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l'inflammation du tube intestinal. Ce poison, l'acide arsėnieux, le sublimé, etc., ont produit la mort en quelques heures, en donnant lieu à des symptômes convulsifs trèsintenses. Ils peuvent donner lieu aussi à un état de stupeur, à des paralysies ou insensibilités partielles. La nicotine détermine des convulsions tétaniques lorsqu'elle intoxique promptement. De trois personnes qui mangent une soupe contenant de la jusquiame, l'une est prise de narcotisme, l'autre d'accidents tétaniques, la troisième de paralysie de la moitié du corps. Dans le chapitre consacré au pronostic, rious reviendrons sur ces anomalies, et indiquerons les diverses circonstances qui peuvent modifier les effets des poisons.

B.-Empoisonnement lent. Les empoisonnements lents, c'est-à-dire les accidents produits par les poisons qui pénètrent dans l'économie par petites doses à la fois, mais souvent répétées ou successives, sont bien plus fréquents qu'on ne le pense, et bien souvent attribués à tout autre cause. Ils résultent ordinairement de l'usage trop prolongé soit des médicaments, soit les boissons, des aliments préparés ou conservés dans des vases métalliques, en poterie commune; soit du séjour dans un lieu ou se dégagent, se produisent les matières gazeuses. Nous citons aussi quelques exemples d'homicides avec les acides administrés dans une boisson, avec les arsenicaux, les opiacés, etc., donnés par doses successives.

Quoique les effets lents produits par les poisons inorganiques soient au fond de même nature, consistent surtout en des désordres de la digestion, de l'assimilation, de l'innervation, aboutissent, en définitive, à un état de marasme cachectique ou scorbutique, ils offrent cependant quelques caractères spéciaux que nous croyons devoir indiquer succinctement. D'après Hufeland, l'usage prolongé du

phosphore peut occasionner de la cardialgie, des vomissements, le maraşme, la fièvre hectique, etc. MM. Roussel, Sédillot, etc., oot signalé le ramollissement, l'ulcération des gençiyes avec nécrose, carie des dents, des os maxillaires, chez les personnes qui préparent les allumettes phosphorées. L'usage trop prolongé des iodės produit d'abord l'exaltation des organes génitaux, des sens, la salivaljov, une inflammation spéciale de la muqueuse oculaire, des șinys frontaux avec céphalalgie frontale, gravative, l'oedème de la gloite, l'atrophie des seins, des testicules, du tissu graisseux, des palpitations, un état cachectique, et, d'après quelques auteurs, la surdité, la paralysie des membres inférieurs, une espèce d'aliénation mentale; accidents qui nous paraissent bien exagérés. Le bromure de potassium, à dose progressivement élevée, amène l'anesthésie des organes des sens, de la génération, du système nerveux et locomoteur, surtout du pharynx, de l'isthme du gosier, de la conjonctive, organes qu'il rend insensibles aux stjmulants (M. Huette). L'usage des acides détermine une espèce d'émaciation due, soit à une affection chronique de l'estomac, soit à une modification de l'assimilation, même, d'après quelques faits, parait prédisposer à la phthysie. Les alcalins, leurs carbonates modifient l'état plastique du sang, la nature des sécrétions, produisent un état scorbutique avec ramollissement des gencives, tendance aux hémorragies. Aux préparations arsenicales nous rappoftons cet état de malaise, de dégoût pour les aliments, d'amaigrissement avec chute des poils, des ongles, d'esquammation de l'épiderme, hydropisie, etc., accidents auxquels succombạient les personnes qui, tous les jours, prepaienţ 5 à 6 gouttes d'acqua di Napoli, soluté d'acidearsénieux. Fowler, qui donnait l'acide arsénieux depuis 1/2 à 3/4 de grain dans les 24 heures, a noté, comme principaux accidents, nausées, anorexie, tranchées, vomissements, diarrhées, bouffissure dų visage, epflyre des membres, tremblements peryeux,

paralysies partielles, etc. Plusieurs de ces accidents ont été observés aussi par le professeur Fuster et autres pratie ciens,

Une femme de chambre, par jalousie, met chaque jour un peu d'acide arşénieux dans la soupe de sa riyale, qui servait la même maîtresse; peu de temps après le dîner le poison est vomi avec les aliments sans accidents graves; mais le manége étant répété tous les jours, pendant six semaines, l'estomac acquit une sensibilité excessive ; il se manifesta des douleurs d'entrailles, des crachements de sang, un amaigrissement extrême et une susceptibilité telle, que le moindre contact déterminait des spasmes, des convulsions; son estomac ne pouvait supporter aucun aliment; elle fut à la campagne, et se rétablit assez bien. A son retour à Paris, son ennemie implacable mit une forte dose d'arsenic en poudre dans son café; il en résulta des vomissements répétés, et on acquit alors seulement la certitude de l'empoisonnement. Cette inalheureuse femme tomba dans l'état le plus déplorable; cependant elle se rétablit (Renault).

M. Millon (page 15) a constaté aussi cet état d'amaigrissement, avec développement extraordinaire du foie, des désordres fonctionnels, en rapport avec l'organe affecté, chez les chiens, dans les aliments desquels il introduisait, pendant plusieurs jours, 10 à 30 centigr. d'émétique. Les mercuriaux peuvent donner lieu à une espèce de fièvre lente avec exacerbations, chaleurs insolites, troubles fonctionnels de l'organe particulièrement affecté, ou bien, surtout chez les personnes exposées aux émanations mercurielles, à la tuméfaction de la muqueuse buccale, de la face, avec salivation, fétidité de l'haleine, ulcérations, liquéfaction du sang, tendance aux hémorrhagies, éruptions spéciales, chute des dents, nécrose des os maxillaires, tremblements, paralysies, etc. Les cuivreux, donnés comme médicaments, ont déterminé un état de dépérissement cachectique, scorbutique avec hémorragie des muqueuses, des coliques diarrhéiques, du ténesme, des vomissements, des douleurs d'estomac, du mal de tête, un affaiblissement progressif; accidents qui, sans nul doute, doivent s'observer aussi avec les aliments cuivreux. Chez les ouvriers affectés de colique de cuivre, M. Corrigan donne, comme caractéristique, une liseré rouge-pourpre avec rétraction des bords des gencives, des dents canines et bicuspidées. Il n'y a, dit-il, ni coliques aiguës, ni constipation, ni paralysies partielles comme avec le plomb. Qu'il nous suffise d'énoncer seulement les accidents déterminés par les préparations plombiques, données ou appliquées comme médicaments, ou chez les ouvriers, tels que la colique, l'anthralgie, la paralysie , l'anesthésie, l'encéphalopathie saturnines, ordinairement précédés, comme symptômes prodromiques, de la coloration des gencives, de la saveur, de l'haleine saturnines; enfin l'ictère, l'amaigrissement, des paralysies des muscles extenseurs des mains, des pieds, etc., qui quelquefois en ont imposé pour d'autres affections.

L'abus des plantes âcres, irritantes, peut donner lieu à une affection chronique du tube intestinal, et, par suite, à un état d'amaigrissement. Les narcotiques ou stupéfiants, quoique l'économie paraisse s'y habituer en quelque sorte, affaiblissent la sensibilité, la motricité générales, amènent une espèce d'hébélement, d'affaissement moral, et, en ralentissant la digestion, les phénomènes d'assimilation, produisent l'amaigrissement. Nous n'avons pas besoin de signaler les accidents que détermine l'abus des alcooliques. Quant à ceux produits par l'usage des viandes altérées, décomposées, enfumées, nous les avons indiqués avec quelques détails, quoiqu'ils soient plutôt du ressort de l'hygiène (tom. II, page 657).

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Les lésions organiques et fonctionnelles qui persistent après l'élimination du poison constituent les effets consécutifs. Il est bien difficile, dans beaucoup de cas, de savoir si les effets ne dépendent pas encore de la présence du poison; nul doute que les douleurs épigastriques, les vomissements, les coliques, la diarrhée ou la constipation, l'état de maigreur, etc., qui succèdent aux effets immédiats des poisons acides, alcalins, et autres poisons acres, caustiques, ne soient exclusivement consécutifs, ne dépendent surtout des lésions du tube intestinal. La dispépsie, l'épigastralgie, l'insensibilité, la paralysie, la contracture des muscles fléchisseurs des mains, des pieds, qu'on observe quelquefois dans l'empoisonnement par les préparations arsenicales, sont sans doute aussi sous la dépendance des lésions du tube intestinal, du système nerveux ou musculaire. En est-il de même dans les cas d'empoisonnement lent par ces poisons, par les préparations cuivreuses, antimoniales, mercurielles, plombiques, etc., surtout lorsque les accidents se déclarent chez des personnes qui, depuis six mois, un an et plus, ne travaillent plus ces dernières préparations ? Il est difficile de se prononcer, puisque l'analyse a démontré la présence de ces poisons dans les organes longtemps après que les personnes en avaient cessé l'administration; qu'ensuite, surtout avec le mercure, le plomb, ces accidents peuvent se développer, réapparaître sous l'influence de l'iodure de potassium, sel qui rend ces poisons solubles. Quant aux effets observés après l'empoisonnement par les narcotiques, les poisons qui agissent sur le système nerveux cérébro-spinal, nul doute qu'ils ne soient consécutifs. Il serait important, sous le point de vue thérapeutique, de pouvoir distinguer les effets consécutifs de ceux qui dépendent encore de la présence du poison; comme cela n'est

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