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males, sont divisés en trois ordres, d'après leur nature mi-. nérale, végétale ou animale.

M. Flandin distribue les poisons en trois ordres : 1°minéraux ; végétaux; animaux. Les poisons minéraux sont divisés en six sections : 1° métalliques ; métalloïdes; 30 acides ;-alcalis; gaz toxiques ; liquides spiritueux éthérés et anesthésiques. Les poisons végétaux sont divisés par familles en plusieurs articles, et les poisons animaux en trois sections : 1° à venin ; qui recèlent naturellement ou accidentellement le principe toxique ; matières animales putréfées ou d'animaux malades. .

Nous n'avons pas la prétention de vaincre les difficultés que nous venons de signaler, de donner une classification toxicologique; mais afin de faciliter l'étude de cette science, nous diviserons les poisons en plusieurs sections, d'après leur origine, leur nature, les circonstances dans lesquelles peuvent se produire les empoisonnements, les recherches auxquelles ils peuvent donner lieu, etc., en poisons: 1° inorganiques ; organiques ; gazeux.

LES POISONS INORGANIQUES sont divisés en quatre sections : 1° métalloïdes ; acides ; alcalins; salins-métalliques, ou dont on peut extraire facilement le métal.

LES POISONS ORGANIQUES sont divisés en trois sections:topoi- . sons végétaux, distribués par familles; 2° poisons animaux, divisés en vénéneux et venimeux; 3o empoisonnements par les matières alimentaires avec un appendice sur leur falsification.

LES POISONS GAZEUX sont divisés, d'après leur nature plus ou moins complexe, en: 1° gaz simples (acide carhonique, etc.); gaz complexes (gaz de la combustion, etc.); d'après leurs effets, en gaz asphyxiants ; narcotiques ; anesthésiques; irritants; septiques.

Enfin, l'ordre d'exposition que nous suivons dans nos cours depuis vingt ans est celui-ci : empoisonnement 4° par les poisons minéraux; 2° par les poisons organiques; 3° par les matières alimentaires ; 4° par les matières gazeuzes.

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CHAPITRE VI.

Diagnostic toxicologique. *

Les circonstances variées dans lesquelles peuvent se produire les empoisonnements, les voies diverses par où les poisons peuvent pénétrer dans l'économie, leur nombre, leur variété, l'analogie de leurs effets avec ceux d'autres états morbides, les précautions prises par les coupables pour dissimuler le crime, l'opiniâtreté des suicidés à cacher leur action, l'émotion qu'éprouve le médecin en présence de phénomènes aussi graves, aussi insolites, les ménagements, l'attention scrupuleuse qu'il doit apporter dans ces sortes de cas pour ne pas éveiller des soupçons, l'éloignement qu'il éprouve à admettre un pareil crime par des personnes dont la moralité n'avait point été jusqu'alors soupçonnée, etc., sont autant de causes qui rendent le diagnostic d'un empoisonnement difficile. Si à ces difficultés on ajoute les erreurs qui peuvent résulter de la présence normale ou accidentelle du poison dans les aliments, dans nos organes, dans la terre des cimetières, de leur emploi comme médicaments, des effets , des lésions, des réactifs, du procédé analytique, il est certain que, surtout dans un cas légal, l'expert ne saurait trop s'entourer de précautions pour ne pas porter un diagnostic erroné. Passons successivement en revue chacune de ces causes d'erreur, ainsi que les divers moyens d'investigation qui peuvent éclairer le diagnostic toxicologique.

I. – Causes morales accidentelles.

LES SUICIDES par empoisonnement sont assez communs; ils ont lieu ordinairement par la voie gastrique et pulmonaire, C'est surtout après les grandes révolutions politiques et sociales, lorsque tant de fortunes, de positions se trouvent compromises : les chagrins d'amour, etc., les maladies chroniques, la perte au jeu, l'ennui de la vie, les contrariétés, ete., en sont souvent la cause déterminante. Le poison est l'arme dont se servent les femmes, les personnes faibles de caractère. Nous en citons plusieurs exemples avec le phosphore, les iodés, les acides, l'eau de javelle, les préparations arsenicales, antimoniales, mercurielles, cuivreuses, opiacées, cyaniques, les plantes vireuses, le gaz de la combustion, etc. C'est ordinairement avec les poisons qui sont employés comme médicaments, dans les arts, le commerce, parce qu'on peut se les procurer plus facilement, en prétextant tout autre emploi.

Dans le département de la Seine, il y a annuellement environ 600 suicides. Sur 4595, on en compte 1426 par le charbon, 158 par empoisonnement, 44 rapports énoncent seulement les substances toxiques : 16 par l'acide sulfurique; 7 par l'acide nitrique; 6 par l'arsenic; 5 par l'opium; 2 par l'eau-de-vie ; 1 par l'eau seconde; 2 par la noix vomique; 2 par le colchique ; 2 par l'acide cyanhydrique; 1 par le bleu de composition (M. Brière de Boismont). Combien de suicides passent inaperçus ! Quel est le médecin qui n'en ait eu à traiter, surtout par le laudanum? quelquefois même de simulés, de prétextés dans un but d'avortement par le traitement que nécessitent ces sortes de cas, ou pour toute autre cause ? Nous pourrions en citer plusieurs exemples. C'est souvent une position bien délicate pour le jeune médecin.

LES HOMICIDES par empoisonnement, quoique moins fréquents que les autres genres de crime, sont cependant assez communs. C'est ordinairement avec les poisons dont on peut facilement masquer les caractères organoleptiques. La population des bagnes de Brest, de Toulon, de Rochefort, au 1er janvier 1850, était de 7,690 individus, dont 65 pour crime d'empoisonnement. En 10 ans, en France, pour 335 accusations, il y a eu 414 accusés et 392 victimes, dont 187 de morts, 171 d'indisposés, 34 avec tentatives sans effets (M. Cormenin). De 1826 à 1845, en moyenne par année, 32 accusations d'empoisonnement ont été portées devant les cours d'assises, ce qui fait en tout 613 accusations, dont les 2/3 environ sont dues à l'arsenic (M. Flandin).

En France, de 1841 à 1845, le nombre des empoisonnements a été à peu près le même, de 48 à 52 par année. En 1841, il y en a eu 38 par l'arsenic; 4 par le cuivre: 2 par le plomb; 2 par l'acide sulfurique; 1 par l'acide azotique; 1 par le laudanum; 2 par la noix vomique; 2 par les cantharides; les autres par le datura, le colchique, etc.

En Angleterre, en 2 années (1837 et 1838), il s'est produit 544 empoisonnements de tout genre : 186 par l'arsenic; 15 par le mercure; 2 par l'antimoine; 32 par l'acide sulfurique; 3 par l'acide azotique; 19 par l'acide oxalique; 193 par l'opium; 34 par l'acide cyanhydrique; les autres par des poisons divers.

A New-York, en 3 années, il y a eu 83 cas d'empoisonnement vérifiés; 13 par l'arsenic; 8 par l'opium; 39 par le laudanum; 3 par la morphine; 3 par le sublimé; 1 par le colchique et autres poisons.

Dans le pays de Galles, sur 174 accusations de crime d'empoisonnement, 84 ont été commis par des hommes; 87 par des femmes. En Écosse, sur 15, 5 par des hommes; 10 par des femmes. En Irlande, sur 56, 25 par des hommes; 31 par des femmes.

Ces relevés sont loin d'exprimer toute la vérité, car plusieurs empoisonnements restent ignorés, étant plus faciles à cacher que les autres genres de crime. L'avarice, la ven. geance, la jalousie, la dépravation morale, etc., sont les principaux mobiles des homicides (par empoisonnement. En France, c'est surtout avec l'arsenic, et, en Angleterre, en Amérique avec l'opium, l'acide cyanhydrique, oxalique, peut-être en raison de leur fréquent usage. Les pâtes, les allumettes phosphorées commencent à remplacer les préparations arsénicales. Nous en citons quelques cas par le sulfate de fer, les cantharides. Les acides minéraux sont quelquefois jetés à la face, dans le but de défigurer, et même dans la bouche des enfants pendant qu'ils dornient. Les plantes vireuses, surtout le datura, sont mêlées au tabac, au vin, pour abuser des personnes ou les voler. Deux voleurs ont narcotisé un jeune homme avec du tabac et lui ont volé 500 francs. Deux Auvergnats, en voyage, sontinvités par deux individus à boire dans un cabaret ; sous le prétexte que le vin est mauvais, ils y ajoutent une poudre qu'ils disent ètre du sucre; après un 1/2 kilomètre de marche, les Auvergnats tombent sans connaissance, et on les trouva dévalisés. Dernièrement, deux endormeurs et assassins ont été condamnés à mort.

Les poisons sont ordinairement mélés aux aliments, aux boissons, aux condiments, aux médicaments. Sur 8t cas, ils l'ont été 34 fois à du potage; 8 à du lait; 6 à du pain; 4 à de la farine ; 4 à du vin; 4 à du pâté; 5 à du chocolat; 4 à des médicaments; 2 à du café; 1 à du cidre; 1 à une volaille. Des individus ont empoisonné, avec de l'acide arsénieux, l'eau d'une mare, d'une fontaine, d'un puits, une barrique de vin. Morgagni reconnut qu'un de ses malades était empoisonné, le domestique lui ayant dit que M. X... avait ajouté à la tisane une poudre qu'il n'avait pas prescrite, et sans éveiller de soupçons , il parvint à le guérir et à éviter une nouvelle tentative. Un homme a tenté, à trois reprises différentes, d'empoisonner son beaufrère avec de l'emplâtre vésicatoire qu'il mettait dans le potage; une autre, sa belle-sœur, en introduisant de l'arsenic dans une potion prescrite par le médecin. Une femme succombe après une courte maladie, qui s'était manifestée

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