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quons de faits précis à cet égard. Les personnes fortement constituées résistent souvent moins bien à l'effet du poison que celles qui sont faibles, délicates. Quant à l'idiosyncrasie, il en est qui éprouvent des symptômes du narcotisme par des doses ordinaires d'opium; d'autres qui vomissent avec la plus grande facilité; par conséquent celles-ci auront bien moins à redouter l'effet des poisons. Nous doutons qu'on puisse s'habituer aux poisons minéraux sans que

l'économie tombe dans un état de marasme, de dépérissement, etc. Les arsénicaux, les cuivreux, les mercuriaux, le plomb, etc., donnés méme à dose médicinale, ont produit de graves accidents (voyez ces poisons, page 120). S'il est des personnes qui aient remplacé les alcooliques par l'acide azotique (Tartra), pris du sublimé tous les jours, à la dose de 4 grammes, pour exciter les forces digestives (Anglada), ces cas nous paraissent exceptionnels. Doit-on accepter sans controle l'habitude qu'auraient les habitants de la Styrie de prendre de l'arsenic pour se donner de l'embonpoint, un teint frais, faciliter l'ascension des montagnes, d'en administrer aux chevaux pour les rendre plus fringants, plus potelés? faits annoncés dans plusieurs journaux, et qui, dans les affaires criminelles, seraient invoqués, dit-on, par la défense. Les faits d'empoisonnement lent par ce poison prouveraient le contraire (page 120). Il n'en est pas de méme pour les plantes vireuses, car des personnes ont pris, pendant vingt ans, 30 grammes de laudanum par jour sans inconvénient, et, chose bien singulière, ces mêmes personnes éprouvent quelquefois des symptômes d'intoxication par des doses plus faibles. Les vidangeurs, les cuisiniers, les repasseuses, les ouvriers des fabriques, etc., vivent dans des atmosphères qui seraient asphyxiantes pour d'autres. La forme pharmaceutique, l'époque du développement de la plante peuvent aussi avoir une certaine influence sur l'effet des poisons. Les plantes vireuses sont bien moins actives dans leur jeune âge, et leurs organes n'offrent pas non plus le même degré d'activité.

Le raisonnement donnerait à supposer que les poisons dans l'état normal sont bien plus actifs que dans l'état morbide; cependant il n'en est pas toujours ainsi, puisque, dans le tétanos et autres névroses, la méningite cérébro-spinale, le choléra, etc., les malades supportent des doses insolites d'opium; que, dans la pneumonie, l'émétique et autres contre-stimulants sont administrés à doses très-élevées. Des maladies chroniques, l'ascite, etc., ont disparu sous l'influence d'un poison donné dans un but coupable. Les médecins rasoriens admettent même que l'effet des poisons contre-stimulants peut être annihilé par un état diathésique inflammatoire, et celui des poisons stimulants par un état morbide opposé. Plusieurs faits, quelle qu'en soit l'interprétation, viendraient à l'appui de cette assertion; cependant, dans une affaire d'empoisonnement, on ne doit pas

les accepter d'une manière absolue, car nous rapportons des cas tout à fait opposés. Il faut tenir compte de l'état actuel de l'organe où est déposé le poison, de la maladie elle-même, de sa période, si elle est aiguë ou chronique, circonstances qui peuvent en faire varier l'effet.

Quant à la nature des poisons, en supposant le même degré d'activité, les poisons inorganiques sont bien plus à redouter que les poisons organiques, non-seulement parce qu'ils donnent lieu à des effets locaux très-graves, assez souvent suivis de lésions consécutives incurables, mais encore parce que, en raison de leur action altérante, désorganisatrice, ils produisent dans le sang, les organes, des modifications longues à guérir. Par les mémes raisons, les poisons à effet dynamique, quoique plus actifs, toutes choses égales d'ailleurs, sont moins à craindre que les poisons à effet chimique.

Les empoisonnements accidentels sont moins graves que ceux par suicide, par homicide, parce que la quantité de

poison ingérée est moindre, qu'ensuite les secours sont plus promptement administrés, et le malade s'y préte mieux. Les suicidés cherchent non-seulement à cacher leur action, mais prennent ordinairement des doses assez fortes de poison, en tiennent quelquefois en réserve, s'opposent même au traitement; aussi faut-il les surveiller avec soin. Le diagnostic des homicides étant souvent assez long, le poison est absorbé en plus grande quantité.

Le pronostic est plus fâcheux quand les effets constitutionnels se sont déjà manifestés, siégent sur les organes les plus importants, sont parvenus à leur plus haute période, concordent avec des lésions graves du tube intesti nal, l'abaissement de température, la faiblesse, l'irrégularité du pouls, la suppression d'urine, etc. C'est tout le contraire lorsque le traitement a été employé avec vigueur dès le début, le poison en grande partie expulsé avant que

les effets secondaires se soient manifestés, lorsque enfin il a été bien institué.

Pour chaque groupe de poisons, il y a des effets qui doivent spécialement fixer l'attention relativement au pronostic : avec les poisons dits âcres, irritants, il est d'autant plus grave que la cautérisation est plus profonde, le froid à la

peau, la faiblesse du pouls plus intenses, la suspension de la sécrétion urinaire plus persistante : avec les poisons narcotiques, c'est le coma, la gêne de la respiration, qui offrent le plus de gravité : avec les anesthésiques, c'est aussi la géne de la respiration et surtout les troubles de la circulation : avec les tétaniques, ce sont les symptômes tétaniques et asphyxiques: avec les septiques, en outre de la nature du poison, le pronostic est d'autant plus grave que les principaux organes ont été plus promptement envahis. Enfin, dans les empoisonnements lents, la gravité du pronostic se déduit des lésions plus ou moins profondes des organes gastro-intestinaux, des phénomènes de l'ipnervation, de l'assimilation.

CHAPITRE IV.

Thérapeutique toxicologique.

Les empoisonnements ayant lieu par accident, par erreur du médecin ou du pharmacien, par suicide ou par homicide, et les effets pouvant être aigus, lents ou consécutifs, nous diviserons le traitement en prophylactique et curatif : ce dernier sera divisé en quatre articles, selon la nature des effets, leur succession, etc.

1.–Prophylaxie.

Les empoisonnements accidentels s'effectuent, le plus souvent : 1° avec des poisons liquides ou solides, pris pour des boissons, des aliments, des condiments; 2• avec des matières alimentaires, médicamenteuses altérées, préparées ou conservées dans des vases en poterie commune, en cuivre, en plomb, en zinc ou tout autre métal facilement oxydable; 3° avec des plantes toxiques, mélées à des plantes alimentaires (champignons, ombellifères , solanées vireuses, etc.); 4° avec des gaz provenant des lieux méphitiques (égouts, fosses d'aisances, etc.), des matières en combustion ou en fermentation (gaz de l'éclairage, de la combustion, d'un four à chaux, d'une cuve en fermentation, etc.). Si ces diverses circonstances et le moyen de prévenir ces accidents, d'y remédier, étaient mieux connus du public, ils seraient bien moins fréquents ( voyez Empoisonnement par les matières alimentaires et gazeuses). Les erreurs du médecin proviennent souvent de ce que,

bien au courant de la nomenclature chimique, il emploie une expression pour une autre, celles de sulfure

n'étant pas

de potassium, de sodium, pour de sulfate de potasse, de soude ; celle de bichlorure de mercure, pour du proto-chlorure, etc.; ou bien parce qu'il prescrit des médicaments très-actifs, à dose trop élevée, n'indique pas bien le mode d'administration, associe des substances qui, par réaction chimique, don-pent lieu à un produit toxique. Il éviterait ces causes d'erreur, en faisant suivre le nom scientifique du nom vulgaire, placé entre parenthèse (sublimé corrosif, foie de soufre, etc.), en précisant bien l'emploi du médicament, en notant sur son calepin la dose exacte des médicaments trèsactifs qu'on peut donner en une seule fois, ou dans les 24 heures. Notre habitude est, avant de sortir de chez le malade, de relire la formule à faible voix. Nous avons ainsi une contre-épreuve de visu et auditu.

Les pharmaciens, leurs élèves, se trompent soit en lisant inal la formule, ce qui dépend souvent du médecin, qui semble l'avoir tracée en caractères illisibles, pour ne pas faire mentir le proverbe; soit en donnant un médicament très-actif pour un autre, l'acide oxalique pour du sulfate de magnésie, etc., un externe pour un interne; soit parce que le médicament est mélangé à des substances toxiques, le sulfate de potasse avec du sublimé, du sel d'oseille ; le tartrate de potasse avec de l'arsèniate de soude ; la rouille avec du kermès ; soit parce qu'il est préparé dans des vases en cuivre malpropres ou oxydés. Ces erreurs, si souvent funestes, seraient évitées si le pharmacien renfermait exactement les substances actives dans une armoire, s'il apposait sur les flacons des étiquettes de couleurs différentes, comme cela se pratique dans les jardins botaniques pour indiquer les plantes médicales, toxiques et alimentaires; s'il plaçait dans un lieu différent les préparations magistrales internes et externes; s'il vérifiait la pureté des vases, des médicaments avant de les livrer au public; si enfin, dans le cas ou une erreur étant commise par le médecin, il n’exécutait la formule qu'après lui en avoir fait part.

Si les

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