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CHAPITRE V.

Classification toxicologique.

La toxicologie étant constituée comme science, pouvant former un enseignement distinct, il serait important de bien classer les objets dont ellese compose, afin d'en exposer plus méthodiquement les principes, son état actuel, et d'en faciliter l'étude. Comme le but de cette science est complexe, consiste spécialement dans la connaissance des effets des poisons, de leur recherche dans les matières suspectes, c'est sur ces deux ordres de faits que devrait être fondée la classification. Dans l'impossibilité de l'établir à la fois sur ces deux bases, les auteurs, chacun à son point de vue, ont classé les poisons soit d'après les effets, les lésions, soit d'après l'analogie chimique ou naturelle. Dans l'antiquité, d'après les idées régnantes, et à l'époque où la chimie était encore dans l'enfance, les poisons ont été divisés en quatre classes : 1° chauds; 2o froids; 3° secs ; 4 humides. Cette classification, comme le fait remarquer Anglada, a été reproduite en d'autres termes par la plupart des toxicologistes contemporains, Vicat, Mahon, Foderé, Orfila, MM. Devergie, Christison, etc., qui, sauf quelques modifications, ont divisé les poisons, d'après leurs effets, en:

1° Poisons irritants, acres, corrosifs, caustiques ;
Poisons narcotiques ou stupéfiants;
3° Poisons narcotico-acres ;
4° Poisons septiques ou putré pants.

On peut voir aux effets (page 107) les poisons qui composent chacune de ces classes et leurs caractères distinctifs. Les détails dans lesquels nous sommes entrés, à cet égard, prouvent non-seulement l'imperfection de cette classification, mais encore qu'elle peut induire en erreur.

La première classe comprend les poisons inorganiques, les poisons végétaux, acres, irritants, drastiques, et, parmi les poisons animaux, les cantharides, les viandes de charcuterie, les moules, etc. Établie exclusivement d'après les effets locaux, il semblerait que c'est par suite de l'irritation, de l'inflammation, de la cautérisation, que ces poisons produisent l'intoxication; cependant la plupart, inéme tous, convenablement étendus, en l'absence de l'effet local, peuvent amener ce résultat, et souvent plus promptement; par conséquent, le nom de la classe n'exprime pas les effets dynamiques ou généraux qui jouent un rôle très-important et constituent quelquefois à eux seuls l'intoxication.

La classe des poisons narcotiques se compose, d'après Orfila, des préparations opiacées, cyaniques, de la jusquiame, de la solanine, de l'if, etc. D'autres auteurs y ont compris en outre, et avec raison, les autres solanées et plantes vireuses. Cette classe est plus homogène que la précédente, quant à la composition, aux effets, puisque tous ces poisons agissent spécialement sur le système nerveux, en particulier sur le cerveau, donnent lieu à des symptômes analogues, le narcotisme ; cependant l'analogie n'est pas tout à fait complète, et l'effet des préparations cyaniques n'est pas comparable à celui de l'opium, des autres plantes vireuses.

La classe des poisons narcotico-acre comprend ceux dont l'effet local est de nature âcre, irritante, et l'effet dynamique de nature narcotique; par conséquent, ils participent des propriétés des poisons des deux classes précédentes. Les auteurs yont réuni les agents les plus disparates, quant à leurs effets; aussi est-elle divisée en plusieurs sections, qui formeraient autant de classes distinctes. 1" SECTION : scille, ænanthe, aconit, ellébore, varaire, vératrine, colchique, belladone, datura, tabac, digitale, ciguë, laurier-rose, mouron des champs, aris

toloche, rue, tanguin, cyanure d'iode , etc. 2me SECTION : strychnées, ticunas, worara, curare, etc. 3° SECTION : upasantiar, camphre, coque du Levant. 4me SECTION : Champignons, liqueurs alcooliques et éthérées. 5 " SECTION : seigle ergoté, ivraie, plantes odorantes. Gme SECTION : Gaz de la combustion, de l'éclairage, etc.

Cette classe, telle que la donne Orfila, se compose de poisons qui sont loin d'en justifier le titre; plusieurs diffèrent de tout au tout quant à leurs effets, non-seulement considérés en général, mais encore ceux de chaque section en particulier. Quelle analogie y a-t-il entre les effets des champignons et ceux de l'alcool, de l'éther? entre ceux du cyanure d'iode et du colchique ? entre ceux du seigle ergoté et des plantes odorantes, etc., etc.

La classe des poisons septiques ou putréfiants comprend les gaz sulfhydrique, des fosses d'aisance, des égouts, les matières alimentaires putréfiées, le venin des animaux venimeux. Christison fait remarquer, peut-être avec raison, qu'il n'y a pas de poison qui détermine la putréfaction des solides, des liquides vivants. Il suffit donc de s'entendre sur l'acception donnée à la dénomination de septique. Si l'on veut dire que

les animaux intoxiqués par ces poisons se putréfient promptement, le fait est vrai; mais alors le nom de la classe n'exprimerait pas l'effet de ces poisons, qui, d'ailleurs, sous ce rapport, diffèrent beaucoup entre

eux.

Les médecins rasoriens, négligeant en quelque sorte lès effets physico-chimiques locaux, n'ayant égard qu'aux effets dynamiques, qui, d'après eux, constituent à eux seuls l'empoisonnement, divisent les poisons comme les médicaments en deux grandes classes : 1° en stimulants (alcooliques, opiacés, etc.); 2° et contre-stimulants (tous les poisons inorganiques, la plupart des poisons végétaux et animaux). Les premiers ont pour caractère de donner plus d'activité à la circulation, à l'innervation, d'exalter enfin la force dynamique ou vitale, les principales fonctions, d'où le nom d'hypersthéniques, donné à ces poisons ; les second agissent dans un sens contraire, d'où le nom d'hyposthéniques ou hyposthénisants. Chacune de ces divisions a été sous-divisée en plusieurs classes ou sections, selon le système d'organes ou les fonctions qui sont spécialement influencés ; c'est ainsi qu'ils établissent des contre-stimulants céphaliques, rachidiens, cardiaques, etc. En traitant des effets des poisons (page 113), nous avons signalé en quoi consiste la principale dissidence entre les médecins rasoriens et français.

Guérin de Mammers divise les poisons en stimulants et stupéfiants.

Cet aperçu démontre combien'une classification des poisons fondée sur les effets évidents ou symptomatiques est difficile pour ne pas dire impossible. Si cependant on voulait l'établir sur cette base, il nous semble qu'il faudrait faire subir à la classification d'Orfila les modifications que nous avons indiquées en parlant des effets (page 115 et suivantes), et d'ajouter deux classes de plus, celle des anesthésiques (éther, chloroforme), des tétaniques ou convulsivants (strychnées et autres poisons à effet analogue). Si, au contraire, on voulait prendre pour base l'action intime des poisons, on pourrait les diviser en deux classes: poisons altérants ou chimiques et dynamiques. Ces derniers seraient sous-divisés selon le système d'organes ou de fonctions spécialement affectés (voyez Effets et mode d'action des poisons).

Les auteurs qui ont pris l'analogie chimique ou naturelle des poisons comme base de classification, sont moins nombreux que les précédents, et encore plusieurs ont établi les divisions secondaires d'après les effets, surtout pour les poisons organiques.

Plenk les divise : 1° d'après leur nature, leur état ou origine, en poisons minéraux , végétaux, animaux , atmosphériques ou gazeux ; 2° d'après leur degré d'acuité, en aigus et lents ; 3° d'après la nature des symptômes, en irritants, drastiques, convulsifs , paralysants, narcotiques, narcotico-acres, suffocants, dessicants, septiques.

Anglada, s'il s'agissait seulement des indications thérapeutiques à remplir, n'hésiterait pas, dit-il, à adopter la classification fondée sur la nature des effets; mais il préfère celle qui est basée sur la nature comparée des poisons, comme cadrant mieux avec l'objet de la médecine judiciaire, s'adaptant d'une manière plus positive avec le second problème toxicologique, la connaissance de la cause matérielle; il ne néglige pas celle qui est déduite de la considération des symptômes, surtout pour les poisons organiques, les caractères chimiques, en ce cas, ne pouvant plus être invoqués pour les subdivisions en espèces, toutefois il la subordonne à l'autre : ainsi, il divise les poisons en solides et liquides; en gazeux ou expansifs. Les premiers sont divisés : 1° en minéraux ou non carbonisables; 2o en organiques végétaux et animaux ou carbonisables.

LES POISONS MINÉRAUX sont divisés en deux ordres : 1° en poisons non métalliques, comprenant cinq genres, d'après leur nature chimique; 2° en poisons métalliques, sous-divisés en 11 sections, et chacune en plusieurs genres, selon que

le métal est fixe ou volatil, soluble ou insoluble dans les acides azotique, chlorhydrique, chloro-azotique, selon que l'oxyde est ou non soluble dans l'ammoniaque, facilement réductible, etc.

LES POISONS ORGANIQUES sont divisés en deux ordres, selon qu'ils sont carbonisables en totalité ou en partie; le premier comprend deux sections : les poisons acides et alcalins, qu'il sous-divise, d'après leurs effets, en poisons acres, irritants, narcotiques, narcotico-acres, septiques.

LES POISONS GAZEUX, parmi lesquels Anglada comprend les émanations, les effluves, les miasmes dégagés pendant la vie et la putrefaction des matières organiques végétales et ani

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