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guère possible, du moins pour un certain nombre, nous avons réuni ces deux genres d'effets dans l'article précédent.

II. – Lésions toxicologiques.

De l'ensemble des effets, exposés dans l'article précédent, on peut déduire, à priori, les altérations pathologiques produites par les divers groupes de poisons. Les poisons dits dcres, irritants, caustiques, étant donnés ordinairement à doses assez élevées, il est rare qu'ils ne laissent pas de traces de leur effet local. Les organes qui en ont reçu le contact sont congestionnés, irrités, enflammés, cau: térisés, ramollis, ulcérés, perforés, offrent quelquefois des colorations particulières en rapport avec la nature de cer-tains poisops; en jaune avec l'iode, les acides azotique, hypo azotique, l'eau régale; en noir avec les acides sulfurique, chlorhydrique, phosphorique, acétique, etc. Ces diverses lésions, qui peuvent se rencontrer sur le même organe, et quelques-unes même s'étendre aux tissus, aux organes contigus, sont ordinairement en rapport avec le degré de causticité du poison, la nature, la quantité de matières avec lesquelles ils sont mélangés. Elles siégent surtout dans la grande et petite courbure de l'estomac, quelque, fois dans le duodénum, rarement dans les petits intestins, assez souvent dans les gros, el ne s'observent à la bouche, au pharynx, à l'æsophage, qu'avec les poisons très-caustiques. Ces lésions ne sont pas toujours le résultat de l'action directe du poison;on les trouve aussi, du moins l'état congestionnel, inflammatoire, même les ulcérations, quand le poison a pénétré par toute autre voie. Le sang, si ce n'est avec les acides, est ordinairement diffluent, visqueux, peu coagulable, foncé en couleur ; ce qui explique l'état congestionnel des organes parepchymateux, de la rate, du foie, des poumons, surtout lorsque l'intoxication s'est prolongée pendant un certain temps. Les muqueuses partici

pent alors de cet état, sont colorées en brun noirâtre, offrent des taches de nemecouleur, taches qui quelquefois, surtoựt lorsqu'elles siégent sur la muqueuse gastro-intestinale, ont été considérées comme de nature inflammatoire. Les matières des yomissements, celles dų tube intestinal, offrent aussi, de même que les tişsus, des colorations spéciales, renferment souvent le poison, appréciable directement à la vue, à l'odeur, etc. S'il y a perforation, on observe des traces de peritonite, à moins que le malade ait succombé avant qu'elle puisse se développer. Avec les poisons minéraux, les lésions ne sont pas toujours aussi évidentes, aussi tranchées; quelquefois, même avec le poison le plus importanț, l'arsenic, elles n'offrent rien de caractéristique, sont peu marquées.

Lorsque le malade a succombé dans la période des effets consécutifs, les traces de congestion, d'inflammation, peuvent manquer complétement, ou bien cette dernière peut être passée à l'état chronique; alors la muqueuse gastrointestinale est d'un gris-ardoise, ramollie, friable. Aux uịcérations, aux escarres succèdent des cicatrices blanches ou rosées, plus ou moins étendues, intéressant quelquefois toute l'épaisseur des parois intestinales, dont les bords adhérent intimement au foie, à la rate, etc. L'estomac, les intestins sont fortement rétrécis; le pylore dur, squirreux; l'oesophage, comme disposé par colonnes, est aussi très-étroit. Enfin, la peau est terreuse, comme collée aux os, et le cadavre dans un état d'amaigrissement extrême,

Dans l'empoisonnement par les narcotiques purs, les lésions de nature inflammatoire s'observent rarement du côté du tube intestinal. Elles consistent surtout dans un état congestionnel très-marqué des membranes du cerveau, du tissu sous-arachnoïdien, des sinus, de ses vaisseaux. Cet orgape est piqueté, il y a soyvent épanchement serg=sanguinolent dans les ventricules. Le système veineux, les cavités droites du cæur contiennent aussi beaucoup de sang ordinairement liquide. Les poumons, quand l'intoxication se prolonge, sont aussi congestionnés. Les mêmes lésions, l'état apoplectique du tissu sous-arachnoïdien s'observent avec les alcooliques, et la lésion dominante est la congestion pulmonaire avec les gaz asphyxiants.

Les poisons anesthésiques ne laissent pas de traces de lésions appréciables; ou bien ce sont celles de l'asphyxie, de la syncope. Le cœur est ordinairement mou, flasque, le sang diffluent, liquide, mousseux, ou mélé à des bulles d'air, et les poumons quelquefois emphysemateux.

Avec les poisons convulsivants ou tétaniques, la moelle épinière, ses vaisseaux, ses membranes sont fortement congestionnés : la première est quelquefois enflammée, ramollie; de la sérosité sanguinolente existe dans la séreuse. Ces lésions siégent surtout à la partie supérieure de la moelle, dans les points correspondant au plexus nerveux des membres où les convulsions ont été les plus violentes. Comme les animaux meurent asphyxiés, les poumons sont aussi fortement congestionnés. Des lésions se rencontrent rarement dans le tube intestinal, ou bien elles sont peu intenses.

Dans l'empoisonnement par les poisons narcotico-acres, dcres et tétaniques, les lésions siégent à la fois sur le tube intestinal, le cerveau ou la moelle épinière.

Enfin, dans l'intoxication par les poisons septiques, le sang veineux et artériel est brun verdâtre ou noirâtre, incoagulé, extravasé dans les tissus parenchymateux, les muqueuses, ce qui rend ces organes mous, très-putrescibles.

III. - Mode d'action des poisons.

Peut-on, d'après les effets, les lésions, remonter au mode d'action des poisons ? connaître la nature intime de ces effets, de ces lésions? savoir par quel mécanisme les

poisons produisent la mort ? Pour répondre à ces ques tions, il faudrait connaître la vie dans son essence, et eile ne nous apparaît que dans ses manifestations; savoir si les corps organisés sont soumis aux mêmes forces, régis d'après les mêmes lois que les corps anorganiques, comme le pensent les organiciens purs, ou bien si une force spéciale (force vitale, principe vital, etc.) préside à leur formation, à leur développement, à leur conservation, d'après les vitalistes; questions ardues, insolubles, comme, du reste, tout ce qui tient à l'essentialité des choses, et qui ont exercé en vain la sagacité des hommes de génie.

En nous renfermant dans notre sujet, nous ferons remarquer que les vitalistes, comme les organiciens, ne peuvent contester que la matière, dans l'organisme en action, se trouve dans des conditions différentes que dans l'organisme mort ou privé de vie, et, qu'après avoir reçu l'impulsion vivifiante ou l'organisation, par une cause qui probablement nous restera toujours inconnue, il se produit, soit en elle-même, soit entre elle et les agents extérieurs, des modifications spéciales, par suite desquelles elle s'accroît, parcourt ses diverses périodes; que c'est même par le concours des agents extérieurs qu'elle se maintient à l'état vivant.

Comme les phénomènes dans les corps vivants sont de naturechimique, physique, dynamique ou vitale, tout corps, tout agent qui enrayera un ou plusieurs de ces phénomènes amènera la maladie ou la mort, plus ou moins promptement, selon leur importance. Chez les êtres les plus simples en organisation, le phénonuène vital fondamental consistant dans l'assimilation immédiate des matériaux que l'animal trouve dans le milieu ambiant, l'action du poison sera simple, comme l'organisme, le phénomène lui-même. Dans les animaux des classes élevées, plusieurs appareils organiques concourent simultanément au maintien de la vie, ils sont même dans une dépendance tellement réci

proqué, que si l'un d'eux vient à être lésé, le jeu des autres se trouve enrayé, et par suite la santé compromise. L'appareil destiné à préparer les matériaux alibiles n'est pas d'une importance si immédiate que sa fonction de puisse être suspendue pendant un certain temps, puisque des hommes ont pu vivre pendant vingt et un jours sans prendre d'aliments; aussi la mort ne survient-elle promptement que lorsque les lésions de cet appareil sont assež intenses pour réagir sympathiquement sur les autres. Elle est lente, au contraire, lorsque ces lésions s'opposent seulement à la digestion (voyez Poisons, acides, alcalins, etc.). L'appareil respiratoire est tellement important, que tout être organisé ne peut se passer d'air, même pendant trèspeu de temps; aussi, les agents qui s'opposent à cette fonction, soit mécaniquement (gaz asphyxiants), soit chimiquement (gaz qui s'emparent de l'oxygène), soit indirectement ou par l'intermédiaire du système nerveux (strychnées, agents anesthésiques, etc.), éteignent promptement la vie. Il en est de même des poisons qui ont une action chimique sur le sang (la plupart des poisons minéraux), ou dynamique sur le cour (chloroforme, digitale, etc.), organe destiné à répandre ce liquide réparateur dans tous les tissus. Le système nerveux, dit la vie de relation, peut cesser ses fonc*cions pendant un certain temps, sans que la vie soit immédiatement compromise. C'est tout le contraire pour le système nerveux, qui préside aux phénomènes de la chimie vivante, autrement dit de la vie organique, qui sert de lien entre cette dernière et celle de relation. La mort est alors prompte, immédiate. Le rôle des organes sécréteurs peut aussi être suspendu pendant un certain temps, d'autant plus que quelques-uns peuvent se suppléer momentanément; cependant les poisons qui accroissent d'une manière exagérée la sécrétion gastro-intestinale peuvent amener la mort assez promptement. Quant au foie, organe à fonction très-complexe et encore incom

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