à imiter et à exprimer en soi cet ordre inva

riable qu'il met toute son application. (vii, 318) c Il faudrait citer ici quatre ou cing pages de l'Apologie de Socrate,

nous indiquerons seulement la fin du passage : ...Pour m'en assurer encore davantage et pour obéir au Dieu, je continuai ces recherches (des hommes sages), non seulement parmi nos citoyens, mais aussi parmi les étrangers, pour voir si je n'en trouverai aucun

véritablement sage ;... (1, 62) d ÉPICTÈTE : J'examine les hommes, ce qu'ils disent, ce qu'ils font, non

pour les blâmer ou pour m'en moquer, mais je m'en fais l'application à moi-même... (Max. 194)

je pensois que je ne pouvois mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvois, c'est-à-dire que d'employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m'avancer autant que je pourrois en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m'étois prescrite. (64)

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DESCARTES : C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher

jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu'on trouve par la philosophie; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos meurs et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n'ont que leurs corps à conserver, s'occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l'esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture; et je m'assure aussi qu'il y en a plusieurs qui n'y manqueraient s'ils avaient espérance d'y réussir, et qu'ils sussent combien ils en sont capa

bles. (111, 12) b Le droit usage de la raison, donnant une vraie connaissance du bien,

empêche que la vertu ne soit fausse ; et même, l'accordant avec
les plaisirs licites, il en rend l'usage si aisé, et nous faisant
connaître la condition de notre nature, il borne tellement nos
désirs, qu'il faut avouer que la plus grande félicité de l'homme
dépend de ce droit usage de la raison, et par conséquent que
l'étude qui sert à l'acquérir est la plus utile occupation qu'on peut
avoir, comme elle est aussi sans doute la plus agréable et la plus

douce. (1x, 215)
c Voir les renvois 6, 9, 22, 28-29.

(64) d CONFUCIUS s'appliqua d'abord à étudier les préceptes des anciens et

à philosopher de son mieux; à 30 ans rien ne l'ébranlait, il ne craignit plus la fortune, rien n'était capable de le détourner de l'étude de la philosophie ; à 40 ans, il n'hésita plus et ses doutes s'évanouirent; à 50 ans, il reconnut la providence divine et sut pénétrer dans les desseins du ciel ; voyant l'importance de la pure lumière de la raison, qui est le plus grand présent que le ciel ait

fait au genre humain. (3) e Le souverain bien consiste dans une parfaite conformité à la droite

raison, soit pour nos sentiments, soit pour nos inclinations. (1) f THÉOGNIS: La raison, Cyrnus, est ce que les dieux accordent aux

mortels de meilleur. Dans la raison de l'homme, tout est compris. Heureux qui la possède en lui-même! Elle vaut mieux que la funeste violence, que la misérable satiété, cet autre fléau des mor

tels. (162) g L'homme n'a rien, en lui, de meilleur que la raison, et de plus

funeste, Cyrnus, que la déraison. (153) h PYTHAGORE : Examine tout; donne à ta raison la première place et,

content de te laisser conduire, abandonne-lui les rênes. (270) i Que la règle et la raison te conduisent dans les moindres choses. (266) j PINDARE : Lorsqu'un mortel a conquis sans de longs efforts un bien

précieux il parait habile entre tous parce qu'il a réglé sa vie sur

les conseils de la raison. (119) k PLATON : Mais prenons bien garde, avant toutes choses, que nous

n'ayons un grand défaut. – Phédon : Quel défaut ? - Socrate : C'est d'être des misologues (ennemis de la raison), comme il y a des misanthropes ; car le plus grand de tous les malheurs c'est de haïr la raison ; ...(v, 72). Et, par conséquent, le plus grand bonheur

consiste à aimer la raison. 1 Le bon sens nous dit qu'il est de notre devoir de n'obéir qu'à un de

ces fils, d'en suivre toujours la direction et de résister fortement à tous les autres. Ce fil n'est autre que le fil d'or et sacré de la raison, appelé la loi commune de l'État. Les autres fils sont de fer et raides : celui-là est souple, parce qu'il est d'or; et il n'a qu'une seule forme, tandis que les autres ont des formes de toute espèce. Or, il faut rattacher et soumettre tous ces fils à la direction parfaite du fil de la loi ; car la raison, quoique excellente de sa nature, étant douce et éloignée de toute violence, a besoin d'aides afin que

le fil d'or gouverne les autres. (VIII, 89) m La musique et la philosophie qui la dirige, établies pour le perfec

tionnement de l'âme par les dieux et par les lois, accoutument, exhortent, contraignent la partie déraisonnable de l'àme, à se soumettre à la partie raisonnable ; elles adoucissent la colère, apaisent la concupiscence, les empêchent de s'exercer contre la raison, ou de rester oisives, quand l'intelligence les appelle soit à agir, soit à jouir. Car le dernier terme de la sagesse, c'est de se montrer docile aux conseils de la raison, et de les mettre en pratique

avec fermeté. (x, 52) n Socrate à Glaucon : Mais y a-t-il rien qui soit plus étroitement lié

avec la science que la vérité ? - Non. - Est-il possible que le même homme soit amant de la sagesse et du mensonge? – Non.

- Par conséquent, l'esprit véritablement avide de science doit, dès la première jeunesse, aimer et rechercher toute la vérité. - D'accord. (VII, 293)

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O Si, tandis qu'il est... rempli de ces folles idées et bouffi d'orgueil et

d'arrogance, ... quelqu'un s'approchant doucement de lui, osait lui faire entendre la vérité, et lui dire qu'il est dépourvu de raison, qu'il en a néanmoins grand besoin pour se conduire, mais que la

raison ne s'acquière qu'au prix des plus grands efforts... (VII, 308) p N'appartient-il pas à la raison de commander, puisque c'est en elle

que réside la prudence, et qu'elle a l'inspection sur toute l'âme ?

(VII, 229) 9 Si j'avais quelque influence sur eux, et sur toi, et sur Dion, vous

seriez beaucoup plus heureux que vous ne l'êtes, vous et les autres Grecs, j'ose l'affirmer. Toutefois, si je surpasse les autres, c'est

parce que je me laisse conduire à ma raison. (x, 339) r ÉPICTÈTE : La raison à quoi a-t-elle été destinée par la nature? à

faire des idées ou des pensées l'usage qu'il faut... Voilà pourquoi l'œuvre la plus importante et la première d'un philosophe est d'examiner les différentes sortes d'idées, et de n'en adopter aucune qu'après un examen réfléchi... Mais lorsqu'il s'agit de cette malheureuse partie supérieure de notre âme, nous nous endormons la bouche béante et admettons toutes sortes d'idées, parce que

le dommage ne se présente pas sur le champ. (85) s Voilà la raison qui m'empêchera d'appeler un homme laborieux,

seulement parce que je saurai qu'il lit ou qu'il écrit; et quand même on ajouterait qu'il étudie des nuits entières, je ne l'appellerais pas encore laborieux, à moins de connaître l'objet de ses études. Certes, tu ne donnes pas ce nom à l'homme qui veille pour voir sa maîtresse; ni moi non plus. Si c'est le désir de la gloire qui le fait veiller, je dis que c'est un ambitieux ; si c'est pour acquérir de l'argent, je l'appelle avare et non laborieux ; si c'est pour s'instruire dans les lettres, je l'appelle philologue; mais si je vois que le travail auquel il se livre a pour but de cultiver sa raison, afin de la soumettre à la nature, c'est alors seulement

que je dis qu'il est un homme laborieux. (429) t Venons aux règles, voyons les notions faites d'avance ; car on ne

saurait assez s'étonner de ce qui a lieu en pareil cas. Lorsque nous voulons juger du poids, nous n'en jugeons point au hasard, non plus que des corps droits ou courbes. En un mot, partout où, comme dans ce cas-ci, il nous importe de connaître la vérité, aucun de nous ne fera rien sans réflexion. Et lorsqu'il s'agit uniquement de bien faire ou de se tromper, de prospérer ou non, de vivre heureux ou malheureux, c'est alors seulement que nous sommes téméraires et inconsidérés ; il n'y a plus rien qui ressemble à la balance ou à la règle ; mais que quelque chose me vienne

à l'esprit, aussitôt je la fais. (116) u Quelle est donc la matière que travaille le philosophe ? Est-ce son

manteau ? Non, mais sa raison. Quelle est sa fin ? Est-ce de porter un manteau ? Non, mais d'avoir une raison droite. Quels sont ses préceptes ? Prescrivent-ils de laisser croître sa barbe ou de porter une ample chevelure? Non, mais plutôt, comme dit Zénon, de connaître les éléments de la raison, quelle est la nature de chacun d'eux, comment ils s'accordent entre eux, et quelles en sont les

conséquences. (453) “ Voir : renvoi 6, e, f, g. x MARC-AURÈLE: J'ai appris d'Appolonius à être libre et ferme dans

mes desseins, à ne suivre jamais que la raison, même dans la plus petite chose, à être toujours égal dans les douleurs les plus aigues,

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dans la perte des enfans, et dans les longues maladies. J'ai connu par son exemple qu'on peut être en même temps sévère et doux, il m'a fait voir qu'il ne faut avoir ni chagrin ni emportement, quand on enseigne les autres, et que la moindre de toutes les vertus, c'est la science et la facilité que l'on a à la communiquer.

(R. Vii) y L'estime et le respect que tu as pour ta propre raison, font que tu

es agréable à toi - même, commode pour la société, et d'accord avec

les dieux. (Réflexion xv, Liv. v). Il faut faire toujours une définition ou une description exacte de

tout ce qui peut tomber dans la pensée, de sorte qu'on voie précisément sa matière, que l'on connaisse toutes ses parties séparément, et qu'on sache son véritable nom et le nom des choses dont il est composé et dans lesquelles il sera dissous : car il n'y a rien qui rende l'âme si grande que d'examiner avec méthode et avec

vérité tout ce qui peut arriver dans la vie,... (Réflexion x, Liv. iv) a.a L'âme de l'homme se déshonore en plusieurs manières, dont voici

les principales. Elle se déshonore, lorsqu'elle devient, autant qu'il est en son pouvoir, comme une espèce d'abcès et d'enflure dans le corps du monde : car d'être fàchée de ce qui arrive, c'est se retirer et se séparer de la nature universelle, qui comprend et enferme en elle-même toutes les natures de tous les êtres particuliers. Elle se déshonore quand elle a de l'aversion pour quelqu'un, et qu'elle va contre lui pour lui nuire, comme cela arrive dans la colère. Elle se déshonore lorsqu'elle se laisse vaincre par la volupté et par la douleur. Elle se déshonore lorsqu'elle use de dissimulation, et que dans ses paroles ou dans ses actions, elle emploie la feinte ou le mensonge. Elle se déshonore lorsqu'elle ne rapporte à aucun but ses actions ni ses mouvements, mais qu'elle agit témérairement, sans dessein et sans suite : car jusques aux moindres choses, tout doit être rapporté à une fin ; or, la fin que tout homme raisonnable doit se proposer, c'est de suivre la raison et les loix de cet univers, qui est la plus ancienne des villes et des

républiques. (R. 11, xvi) a.b CARD, DE RICHELIEU : La raison doit être la règle de la conduite d'un

état. La lumière naturelle fait connaître à un chacun que l'homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisque autrement il ferait contre la nature, et par conséquent

contre celui-ci même qui en est l'auteur. (Test. Pol. 208) a.c Et si, à l'avenir, on continue de suivre l'exemple du règne de Votre

Majesté, nos voisins n'auront pas l'avantage qu'ils ont eu par le passé; mais ce royaume partageant la sagesse avec eux, aura sans doute part à la bonne fortune, puisque, encore qu'être sage et heureux ne soit pas toujours une même chose, le meilleur moyen qu'on puisse prendre pour n'être pas malheureux est de prendre le chemin qu'enseignent la prudence et la raison, et non le déréglement assez ordinaire aux esprits des hommes et, particulière

ment, à ceux des Français. (Test. Pol. 212) a.d BOILEAU: Mais la scène demande une exacte raison. (162)

Aimez donc la raison : que toujours vos écrits

Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix. (139) a.e FRÉDÉRIC II : Vous ne pouvez mieux employer votre temps qu'à

éclairer votre esprit et augmenter vos connaissances. L'état auquel votre sort vous appelle demande, non seulement des intentions droites, mais encore une grande capacité. Je regrette

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