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ES Anciens ont inventé deux sortes de Satires, ils ont mis l'une sur le

Théatre, & l'ont animée h o s de la representation des vicieux dont ils ont voulu jouer le ridicule. C'est ce qu'ils ont apelé Comédie, dont l'anciene Gréque étoit plus libre & plus mordante, & la nouvelle imitée par les Romains étoit plus retenue & plus circonspecte.

Le seul Moliere parmi nous a sçu trouver le fin de cére sorte de Satire, ceux qui l'ont précédé n'en avoient pas le moindre goût, & ceux qui l'ont voulu suivre ont tombé dans de li honteuses petitesses, qu'il est étonant comment on y peut rire & les écouter. Moliere lui-même n'a pas tou.

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· Rome a eu un grand nombre de Satiriques, il est fâcheux que l'injure des tems nòus ait envié & ravi les ouvrages de Lucile : les Anciens du meilleur goût le vantent trop pour ne nous pas faire présumer que nous y trouverions des peintures agréables & fines de Lupus, de Mutius, & d'une infinité d'autres ridicules qu'il a raillez ; & comme il a ri & composé ses Satires du tems que la Republique étoit dans la plus grande liberté, & que les trois Satiriques qui nous restent, n'ont paru que depuis l'esclavage de Rome sous la puissance des premiers Empereurs, nous aurions pû discerner les goûts differens d'un liécle de liberté & d'un siécle reduit à la servitude.

En effet la difference qui se trouve entre Horace, Perse & Juvenal, qui sont les trois seuls Satiriques que Rome nous a laissez, nous fait sensiblement remarquer par la maniere dont ils ont écrit, la diference des génies

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tueux, aimant la joie , & balançant même s'il rendroit à la République fa liberté ; il avoit reglé la Cour sur ses propres sentimens: de sorte qu'il ne faut pas s'étoner si Horace n'ayant point de grans vices à reprendre, mais Teulement le ridicule de quelques hommes de son tems, a fait des Sati.. res fines, délicates, douces & tournées de manière qu'il semble plutôt se jouer avec ses amis que de les vouloir mordre.

La Cour de Neron gouvernée par des femmes & par des afranchis, étoit au contraire fourbe, perfide, fastueuse, débauchée, dangereuse à la vertu; mais cependant fine, politique , & spirituele, quoique d'un esprit gâté & corompu. Ainsi Perse pour entrer dans la censure du génie de cére Cour "a dû faire deux choses, l'une de prendre la sévérité grave d'un vrai Philosophe, pour reprendre les desordres de fon tems, & l'autre de cacher sous des voiles obscurs ses fléches les plus

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