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RÉSUMÉ GÉNÉRAL DU CHAPITRE 11:

La RECHERCHE des poisons dans les matières suspectes, quand on n'a aucun indice sur leur nature, est si importante, qu'il nous paraît utile de résumer la manière de procéder.

1° Examiner si les matières suspectes, les vases qui les renferment ne contiennent ancune trace de poison, n'en offrent pas les caractères physiques, organoleptiques ;

2° Delayer les matières dans l'eau distillée, et, de même que les parties liquides, les soumettre à la distillation, d'abord à + 60, puis au bain saturé de chlorure de sodium dans un appareil propre à recueillir les poisons volatils, liquides et gazeux, qui seront analysés séparément;

3° Après refroidissement, filtrer les liquides de la cornue, les essayer par les réactifs généraux, le papier tournesol, l'acide sulfhydrique, etc., pour s'assurer s'ils ne contiennent pas un poison minéral, acide, alcalin, de la quatrième section, ou salin, en les évaporant à siccité;

4o Continuer la distillation jusqu'à siccité ou en consistance de sirop épais, épuiser le résidu, ainsi qu'une portion de matières solides, par l'alcool concentré, seul ou acidulé; évaporer les solutés alcooliques ; traiter le résidu par l’eau acidulée; saturer les liqueurs par l'ammoniaque

le bicarbonique de potasse, ensuite par l'alcool ou l'éther,qui,évaporés, laisseraientles alcaloïdes, s'il en existait;

5° Carboniser par l'acide sulfurique les matières restées sur le filtre, le résidu de l'évaporation des liquides des recherches précédentes; faire bouillir le charbon dans l'eau, seule ou acidulée ; essayer les liqueurs à l'appareil de Marsh, par le cuivre, le fer, le zinc, l'acide sulfhydrique, le cyanure jaune, l'iodure de potassium, etc.; incinérer le charbon sulfurique; traiter les cendres par l'acide azotique; évaporer à siccité ; reprendre par l'eau; essayer les réactifs précédents ou des poisons de la 4° section.

ou

CHAPITRE III.

Pathologie toxicologique.

Les poisons, en outre de leur effet local, produisent la mort en modifiant les principaux organes, les principales fonctions, surtout les systèmes nerveux, respiratoire, circulatoire, et donnent lieu à un certain nombre de phénomènes propres à plusieurs d'entre eux. Afin de présenter un tableau pathologique aussi complet que possible, nous les disposerons par groupes, d'après l'analogie des effets, des lésions, c'est-à-dire des modifications évidentes, accessibles à nos sens. Un article spécial sera consacré au mode d'action des poisons, un autre au pronostic.

1.-Effets toxiques.

Dans l'étude de chaque poison, nous nous sommes occupés 1° des effets immédiats, c'est-à-dire des accidents locaux et généraux produits par les poisons administrés à haute dose, autrement dit de l'empoisonnement aigu; 2° des effets résultant des doses non immédiatement toxiques, mais répétées plusieurs fois, c'est-à-dire de l'empoisonnement lent; 3° enfin des effets consécutifs, ou bien des lésions organiques et fonctionnelles succédant a l'empuisonnement aigu et lent; c'est le même ordre que nous suivrons dans cet exposé général.

A.-Empoisonnement aigu.

1.--LES POISONS INORGANIQUES et plusieurs poisons organiques peuvent déterminer l'irritation, la congestion, l'inflammation, la scarification, l'ulcération, la perforation des parties sur lesquelles ils sont appliqués, en un temps plus ou moins long, selon la nature du poison, la durée du contact, son degré de concentration, sa plus ou moins grande solubilité; selon la nature du tissu, son état normal, morbide, etc. L'effet local est prompt, intense, avec les poisons solubles et concentrés, les acides, les alcalis minéraux, les chlorures, les nitrates de la 4me section; lent au contraire, même nul ou peu appréciable, avec les poisons neutres, très-étendus, peu solubles. Il est aussi bien plus marqué sur les muqueuses, les plaies récentes, que sur la peau, les plaies anciennes, suppurantes, calleuses. Si le poison épuise son action sur le lieu même, il produit la destruction du tissu ou de l'organe, des cicatrices dif formes, rarement la mort, à moins que la réaction fébrile symptomatique ne soit très-intense, qu'il ne survienne une suppuration, une hémorragie consécutives, qui épuisent les malades (voyez Poisons acides, alcalins). En général, surtout avec les poisons qui n'ont pas un effet caustique immédiat, les liquides qui affluent vers ces parties les dissolvent, affaiblissent leur action caustique, et ils pénètrent ainsi peu à peu dans les tissus circonvoisins, les vaisseaux qui en partent, en déterminent la tumefaction, l'inflammation, donnent lieu à une réaction fébrile trèsintense, avec soif, chaleur, anxiété générale, et si c'est au voisinage du cerveau, à des symptômes nerveux plus ou moins graves (voyez Arsenic ). Quelle que soit la voie d'introduction, le poison, une fois qu'il a pénétré dans la grande circulation, développe les mêmes effets constitutionnels, même du côté du tube intestinal, que dans les cas d'empoisonnement interne; fait important, capital, pour la direction à donner au traitement.

Les poisons inorganiques, introduits dans le tube intestinal, donnent lieu à des effets locaux de même nature que sur la peau, d'autant plus prompts, plus intenses que les parties offrent une texture plus délicate, sont plus anfrac

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tueuses par conséquent, que le contact est plus prolongé. Mais étant dilués, affaiblis par les matières alimentaires, les liquides sécrétés, et le vomissement, le mouvement péristaltique s'opposant à ce qu'ils séjournent longtemps sur le même lieu, toutes les parties du tube intestinal ne sont pas cautérisées; aussi est-il excessivement rare qu'il ne se manifeste pas, en outre, des effets constitutionnels, dus à l'absorption du poison, et bien plus promptement que lorsque celui-ci est appliqué à l'extérieur.

Les effets locaux sur les muqueuses buccale, pharangée, esophagienne, sont ordinairement peu intenses, même nuls ou bornés à une saveur spéciale, âcre, avec les poisons peu solubles, très-dilués, ou dont l'effet caustiqne est lent à se produire, surtout s'ils sont mélangés aux matières alimentaires. Au contraire, avec les poisons caustiques, les effets en sont presque immédiats et très-intenses. Ils consistent en une sensation de cuisson, de chaleur âcre, brûlante, caustique. Ces parties sont comme brûlées, cautérisées, elles s'enflamment, se tuméfient; l’escarre prend une couleur spéciale, grisâtre, noire ou jaune, se détache en lambeaux. Les sécrétions muqueuse et salivaire sont considérablement augmentées. L'inflammation, la tuméfaction s'étendent quelquefois jusqu'aux parties supérieures du larynx, d'où gêne plus ou moins grande de la respiration, et, dans quelques cas, menace d'asphyxie assez inquiétante pour nécessiter l'opération de la trachéotomie (poisons acides). L'effet est moins marqué sur l'oesophage, à cause de sa perpendicularité; cependant, avec les acides, les alcalis concentrés, il est quelquefois tellement cautérisé, rétréci, que la déglutition, les vomissements deviennent impossibles.

L'arrivée du poison dans l'estomac est accusée par une douleur âcre, brûlante à la région épigastrique, que la pression augmente, par des nausées, des rapports, des efforts de vomissements, la constriction du pharynx, des

vomissements d'abord de matières alimentaires, offrant des traces du poison, puis muqueuses ou bilieuses, et quelquefois sanguinolentes, ou mêlées à des pseudomembranes. Il est rare que l'effet des poisons inorganiques se borne à l'estomac, à la partie supérieure du tube intestinal; le plus souvent il y a des coliques, acompagnées de selles diarrhéiques, avec ou sans épreintes, plus rarement de constipation. Les matières des selles, fécales d'abord, puis aqueuses ou bilieuses, sont aussi quelquefois sanguinolentes, renferment des traces de poison, des pseudomembranes.

Les phénomènes gastro-intestinaux, même lorsque le poison est appliqué à l'extérieur, sont le plus constants, manquent rarement. Les rapports s'observent dans l'empoisonnement par les poisons qui, par réaction chimique sur les aliments, les tissus, donnent lieu à des produits gazeux (acides azotique, hypo-azotique, chloroazotique), par les carbonates, les sulfures alcalins, lesquels sont décomposés par les acides de l'estomac; enfin

par les poisons volatils ou ayant une odeur spéciale (cuivre, étain, etc.) Les vomissements peuvent manquer ou cesser par suite des contractions spasmodiques, du rétrécissement de l'æsophage, alors la déglutition est impossible; par la perforation de l'estomac, des intestins, en ce cas, les matières passent dans la cavité péritonéale, et il existe des symptômes d'une péritonite très-intense; ou bien par l'épuisement du malade. La douleur est d'autant plus vive, plus

aiguë, que les parties sont plus irritées, plus superficiellement enflammées. Elle manque même à la pression, ou est très-obscure, lorsque le poison a cautérisé profondément les tissus, en a détruit la sensibilité. Ce défaut de douleur, ce calme apparent, pourraient en imposer pour une amélioration trompeuse, si on ne tenait compte de l'état général. Dans l'empoisonnement par les acides concentrés, les préparations plombiques, moins souvent par

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