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Ainsi le méchant, et quiconque nourrit le mal dans son âme, est

digne de pitié. (vili, 261) g Notre choix et notre volonté se déterminent ou demeurent en sus

pens, selon que les plaisirs et les peines sont plus ou moins nombreux, plus ou moins grands, plus ou moins vifs, en un mot, selon que l'équilibre subsiste entre eux, ou non. Puisque tel est l'ordre nécessaire des choses, il s'ensuit que, dans toute condition où les plaisirs et les peines sont très nombreux et très vifs, si c'est le plaisir qui domine, nous la voulons; si c'est la peine, nous ne la voulons point; qu'au contraire, dans toute condition où les plaisirs et les peines sont en petit nombre, faibles et tranquilles, si les peines l'emportent, nous ne la voulons point; si les plaisirs ont le dessus, nous la voulons. Enfin, quand tout est égal de part et d'autre, nous sommes condamnés, comme nous le disions tout à l'heure, à ne savoir que vouloir, notre volonté ne se déterminant pour ou contre un parti qu'autant que ce qui est

l'objet de son amour ou de son aversion y domine. (VIII, 264) h Voir renv. 100 e.

ÉPICTÈTE : Quiconque connaît ce qui est bien, sait aussi l'aimer. (239) i Toute åme est destinée par la nature à donner son assentiment à la

vérité, en le refusant à ce qui est faux, et suspendant son jugement sur ce qui est douteux... Il en est de même de l'âme ; qu'on lui montre le bien, elle s'y porte; qu'on lui montre le mal, elle s'en

éloigne. Car jamais l'âme ne rejettera les biens véritables... (280) k Lors donc que quelqu'un donne son assentiment à ce qui est faux,

sache qu'il n'a pas voulu approuver ce qui est faux; car c'est malgré elle, comme dit Platon, que toute âme est privée de la

vérité. (111) 1 JOUFFROY: Deux éléments interviennent dans la détermination de la

conduite de l'homme, et, par conséquent, dans la production de tout événement humain.

Ces deux éléments ou ces deux principes sont les tendances ou les passions de notre nature, d'une part, et la raison ou les idées de notre intelligence, de l'autre. Les unes nous poussent à leur satisfaction ; les autres nous disent ce qu'il y a de plus vrai, de plus beau et de meilleur à faire. Au fond, il n'y a pas contradiction entre ces deux principes : car ce que veut notre nature, c'est son véritable bien, et c'est là aussi ce que la raison cherche à déterminer, et ce qu'aspirent à représenter toutes les idées qu'elle nous propose comme règles de conduite. Au fond donc, la raison et la passion s'accordent; mais la loi de la passion, qui est aveugle, est d'aspirer à sa satisfaction immédiate et d'obéir dans chaque moment à l'impulsion la plus forte : deux choses qui sont le plus souvent en contradiction évidente avec son véritable bien, que la raison éclairée conçoit. De là, cette lutte éternelle des deux principes, dont la conscience de tout homme est le théâtre. (49)

Après m'être ainsi assuré de ces maximes, et les avoir mises à part avec les vérités de la foi, qui ont toujours été les premières en ma créance, je jugeai que pour tout le reste de mes opinions je pouvois librement entreprendre de m'en défaire. Et d'autant que j'espérois en pouvoir mieux venir à bout en conversant avec les hommes qu'en demeurant plus longtemps renfermé dans le poële où j'avois eu toutes ces pensées, l'hiver n'étoit pas encore bien achevé que je me remis à voyager. (68)

(68)

a Voir le Disc. de la Méth., renv. 21, 28. b ÉPICTÈTE : Voilà pourquoi les philosophes conseillent de s'absenter

de la patrie parce que les anciennes moeurs nous entraînent et ne nous permettent pas de commencer à prendre de nouvelles habitudes. Nous ne pouvons souffrir ceux qui nous rencontrent et disent : Voici un tel qui se mêle de philosopher, il est ceci et cela. Telle est la raison pour laquelle les médecins envoient dans une autre contrée respirer un autre air les malades dont la maladie se prolonge, et en cela ils font bien. De même introduisez parmi vous d'autres meurs, affermissez-vous et fortifiez-vous dans vos opinions... Vous ne prenez aucune habitude meilleure; vous ne faites aucune réflexion, ni aucun retour sur vous-mêmes ; personne ne se demande : Quel est l'usage que je fais des pensées qui me viennent à l'esprit ? Est-il conforme ou contraire à la nature ?... Ai-je déclaré aux choses qui ne dépendent pas de moi qu'elles ne me concernent en rien ? Si vous n'êtes pas dans de pareilles dispositions, renoncez à vos premières habitudes ; fuyez le vulgaire, si vous voulez commencer à être quelque chose. (324).

Et en toutes les neuf années suivantes, je ne fis autre chose que rouler çà et là dans le monde, tâchant d'y être spectateur plutôt qu'acteur en toutes les comédies qu'y s'y jouent; (69)

(69)

a Voir le Disc. de la Méth., renv. 23, 49, 74. b ÉPICTÈTE: Souviens-toi que tu es acteur dans la pièce où le maître

qui l'a faite a voulu te faire entrer, qu'elle soit longue ou qu'elle soit courte. S'il veut que tu joues le rôle d'un mendiant, il faut que tu le joues le mieux qu'il te sera possible... Car c'est à toi de bien jouer le personnage qui t'a été donné; mais c'est à un autre

de le choisir. (M. 43) c Si tu prends un rôle qui soit au-dessus de tes forces, non seulement

tu le joues mal, mais tu abandonnes celui que tu pouvais rem

plir. (M. 45) d Souviens-toi que ce sont les riches, les tyrans, les rois qui ont fourni

les sujets des tragédies ; les pauvres ne paraissent point sur nos théâtres, ou s'ils y ont quelque place, ce n'est que parmi les chan

teurs et les danseurs... (M. 84). e N'as-tu jamais vu une foire où les hommes se rendent de tous les

pays voisins ? Les uns y vont pour acheter, les autres pour vendre. Il y en a peu qui y soient par curiosité, pour voir seulement la foire, et qui s'informent pourquoi elle se tient et qui l'a établie. Il en est de même de ce monde. Tous les hommes s'y rendent, les uns pour vendre, les autres pour acheter. Il en est très peu qui y soient pour admirer ce grand spectacle, pour connaître ce qu'il est, celui qui l'a fait, pourquoi il l'a fait et comment il le gouverne... (M. 304)

et, faisant particulièrement réflexion en chaque matière sur ce qui la pouvoit rendre suspecte et nous donner occasion de nous méprendre, je déracinois cependant de mon esprit toutes les erreurs qui s'y étoient pu glisser auparavant. (50)

(70) a Confucius: La première chose à laquelle il faut travailler est de rec

tifier son entendement en le délivrant de l'erreur et des pré

jugés. (1) b PYTHAGORE : Mais abstiens-toi des aliments que je t'ai défendus.

Apprends à discerner ce qui est nécessaire dans la purification et la délivrance de l'âme. Examine tout: donne à ta raison la première place et, content de te laisser conduire, abandonne-lui les

rênes. (xxx) C NAPOLÉON. Son instruction est rudimentaire, il n'a pas dépassé la

quatrième... Seules les vérités mathématiques, les notions positives de la géographie et de l'histoire y ont pénétré et s'y sont gravées. Tout le reste lui vient du travail original et direct de ses facultés au contact des hommes et des choses, de son tact rapide et sûr, de son attention infatigable et minutieuse, de ses divinations indéfiniment répétées et rectifiées pendant ses longues heures de solitude et de silence. En toutes choses c'est par la pratique, non par la spéculation qu'il s'est instruit; de même qu'un mécanicien élevé parmi les machines. (Taine, 15)

Non que j'imitasse pour cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter et affectent d'être toujours irrésolus; car, au contraire, tout mon dessein ne tendoit qu'à m'assurer et à rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l'argile. Ce qui me réussissoit ce me semble assez bien, d'autant que, tâchant à découvrir la fausseté ou l'incertitude des propositions que j'examinois, non par de foibles conjectures, mais par des raisonnements clairs et assurés, je n'en rencontrois point de si douteuse que je n'en tirasse toujours quelque conclusion assez certaine, quand ce n'eût été que cela même qu'elle ne contenoit rien de certain. (51)

(01) a PLATON: ... Car si nous continuons, de deux choses l'ane: ou nous

trouverons ce que nous cherchons, ou nous croirons moins savoir ce que nous ne savons pas : ce qui n'est point un avantage à

mépriser. (111, 119) b ÉPICTÈTE : Mais que disent les philosophes ? Que la science est un

bien, et l'erreur un mal ; de sorte que nous retirons mème de ce qui est faux l'avantage de savoir que c'est faux. (329)

Et, comme en abattant un vieux logis on en réserve ordinairement les démolitions pour servir à en bâtir un nouveau; ainsi, en détruisant toutes celles de mes opinions que je jugeois être mal fondées, je faisois diverses observations et acquérois plusieurs expé

riences qui m'ont servi depuis à en établir de plus certaines. Et de plus, je continuois à m'exercer en la méthode que je m'étois prescrite ; car, outre que j'avois soin de conduire généralement toutes mes pensées selon les règles, je me réservois de temps en temps quelques heures que j'employois particulièrement à la pratiquer en des difficultés mathématiques, ou même aussi en quelques autres que je pouvois rendre quasi semblables à celles des mathématiques, en les détachant de tous les principes des autres sciences que je ne trouvois pas assez fermes, comme vous verrez que j'ai fait en plusieurs qui sont expliquées en ce volume. (52)

(12)

a Voir le Disc. de la Méth., renv. 4, 16, 48, 64. b DESCARTES: Nous désirerions ici un lecteur qui n'eût de goût que

pour les études mathématiques et géométriques, quoique j'aimasse mieux qu'il ne s'en fùt pas encore occupé que de les avoir apprises d'après la méthode vulgaire; car les règles que je vais donner sont d'un usage plus facile pour apprendre les sciences, à l'étude desquelles elles suffisent pleinement, que pour toute autre espèce de question; et leur utilité est si grande pour acquérir une science plus haute que je ne crains pas de dire que cette partie de notre méthode n'a pas été inventée pour résoudre des problèmes mathématiques, mais plutôt qu'il ne faut en quelque sorte apprendre les mathématiques que pour s'exercer à la pratique de cette mé

thode. (x1, 298) C PLATON : aux parents et amis de Dion : Animé de cet esprit (l'amour

de la philosophie), un tel homme, quelques soient les conjonctures, vit et se gouverne en toutes choses par les principes de la philosophie, et se voue chaque jour au régime le plus propre à exercer ses facultés, à développer sa mémoire, à se rendre habile à raisonner. Toute autre manière d'agir lui répugne et il

s'en abstient constamment. (x, 385) d Il n'y a point et il ne peut y avoir de voie plus belle que celle que

je recherche de tout temps... Il n'est pas bien malaisé de la faire connaître; mais il est très difficile de la suivre. Toutes les découvertes où l'art entre pour quelque chose, qui ont jamais été faites, n'ont été mises au jour que par elle... Autant que j'en puis juger, c'est un présent fait aux hommes par les dieux, qui nous a été envoyé du Ciel par quelque Prométhée avec un feu très éclatant. Les anciens, qui valaient mieux que nous et qui étaient plus près des dieux, nous ont transmis cette tradition, que toutes les choses à qui l'on attribue une existence éternelle sont composées d'un et de plusieurs, et réunissent en elles par leur nature le fini et l'infini; que, telle étant la disposition des choses, il faut, dans la recherche de chaque objet, s'attacher toujours à la découverte d'une seule idée : qu'on trouvera qu'il y en a une et que, l'ayant découverte, il faut examiner si, après celle-là, il y en a deux, sinon trois, ou quelque autre nombre; ensuite faire la même chose par rapport à chacune de ces idées, jusqu'à ce qu'on voie non seulement que l'idée primitive est une et plusieurs et une infinité, mais encore combien d'idées elle contient en soi ; qu'on ne doit point appliquer à la multitude l'idée de l'infini avant que d'avoir saisi par la pensée le nombre déterminé qui est en elle entre l'infini et l'unité; (22)

et qu'alors seulement on peut laisser chaque individu aller se perdre dans l'infini.

Les dieux donc, comme j'ai dit, nous ont donné cet art d'examiner, d'apprendre et de nous instruire les uns les autres. Mais les sages d'entre les hommes d'aujourd'hui font un à l'aventure et plusieurs plus tôt ou plus tard qu'il ne faut. Après l'unité, ils passent tout de suite à l'infini, et les nombres intermédiaires leur échappent. Cependant ce sont ces nombres qui font la différence de la discussion conforme aux lois de la dialectique et de celle

qui n'est que contentieuse. (iv, 422) e LOCKE: Lorsque par l'étude des mathématiques les hommes ont

acquis la bonne méthode du raisonnement, ils peuvent l'employer dans toutes les autres parties de nos connaissances. En effet, partout où il s'agit de raisonner, on doit disposer chaque argument comme une démonstration mathématique et suivre la liaison des idées, jusqu'à ce que l'esprit arrive à la source d'où elles dépen

dent. (30) f CONDILLAC : Certainement, calculer c'est raisonner et raisonner c'est

calculer : si ce sont là deux noms ce ne sont pas deux opérations... Dans toutes les sciences comme en arithmétique, la vérité ne se découvre que par des compositions et des décompositions.... Le progrès des connaissances humaines n'a donc été retardé que parce que les hommes n'ont ni assez connu leur esprit, ni assez senti le besoin de l'exercer. (vi, 267)

Et ainsi sans vivre d'autre façon en apparence que ceux qui, n'ayant aucun emploi qu'à passer une vie douce et innocente, s'étudient à séparer les plaisirs des vices, et qui, pour jouir de leur loisir sans s'ennuyer, usent de tous les divertissements qui sont honnêtes, je ne laissois pas de poursuivre en mon dessein et de profiter en la connoissance de la vérité, peut-être plus que si je n'eusse fait que lire des livres ou fréquenter des gens de lettres. (13)

(73) a DESCARTES : Nous voyons des hommes qui jamais ne se sont occupés

de lettres juger d'une manière plus saine et plus sûre de ce qui se

présente que ceux qui ont passé leur vie dans les écoles. (x1, 216) b Après avoir cité le passage de l'Ecclésiaste : « Il y a tel homme qui

passe les jours et les nuits sans dormir », Descartes ajoute : Comme si le prophète voulait en ce lieu-là nous avertir que le trop grand travail, la trop grande assiduité à l'étude des lettres empêche qu'on ne parvienne à la connaissance de la vérité, ce que je ne crois pas que ceux qui me connaissent particulièrement

jugent pouvoir être appliqué à moi. (11, 346) C Et je puis dire avec vérité que la principale règle que j'ai toujours

observée en mes études, et celle que je crois m'avoir le plus servi pour acquérir quelque connaissance, a été que je n'ai jamais employé que fort peu d'heures par jour aux pensées qui occupent l'imagination, et fort peu d'heures par an à celles qui occupent l'entendement seul, et que j'ai donné tout le reste de mon temps au relache des sens et au repos de l'esprit. (1x, 132)

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