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qu'il fallait faire un plus long circuit pour y parvenir ; et que nous pouvions aussi les connaitre par une voie qui nous écar

terait moins du chemin que nous avons déjà fait ?... (vil, 324) m Il ne s'agit point ici d'un tour de palet, comme au jeu, mais d'im

primer à l'âme un mouvement qui, du jour ténébreux qui l'environne, l'élève jusqu'à la vraie lumière de l'Être par la route que

nous appellerons pour cela la vraie philosophie. (vil, 350) n. Je suis bien éloigné, Hippias, de contester que tu sois plus savant

que moi. Mais j'ai toujours coutume, lorsque quelqu'un parle, d'être fort attentif, surtout si j'ai lieu de juger que celui qui parle est un habile homme. Et, comme j'ai grande envie de comprendre ce qu'il dit, je le questionne, j'examine, je rapproche ses paroles les unes des autres, afin de mieux concevoir. (X, 18)

AUGUSTE. Ce qu'il recherchait le plus curieusement dans les auteurs

Grecs et Latins, c'étaient les préceptes et les exemples utiles pour la vie publique ou privée. Il les transcrivait, mot pour mot, et les envoyait d'ordinaire à ses délégués, aux généraux, aux gouverneurs des provinces, ou aux magistrats de Rome, quand

ils avaient besoin d'être avertis ou conseillés. (Suet, Lxxxix) p MARC-AURÈLE : Ainsi tu n'auras le temps de lire ni les commentai.

res de ta vie, ni les faits des anciens Grecs et Romains, ni les recueils que tu as faits des anciens auteurs, et que tu as mis à part pour t'en servir dans ta vieillesse. (Réflex. Liv. III, xiu)

a GETHE : Wilhelm crut que le moyen le plus prompt d'acquérir ce

qui lui manquait, était de s'attacher à rassembler et à retenir tout ce qui pouvait s'offrir à lui de remarquable dans les livres et la conversation. Il entreprit donc de mettre par écrit les opinions et les idées, d'autrui et les siennes, qu'il jugeait intéressantes. Malheureusement, par cette méthode, il retenait le faux aussi bien que le vrai. (Vi, 273)

Car j'en ai déjà recueilli de tels fruits, qu'encore qu'au jugement que je fais de moi-même je tâche toujours de pencher vers le côté de la défiance plutôt que vers celui de la présomption, (5)

(5)

a PLATON : La plus grande des maladies de l'homme est un défaut

qu'on apporte en naissant, que tout le monde se pardonne, et dont, par conséquent, personne ne travaille à se défaire ; c'est ce qu'on appelle l'amour-propre ;... quiconque veut devenir un grand homme, ne doit pas s'enivrer de l'amour de lui-même et de ce qui tient à lui : la justice seule, qu'il l'aperçoive en lui-même

ou dans les autres, mérite son amour. (vil, 262) b ÉPICTÈTE : Il y a deux choses qu'il faut extirper dans l'homme, la

présomption et la défiance. (320)

et que, regardant d'un æil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n'y en ait quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile, je ne laisse pas de recevoir une extrême satisfaction du progrès que je pense avoir déjà fait en la recherche de la vérité, et de concevoir de telles espérances pour

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l'avenir, que si, entre les occupations des hommes, purement hommes, il y en a quelqu'une qui soit solidement bonne et importante, j'ose croire que c'est celle que j'ai choisie. (6)

(6) a Voir le Discours de la méthode aux renvois 22, 29, 63 et 64. b PLATON : On expliquerait sans plus de difficulté, en prenant la

vraisemblance pour régle, les autres phénomènes analogues; et s'il est quelqu'un qui, pour se distraire, négligeant l'étude des êtres éternels, essaye de se faire des opinions vraisemblables sur la génération, et se procure ainsi un plaisir sans remords, il se

ménage pour la vie un amusement sage et modéré. (vi, 236) c On ne peut s'empêcher de reconnaitre que ce qui mérite l'estime du

philosophe, de l'ami de la raison, est véritablement estimable... Tout autre plaisir que celui du sage n'est point un plaisir réel, un plaisir pur ; au contraire, ce n'est qu'une ombre, un fantôme

de plaisir, selon ce que j'ai oui dire à un sage. (VII, 449) d Ainsi, ceux qui ne connaissent ni la sagesse, ni la vertu, qui sont

toujours dans les festins et dans les autres plaisirs des sens, passent sans cesse de la basse région à la moyenne, et de la moyenne à la basse... Jamais ils ne se sont élevés jusqu'à la haute région, ils n'ont pas même porté leurs regards jusque-là; ils n'ont pas été véritablement remplis par la possession de ce qui est ; jamais ils n'ont goûté une joie pure et solide... Ils ne goûtent que des plaisirs mêlés de douleurs, des fantômes du plaisir véritable, qui n'ont de couleur et d'éclat que quand on les rapproche l'un de

l'autre... (VII, 454) e ÉPICTÈTB : Mais as-tu cultivé ta raison ? As-tu tâché d'acquérir de

saines opinions ? T'es-tu attaché à la vérité ?... Commence, donne une petite partie de ton temps à ta raison... Si tu continues de ne t'adonner qu'aux choses extérieures, tu auras certainement des meubles plus rares et plus magnifiques qu'un autre, mais ta pauvre raison, ainsi négligée, sera bien bornée, bien sale, bien hor

rible. (450) I Jusques à quand diffèreras-tu de te juger digne des plus grandes

choses, et de te mettre en état de ne jamais blesser la droite rai.

son ? (Maxime 97) g Tu vas à Rome, tu entreprends ce long voyage pour avoir dans ta

patrie une plus belle charge que celle dont tu es revêtu. Quel voyage as-tu jamais fait pour avoir de meilleures opinions et de meilleurs sentiments ? Qui as-tu consulté jamais pour corriger ce qu'il y a en toi de défectueux ? En quel temps, à quel âge t'es-tu avisé d'examiner tes opinions ? (302)

Toutefois il se peut faire que je me trompe, et ce n'est peut-être qu'un peu de cuivre et de verre que je prends pour de l'or et des diamants. Je sais combien nous sommes sujets à nous méprendre en ce qui nous touche, et combien aussi les jugements de nos amis nous doivent être suspects lorsqu'ils sont en notre faveur. Mais je serai bien aise de faire voir en ce discours quels sont les chemins que j'ai suivis, et d'y représenter ma vie comme en un tableau, afin que chacun ne puisse juger, et qu'apprenant du bruit commun les opinions qu'on en aura, ce soit un nouveau moyen de m'instruire que j'ajouterai à ceux dont j'ai coutume de me servir.

Ainsi mon dessein n'est pas d'enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tâché de conduire la mienne. (7)

a

Voir dans le Dialogue (pages xvii et xvii) les divers textes qui cor

roborent ce passage, et dans les Règles pour la direction de l'esprit, le remarquable exemple que Descartes a commencé trois fois et qu'il n'a pas achevé, malheureusement pour nous.

Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent; et s'ils manquent à la moindre chose, ils en sont blåmables. (8)

a PLATON : Si je te disais : à propos de quelle délibération t'es-tu levé

pour donner des conseils aux Athéniens, n'est-ce pas sur les choses que tu sais mieux qu'eux ?... Car tu ne saurais donner de bons

conseils que sur les choses que tu sais... (1, 139) b DÉMOSTHÈNES : Alors, jugeant chacun d'après ses æuvres, punissez

qui sera en faute, récompensez qui le mérite ; et, pour ce qui vous regarde, ne fournissez aucun sujet, pas même un prétexte, de se plaindre de vous ; car pour avoir droit d'être sévère envers

les autres, il faut n'avoir rien à se reprocher. (112) C ÉPICTÈTE : Avant tout, l'âme du cynique doit être plus pure que la

lumière du jour ; sans cela, celui qui se mêlera de reprendre un autre, tandis qu'il est lui-même entaché de vices, ne sera qu'un

homme lâche et méprisable. (353)
d MOLIÈRE : On doit se regarder soi-même un fort long temps

Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire;
Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,
A ceux à qui le ciel en a commis le soin.

(11, 360)

Mais ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l'aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu'on peut imiter, on en trouvera peut-être aussi plusieurs autres qu'on aura raison de ne pas suivre, j'espère qu'il sera utile à quelques-uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise.

J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance; et, pour ce qu'on me persuadoit que par leur moyen on pouvoit acquérir une

connoissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j'avois un extrême désir de les apprendre. (9)

(9) a PYTHAGORB : Mortel, prends une juste confiance; c'est des dieux

mêmes que les humains tirent leur origine. La sainte nature leur découvre tous ses secrets les plus cachés. Si elle daigne te les communiquer, il ne te sera pas difficile de remplir mes préceptes. Cherche des remèdes aux maux que tu endures; ton âme recouvrera bientôt la santé. (270)

Mais sitôt que j'eus achevé tout ce cours d'études au bout duquel on a coutume d’être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d'opinion. Car je me trouvois embarrassé de tant de doutes et d'erreurs qu'il me sembloit n'avoir fait autre profit, en tâchant de m'instruire, sinon que j'avois découvert de plus en plus mon ignorance. (10)

(10) a DESCARTES : Vous m'avez obligé de m'avertir de l'impertinence de

mon ami; l'honneur que vous lui avez fait de lui écrire lui a sans doute donné tant de vanité qu'il s'est ébloui, et il a cru que vous auriez meilleure opinion de lui s'il vous écrivait qu'il a été mon maître il y a dix ans ; mais il se trompe fort, car il n'y a pas de gloire d'avoir instruit un homme qui ne sait rien et qui le confesse

partout librement. (vi, 55) b Vous publiez que vous avez appris beaucoup de choses de moi ; vous

me faites honneur, mais je n'en demeure pas d'accord, car si je sais quelque chose, je n'en sais que très peu, et non pas beaucoup

comme vous dites. (vi, 151) C ... Pourquoi serais-je en colère contre vous ? Serait-ce à cause que

vous vous êtes préféré à moi ? comme si je me souciais de cela, moi qui ai coutume de m'estimer le plus ignorant des hommes.

(vi, 159) d Comme la science humaine est fort limitée, et que tout ce que l'on

sait, comparé à ce que l'on ignore, n'est presque rien, c'est une marque de science d'avouer sincèrement qu'on ignore ce que l'on ignore véritablement, et c'est en cela que consiste principalement cette docte ignorance parce qu'elle est particulière aux véritables savants ; car les autres, qui font profession de science sans être véritablement savants, n'ayant pas assez d'esprit pour faire le discernement nécessaire de ce que tout vrai savant sait, de ce dont le même savant avoue son ignorance sans craindre qu'il y aiile de son honneur; ces faux savants, dis-je, se vantent de tout savoir

également. (vili, 601) ... Dans un même auteur on voit quelquefois réunis le mauvais, le

frivole, le bon, soit que tout lui appartienne en propre, soit qu'il en ait tiré une partie d'autres écrivains ; et les lecteurs y puisent selon leur caractère, semblables à l'abeille ou à l'araignée, qui des sucs des fleurs retirent, l'une son miel, l'autre son venin. C'est ainsi que l'étude rend meilleurs et plus éclairés ceux qui sont portés au bien, plus méchants et plus sots ceux qui n'ont de penchant que pour le mal. Et l'une des marques les plus certaines

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qui puissent servir à les distinguer les uns des autres, ce sont les ouvrages qu'ils préfèrent, chacun cherchant toujours le livre qui a le plus de rapport avec son caractère. Mais ils ont encore d'autres traits distinctifs : ceux-ci sont arrogants, entêtés, irascibles ; ceux-là ne s'enorgueillissent jamais, ils connaissent toute la faiblesse de l'homme, ils regardent comme peu de chose ce qu'ils savent, et pensent que ce qu'ils ignorent est bien plus considérable : aussi se montrent-ils pleins de candeur et de docilité, et toujours prêts à accueillir avec reconnaissance toutes les vérités

qui leur sont inconnues. (x1, 49) f Voir le Discours de la méthode aux renvois 23, 49, 64, 70, 71, 74 et 108.

§ LE Lotus : Tu as été engendré et tu t'es développé dans le ventre de

ta mère et tu ne te rappelles rien de tout cela. Comment donc es-tu savant et comment connais-tu tout et comment peux-tu dire : Je vois tout? Reconnais donc bien, ô homme, que ce qui est la clarté est l'obscurité ; reconnais encore que ce qui est l'obscurité

est la clarté. (83) h Tolstoï : Le propre du vrai savoir, a dit Confucius, c'est de savoir

que nous connaissons ce que nous connaissons et ne connaissons pas ce que nous ne connaissons pas. (vil, 76)

i XÉNOPHON : Et la sagesse, comment la définirions-nous ? Dis-moi, les

sages te paraissent-ils être sages seulement dans ce qu'ils savent, ou bien y a-t-il des gens qui soient sages dans ce qu'ils ne savent pas ? – On est sage dans ce qu'on sait, c'est évident. Comment, en effet, pourrait-on l'être dans ce qu'on ne sait pas ? - Est-ce par la science que les sages sont sages ? - Le moyen d'être sage autrement que par la science! – Crois-tu que les sages puissent être sages par autre chose que par la sagesse ? - Je ne le crois pas. - La science est-elle donc la sagesse? – Il me le semble. Penses-tu qu'il soit possible à l'homme de tout savoir ? - Par Jupiter ! je crois bien plutôt qu'il ne peut savoir que bien peu de

chose. (1, 129) i PLATON : Le plus sage d'entre vous, c'est celui qui reconnait, comme

Socrate, que sa sagesse n'est rien. (1, 62) k Il peut bien se faire que ni lui ni moi, ne sachions rien de beau ni

de bon; mais il y a cette différence, que lui, il croit savoir, quoiqu'il ne sache rien, et que moi, ne sachant rien, je ne crois pas

non plus savoir. (1, 179) i Car je ne sais aucune de ces belles et heureuses sciences. Je voudrais

de tout mon cœur les savoir ; mais j'ai toujours fait profession d'avouer que je ne sais rien pour ainsi dire qu'une petite science,

l'amour. (x, 89) m Je suppose donc cette science parfaitement possible, et je te demande

s'il en est plus facile de savoir ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. Car nous avons dit qu'en cela consiste la connaissance de soi-même et la sagesse. N'est-il pas vrai? — Sans doute, réponditil, et c'est très conséquent. (1, 280)

n GETHE : L'homme qui sait reconnaître les bornes de son intelligence

est le plus près de la perfection. (1, 514)

Et néanmoins j'étois en l'une des plus célèbres écoles de l'Europe, où je pensois qu'il devoit y avoir de savants hommes, s'il y en

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