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Enfin, lorsqu'on entreprit en 1696 une révision générale des titres, Melchior Jolyot comparut; on ne lui reconnut la posses: sion d'aucun fief conférant noblesse, et par conséquent aucun droit à porter le nom d'écuyer. Bien qu'il eût acquis depuis dix ans le petit fief de Crais-Billon (1), il continuait de signer Jolyot, tout simplement, mais on doit constater qu'il avait, comme une foule d'autres bourgeois, adopté de superbes armoiries « d'azur, à un aigle éployé d'or, tenant dans son bec une plante de trois lis d'argent » (2).

Ainsi les Jolyot n'étaient pas nobles. Essayons maintenant de reconstituer, en partie du moins, leur véritable généalogie. D'après Crébillon lui-même, Melchior Jolyot était originaire de Nuits (3). M. le Di Duret, de Nuits, après de minutieuses recherches aux registres paroissiaux malheureusement fort incomplets, a retrouvé en effet un certain nombre de Jolyot. Quelques rapprochements très simples de noms et de dates nous autorisent à affirmer que Pierre Jolyot, cordonnier, et Marguerite Oudin ont eu pour fils Oudin Jolyot, époux de Marguerite Germain, huissier de la Chambre des comptes à Dijon, en 1627, et inscrit au tableau des Notaires de cette ville de 1632 à 1643. Quant à Melchior Jolyot, bien qu'on n'ait retrouver son acte de baptême, il est certainement fils d'Oudin Jolyot, puisqu'il est neveu d'un Jean-Baptiste Germain (4), qu'il choisit pour parrain de sa fille Anne (1671).

Melchior épousa en 1667 (contrat passé le 26 octobre) Hen

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(1) Vid. infra, page 9, note 5.
(2) Armorial général de Bourgogne, cité par

Jal. (3) Ainsi, quoi qu'en dise de la Porte, c'est avec raison qu'au second volume des Nouvelles recherches sur la France, on le dit fils d'un bourgeois de Nuits. L'erreur de porte que sur le titre de procureur. M. Amanton observe, en effet, que Oudin Jolyot, en sa qualité de notaire royal, a pu briguer la charge de procureur du bailliage, mais aucun document ne montre qu'il l'ait oblenue.

(4) Pour la certitude de cette parenté signalée simplement comme probable

par M. Amanton, voir l'arrêt de la Cour des Aides (Bibl. Nat., Dossiers bleus, 9733, Jolyot). Pour les détails qui suivent, cf. Amanton.

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riette Gagnard dont il eut de nombreux enfants : Anne, baptisée le 7 janvier 1671; Marianne, le 5 mars 1672; Prosper (Cré. billon), le 15 janvier 1674, et plus tard successivement : LouisMelchior, Jean, Pierre-Jean, Melchior.François, Guillaume et Claude, garçon et fille jumeaux, et enfin une fille, Ursule. Veuf en 1686, il épousa en secondes noces (vers 1706) Jeanne Duneau ou Dumiau (1) qui lui survécut. Il mourut le 24 décembre 1707, « âgé de 60 ans environ ».

Crébillon lui-même, et de la Porte assurent que Henriette Gagnard était fille d'un lieutenant général de Beaune. On trouve en effet des Ganiarre parmi les lieutenants civils du bailliage de Beaune et l'un d'eux exerça par deux fois (1635 et 1646) les fonctions de maire. M. Amanton voit dans la différence d'orthographe un argument probant contre cette parenté, mais l'indécision de l'orthographe est telle dans les actes et même dans les livres qu'il faut, au contraire, se garder d'en rien conclure. Il remarque, en outre, que Anne Ganiard (peutêtre la sæur d'Henriette) marraine d'Anne Jolyot, est la femme d'un épicier, Roch Mamiot; c'eût été, dit-il, mésalliance pour la fille d'un lieutenant au bailliage. Nous avouons ne pas être bien convaincu par ce nouvel argument. Qu'il y ait eu mésalliance, la chose n'a rien d'impossible ; mais, de plus, y a-t-il mésalliance, si Roch Mamiot était un riche bourgeois, chef d'une importante maison ? Enfin, lorsque Crébillon nous signale comme parents de Henriette Gagnard les familles Bouin, de Migieux, de La Marre et Souvert, il ne commet pas un mensonge, puisque ce sont les familles de son parrain et de sa marraine.

Quoi qu'il en soit de l'origine des Gagnard et aussi de Geneviève (ou Anne) de Bretagne (ou Bretaigne) dame Gagnard, mère de Henriette, issue d'une famille de magistrats au parlement de Dijon (2), nous pouvons résumer comme suit la généalogie des Jolyot.

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(1) Arrêt précité.
(2) Crébillon, lettre déjà citée et Girault, p.

9-12.

A). Pierre Jolyot, né de 1570 à 1580, épouse, vers 1601, Marguerite Oudin. Ils ont pour enfants Marguerite (acte de baptême, 1609), Anne (acte, 1611), Nicolas (acte, 1627), mais avant eux, certainement, Oudin (vers 1602); peut-être aussi Jean (vers 1620) et Pierre (1618, puisqu'il meurt à l'âge de 55 ans en 1673). On connait de Jean deux enfants, Reine (acte, 1645) et Pierre (acte, 1648).

B). Oudin Jolyot, né vers 1602, épouse vers 1635, Marguerile Germain, dont il a : Jeanne (acte, 1637), Marguerite (acte 1638, morte en 1694) et Melchior (vers 1647, puisqu'il meurt âgé de 60 ans environ en 1707). Marguerite Germain a un frère nommé Jean-Baptiste.

C). Melchior Jolyot épouse Henriette Gagnard en 1667; nous avons énuméré déjà leurs enfants. La fille aînée Anne, épouse en 1693 Fiacre Poulin, fils de Fiacre Poulin, notaire. Il n'est fait mention nulle part de ses autres frères et seurs, à l'exception de Louis-Melchior, décédé le 4 juillet 1693, et de Prosper (Crébillon), Melchior-François et Pierre-Jean, seuls nommés dans les affaires de la succession paternelle.

D). On a encore signalé un Jolyot, greflier au parlement de Besançon en 1696 (1); un Jolyot, brigadier général en Angleterre (?) (1740); un R. P. Jolyot, professeur à Blois, déplacé en 1755; enfin un Henri Jolyot né en 1640, chevalier de Noisy, ingénieur, qui trouva fortune à la cour de Schah-Hussein. Rien n'établit leur parenté avec la famille qui nous intéresse (2).

(1) Amanton, recherches de M. Duret.

(2) Dossiers bleus, Jolyot. Notes manuscrites de deux écritures différentes sur des lambeaux de papier qui figurent au dossier avec les numé. ros 2, 3, 4. Quelques-unes de ces notes paraissent être de M. Bertin du Rocheret, administrateur président et grand voyer de l'élection d'Epernay, mort en 1750.

CHAPITRE II

Ses ÉTUDES CHEZ LES JÉSUITES DE dijo.x.

ACQUISITION DE CRais-Bilion

Prosper Jolyot sut mis au collège des Jésuites de Dijon (dit collège des Godrans), dont les bâtiments sont occupés aujourd'hui par la Bibliothèque de la ville, l'Ecole Normale primaire et la Faculté de Droit. On a contesté cependant qu'il ait fait ses études à Dijon. Ainsi M. Girault (1) prétend qu'il sut élevé à Paris, au collège Mazarin et nomme son professeur, M. Feuardent (?). Cette affirmation n'est pas nouvelle; on la rencontre déjà, au lendemain de la mort de Crébillon, dans la notice biographique insérée au Mercure par M. de la Place (2). Mais, dit M. Vitu, « La Place ajoute qu'il en sut l'un des premiers écoliers, ce qui compromet l'exactitude de l'assertion, car le collège Mazarin était prêt à ouvrir ses classes dès l'année 1674, où naquit Cribillon ». D'autre part le bibliophile Jacob, nous ne savons sur la loi de quels documents, veut qu'il ait fait ses humanités au collège Louis-le-Grand (3), de sorte que, à Paris

, comme en province, il n'aurait eu d'autres maîtres que les jésuites (4).

En l'absence de documents positiss, nous comprenons que M. Vitu reste indécis, non sans observer, toutefois, que le témoignage de l'abbé de la Porte en faveur de Dijon (5) a au moins autant de valeur que celui de La Place, et paraît bien

(1) Particularités inédites.
(2) Mercure, juillet 1762.
(3) Ciré par M. Vitu, Notice, p. IV.
(4Id. Ibid.
(5) Eloge historique dans l'édition de Crébillon, 1772.

plus conforme à toutes les probabilités. Comment supposer, en effet, que

Melchior Jolyot ait fait l'énorme dépense d'envoyer son fils à Paris, lorsque le collège des Godrans où les Jésuites admettaient, selon leur tradition constante, des enfants appartenant à toutes les classes de la société, lui assurait à moins de frais, sans déplacement, cette éducation brillante et solide que le xvuio siècle tout entier a tenue en si haute estime ?

Nous considérons donc comme prouvé que Prosper Jolyot a fait ses études à Dijon (1), mais comment les a-t-il faites? La légende veut qu'il ait poussé loin l'espièglerie et l'art de jouer à ses maîtres les tours les plus pendables du répertoire classique.

Voler un battant de cloche et le cacher sous son lit sans que le sonneur (un vieux sourd), s'en aperçoive; enfermer ce pauvre homme dans une cave, éteindre sa lanterne et lui faire croire à force d'avanies que l'enser est à ses trousses; puis, ayant encouru la peine du fouet, faire apparaître le diable fort à propos sur le point menacé, au grand effroi de son trop crédule exécuteur; tout cela, sans doute, bien qu'un peu forcé, n'est

pas mal imaginé. Et ainsi de quelques autres exploits, dont le récit ne laisse pas d'avoir un certain charme pour les écoliers, même pour ceux qui ne le sont plus, tantôt sous la plume de Mme de Ségur (2), tantôt sous celle de M. Joigneaux (3). Mais tous ces détails, probablement controuvés et assurément peu dignes de nous arrêter, se résument très bien en une phrase latine des plus connues, que nous devons citer à notre tour; laissons la parole à de la Porte :

(1) Nous sommes heureux de citer à l'appui de ce raisonnement l'autorité du savant archiviste de Dijon, M. Garnier, pour qui la solution n'est pas douteuse, et qui récuse, jusqu'à production d'un document, l'opinion de MM. de la Place, Girault et Lacroix.

(2) « Un bon petit diable » (Bibliothèque rose illustrée). Ce sont exactement les tours attribués à Crébillon, bien qu'il ne soit en aucune façon question de lui dans l'ouvrage,

(3) Crébillon au collège, trois articles (1er, 8 et 14 février 18/6), dans la Chronique de Bourgogne, sous la signature F. J.

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