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système nerveux, spécialement sur le cerveau, donnent lieu à un ensemble de symptômes désigné sous le nom de narcotisme, caractérisé par de la pesanteur de tête, de la céphalalgie frontale, avec constriction aux tempes, étourdissements, bourdonnements, vertiges, démarche vacillante ou impossible, hallucinations, délire gai, triste ou furieux, stupeur, coma. Les pupilles sont contractées, le plus souvent dilatées avec trouble de la vue, cécité

passa • gère; la chaleur de la peau est ordinairement augmentée, quelquefois avec éruptions spéciales, démangeaisons. Il y a fréquence ou ralentissement et plénitude du pouls, sécheresse de la bouche, soif, gêne de la parole, de la déglutition, nausées, vomissements, constipation, plus rarement diarrhée, rareté, suppression d'urines ou difficulté dans l'excrétion, et, lorsque le coma est profond, gène de la respiration, avec symptômes d'asphyxie , relâchement des sphincters, excrétion involontaire des matières fécales. La mort survient par l'aggravation de l'état comatique et asphyxique. Le rétablissement, s'il a lieu , est assez prompt, assez complet. De la céphalalgie avec pesanteur de tête, des troubles des sens, des paralysies partielles peuvent succéder à ces empoisonnements. Tel est le mode d'action des opiacés, des solanées et ombellifères vireuses, des caprifoliacées, des digitales, de lif, du hachisch, de la nielle, de plusieurs légumineuses, des alcooliques, des gaz de la combustion, de l'éclairage et oxycarbonés, etc.

Avec les narcotiques purs, les opiacés, les solanées, le hachisch, les gaz oxycarbonés, les symptômes gastro-intesti. naux paraissent plutôt dépendre de la modification cérébrale que de l'irritation gastro-intestinale; tandis que, avec les autres narcotiques, ils participent de l'une et de l'autre cause; aussi, en ce cas, ils sont bien plus intenses, et s'accompagnent, assez souvent, de symptômes convulsifs ou tétaniques; c'est ce qui a lieu avec la ciguë vireuse et surtout l'ananthe. La digitale ralentit d'une manière très

marquée la circulation. Avec les opiacés les, pupilles sont plus souvent contractées que dilatées, et le délire, les hallucinations moins constantes, moins prononcées qu'avec les solanées. Le hachisch donne lieu à un délire ravissant, fantastique. Ces caractères, ceux des matières des vomissements, qui, dans beaucoup de cas, offrent des traces du poison, ou du moins les caractères organoleptiques, pourront, à priori, distinguer ces divers empoisonnements, surtout si on ajoute les circonstances dans lesquelles ils se sont effectués.

IV.-Il est des poisons qui paraissent exciter ou plutôt troubler le système nerveux, la circulation, les organes des sens un peu à la manière des narcotiques ; mais à ce premier effet, qui n'est que passager, succède promptement l'extinction graduelle de l'intelligence, de la sensibilité, de la motilité, puis de la respiration, de la circulation et autres fonctions qui sont sous la dépendance du système nerveux dit de la vie organique. C'est ainsi qu'agissent l'éther, le chloroforme et autres agents anesthésiques, peut-être aussi les gaz hydro et oxy-carbonés, le protoxyde d'azote, les gaz cyanogène et cyanhidrique respirés par petites quantités. Les circonstances dans lesquelles s'est effectuée l'intoxication, les caractères organoleptiques spéciaux à ces poisons, dont s'imprègnent les matières des vomissements, l'air expiré, etc., l'instantanéité des effets, leur peu

de durée, leur nature syncopale ou asphyxique, permettront d'établir le diagnostic différentiel de ces divers empoisonnements, de les distinguer de ceux produits par les narcotiques.

V.-D'autres poisons organiques agissent soit directement, soit par action réflexe sur la moelle épinière, et secondairement sur les muscles des organes qu'elle a sous sa dépendance. Les effets consistent principalement en des accès convulsifs et tétaniques intermittents, très-rappro

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chés, affectant tout le système musculaire, caractérisés par des roideurs, des fourmillements dans les membres, des secousses convulsives, rapides, douloureuses. Pendant l'attaque les membres sont roides, les doigts, les orteils fortement contractés, ce qui rend la démarche, la station impossibles. La tête est portée en arrière, le dos voûté, coinme dans l'opisthotonos. La rigidité musculaire est quelquefois telle

que

le

corps peut être soulevé d'une seule pièce. Il y a trismus, gêne extrême de la respiration. La déglutition est impossible. Le pouls est petit, serré. L'intelligence reste ordinairement intacte. A cet accès, de la durée de quelques minutes à un quart d'heure, succède une intermittence de la mème durée avec grand affaissement, bientôt suivie d'un autre accès tétanique plus violent que le premier, pendant lequel les muqueuses, les ongles se cyanosent par l'imperfection de la respiration. Cette espèce d'asphyxie est due, d'après M. Magepdie, à la contraction des muscles de la respiration; d'après MM. Ségalas, Marsal-Hall, à la contraction spasmodique des muscles de la glotte. Si on n'y remédie par l'insufflation (Magendie), par la tracheotomie (Marsal-Hall), le malade peut succomber au troisième ou quatrième accès.

Tel est le mode d'action des strychnées (noix vomique, fève Saint-Ignace, fausse angusture, eupas tieuté, strychnine, brucine, etc.). La coque du Levant, plus rarement le camphre, le redoul, les colchicacées, les aconits, quelques poisons narcotiques, narcotico-acres, même irritants, peuvent donner lieu aussi à des accès tétaniques, mais les accidents nerveux, du moins chez l'homme, sont moins constants, moins intenses, n'offrent pas une intermittence aussi tranchée, revêtent plutôt le caractère convulsif que tétanique, et s'accompagnent, en outre, d'accidents gastro-intestinaux plus inflammatoires, ou de symptómes de narcotisme.

VI.-I) est des poisons organiques qui participent à la

l'ois du mode d'action des poisons narcotiques et tétaniques, en outre de leur effet irritant sur le tube intestinal. C'est ainsi que paraissent agir les aconits, les digitales,le redoul, les rhododendrum, les azalea, le súmac des corroyeurs, l'ænanthe, plusieurs champignons et apocynées, etc.

vil. Enfin, les gaz sulfhydrique, des égouts, des fosses d'ai$ancé, et autres gaz sulfhydrates, les matières animales en putrefaction, les gaz düxquels elles donnent naissance, la viande des animaux surmenés, le venin des animaux venimèut, les poisons septiques des auteurs, etc., paraissent agir en modifiant l'hématose, en réndant le

sang diffluent, incoagulable, facilement décomposable. Ce liquide, ainsi modifié, est moins excitant, s'infiltre dans les tissus des organes, trouble leurs fonctions, et, quoique les effets de ces divers poisons në soient pas tout à fait comparables, ils se réduisent en un état d'affaissément, d'hyposténie générale, avec syncopes, lypothymies, troubles nerveux, etc., et, dans les cas de mort, la dissociation des éléments organiques, la putrefaction sont très-promptes.

Cet exposé rapide indique les poisons inorganiques, orgàniques et gazeux qui ont entre eux quelque analogie quant à leurs effets. Il ne faut pas cependant accepter ces données d'une manière absolue, car plusieurs modifiant à lá fois divers systèmes d'organes, de fonctions, font partie de plusieurs groupes; cependant, en s'aidant des caractères, organoleptiques, de la prédominance, de la nature de tels ou tels symptômes, il sera possible, dans la plupart des cas, de les rapporter à leur groupe spécial.

Les effets se manifestent ordinairement aussitôt après l'ingestion du poison ou dans la première heure, rarement plus tard. Dans l'empoisonnement par les champignons, les aliments préparés ou conservés dans des vasés én cuivre, ils se déclarent quelquefois, 4, 6, 12 heures après. Leur apparition est aussi retardée par le sommeil, par la plénitude de l'estomac, la nature des matières alimentaires, par l'exercice, les stimulants dans l'empoisonnement par les narcotiques. Une fois développés, leur marche est continue et assez constante. Il peut

bien

У avoir des alternatives de soulagement, d'aggravation, mais presque jamais une intermittence complète. Telle est du moins l'opinion qui a été soutenue par MM. Orfila, Devergie, dans un cas d'intoxication par le laudanum, tandis que MM. Lassaigne, Delafond, Regnault, d'après des expériences sur les animaux, ont émis une assertion contraire. Dans quelques cas d'empoisonnement par les arsenicaux, les champignons, les opiacés, le plomb, les accidents se sont tellement amendés pendant un certain temps, qu'on a pu croire à leur disparition complète; reste à savoir si toutes les fonctions ont été examinées avec soin. Ainsi, malgré l'état calme du malade, la disparition des symptômes gastro-intestinaux, M. Andral soupçonna un empoisonnement, porta méme un pronostic grave, par cela seul que la peau était froide, les battements du cœur et du pouls faibles. La personne avait pris de l'arsenic. L'intermittence pourrait se concevoir dans l'intoxication par les poisons qui forment des composés insolubles avec les matières alimentaires, qui ne sont qu'incomplétement neutralisés

par les contre-poisons; nous doutons cependant qu'elle fût complète. Nous ne parlons pas de celle qu'on observe avec les strychnées, parce qu'elle est de trop courte durée.

L'intoxication présente ses anomalies, comme, du reste, les autres états morbides, et les effets peuvent varier selon les circonstances individuelles, extérieures ou relatives au poison. Une femme, en croquant de l'acide arsénieux en morceaux, succombe en 6 heures dans un état hyposthénique sans symptômes locaux appréciables. L'acide oxalique, selon la dose, son degré de dilution, agit comme tétanique, narcotique, abolit la contractilité du cour, ou détermine

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