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IMPRIMERIE-STÉRÉOTYPIE GARET

J. EMPÉRA UGER, IMPRIMEUR

PAU

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UNIVERSITY

OF

DIALOGUE

SUR LE

DISCOURS DE LA MÉTHODE

Interlocuteurs : MINOS, Osmin, Mison.

Mison : Quoi, ce Discours jugé suffisant par Descartes, ce chefd'ouvre qui, pendant près de trois siècles, a formé tant d'illustres savants et philosophes ne vous suffit pas ? Minos : Vous l'avez dit.

Mison : Alors, à tant de remarques, à tant de savants commentaires publiés par ses éminents disciples, vous jugez indispensable d'ajouter d'innombrables notes plus ou moins orthodoxes, plus ou moins compréhensibles comme celles de l'Économie de Xénophon ?

Minos : Vous êtes dur; cependant je suis bien forcé de vous dire qu'elles me semblent nécessaires.

Mison : Parce que vous êtes plus habile que Descartes et ces fameux Cartésiens qui, marchant sur ses traces, ont guidé la science dans. cette voie nouvelle où elle fait tous les jours de si merveilleuses découvertes ?

Minos : Pas du tout; vous n'avez pas saisi ma pensée, entendezmoi bien : Au siècle de Descartes et de ses plus glorieux disciples on n'était pas submergé par un torrent intarissable de livres tous plus savants les uns que les autres; on ne lisait pas autant d'ouvrages, mais on les relisait, méditait, digérait, on se les assimilait; en un mot on apprenait ce qui est nécessaire : d'abord, pour comprendre ce que ce grand homme a bien voulu nous dire, et ensuite pour trouver, plus ou moins vite, ce qu'il a jugé bon de laisser chercher.

Mison : Et vous prétendez l'enseigner par vos notes ?

Minos : Ce n'est pas moi qui l'enseignerai. Si vous en aviez lu quelques-unes vous auriez vu qu'elles n'ont rien de Minos. A la suite des phrases de son discours, je me borne à citer d'abord les textes de Descartes et de ses principaux disciples qui peuvent éclaircir ou préciser sa pensée, et ensuite ceux des hommes célèbres, anciens ou modernes, qui ont traité des idées analogues ; et je n'ai pas la prétention de les donner tous ; j'ai inis ceux que j'ai rencontrés dans

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mes lectures, mais je laisse à chacun le soin et le plaisir de les compléter.

Mison : Pourquoi tout ce travail ? Je n'en vois ni la nécessité ni l'utilité.

Minos : Pouvons-nous oublier que le P. Rapin a dit : « On peut croire qu'on entend le Discours de la Méthode sans l'entendre... » Ce qui n'est pas étonnant, puisque DESCARTES lui-même a écrit : « Je vois qu'on se méprend fort aisément touchant les choses que j'ai écrites... » (VIII, 612) Vous êtes jeune, cher Mison, et vous ne connaissez pas encore les difficultés de l'étude des sciences et surtout de leur application aux actes les plus importants de la vie ; pour moi, je ne vois pas d'autre moyen d'échapper à de terribles embarras, d'éviter les plus grands périls.

Mison : Quels embarras, quels périls ?

Minos : Ceux qui accablent inévitablement celui qui tombe dans le plus grand des maux.

Mison : Nous direz-vous enfin quel est le plus grand des maux ?

Minos : C'est celui dont PLATON parle souvent, et notamment dans ses lettres, quand il dit : « Racine et tige de tous les maux, l'ignorance produit les fruits les plus amers ;... » (x, 378)

Mison : Expliquez-vous, de grâce.

Minos : D'un côté, les plus éminents parmi les hommes recommandent d'étudier la méthode; ils prétendent que c'est elle qui décide du succès ou de l'insuccès des entreprises, du bonheur ou du malheur de chacun ; ils disent que, sans elle, l'homme est le jouet du hasard, comme une barque fragile exposée, sans gouvernail, à la fureur des tempêtes. De l'autre, des hommes qui paraissent très savants affirment que c'est inutile, parce que tout ce qui doit arriver est réglé d'avance : par le hasard, la fortune, la fatalité ou la chance, disent les uns, tandis que les autres soutiennent que c'est « par une intelligence, une sagesse admirable ».

Osmin : Grave question à résoudre.

Minos : Ce n'est pas tout: parmi ceux qui recommandent la méthode, les uns prétendent qu'il n'y en a qu’une, qu'elle s'applique à toutes les opérations de l'intelligence, à toutes les sciences, à tous les arts ; les autres soutiennent qu'il y a autant de méthodes que de sciences ou arts et qu'il faut en changer aussi souvent que la nature des opérations change elle-même. Beaucoup d'hommes, remarquables par leur science et leur dévouement au bien de leurs semblables, affirment que la méthode de Descartes est la meilleure, la plus clairement exposée, que c'est elle qui a guidé et guidera toujours l'humanité dans les voies de la science, du progrès et du bonheur; d'autres, qui paraissent aussi habiles, disent que c'est une erreur absolue et préconisent je ne sais combien de méthodes.

Osmin : Comment choisir ?

Minos : Il y a des jours où cela me semble assez facile, mais ce qui m'embarrasse le plus, c'est de concilier ceux qui soutiennent que le

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