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par une tuméfaction considérable des parties génitales, avec pertes utérines, vomissements, selles abondantes, etc.; à l'autopsie, on trouva un état gangreneux de la vulve, du vagin, des intestins, le ventre météorisé. Il résulta des débats que son mari, au moment de jouir de ses droits conjugaux, avait introduit de l'arsenic dans 'le vagin (M. Ansiaux de Liége). Nous avons cité un cas semblable d'un mari qui aurait fait périr ses trois femmes par

la même voie; cependant ce fait est contesté. Il est des criminels qui, pour empoisonner une personne, dans le but d'en hériter, de se venger, etc., n'ont pas craint de porter la désolation dans plusieurs familles, en mettant le poison dans le sel, la farine, les boissons, un pâté, des gâteaux, etc. Nous citons quelques homicides par les matières gazeuses, surtout par le gaz de la combustion, le criminel prétextant vouloir s'asphyxier avec la victime. Il nous est impossible d'indiquer toutes les circonstances dans lesquelles peuvent s'effectuer les homicides par empoisonnement. Ce petit exposé peut cependant suffire pour en éclairer le diagnostic, surtout en s'aidant des effets, des circonstances qui ont précédé la perpétration du crime, de l'inspection, de l'analyse des matières alimentaires, des déjections, etc.

Les empoisonnements PAR ERREUR, PAR INADVERTANCE OU ACCIDENTELS, sont peut-être de tous les plus fréquents, et s'observent par toutes les voies (voyez chapitre II). Quelques auteurs paraissent mettre en doute l'intoxication

par la peau non dénudée. Les expériences récentes de M. Homolle viendraient à l'appui de cette assertion. Ayant pris un bain d'iodure de potassium, ses urines devinrent alcalines sans traces d'iode. Pourquoi ne pas examiner la salive? Il n'éprouva non plus aucun effet dans un bain préparé avec 1 à 2 kilogrammes de belladone ou de digitale. Ces expériences n'infirment pas les faits que nous rapportons dans l'empoisonnement par les plantes via reuses, les mercuriaux, auxquels nous pourrions joindre les suivants. Le fils d'un médecin succomba dans le narcotisme pour s'étre appliqué un cataplasme fortement laudanisé sur l'épigastre. Un homme fut atteint de la colique de cuivre pour avoir immergé, à plusieurs reprises, ses mains dans un bain de sulfate de ce métal, afin d'en retirer des lames de zinc. Dans un concours, 5 candidats, en disséquant 5 cadavres injectés avec une dissolution arsénicale, eurent des étourdissements, des éblouissements, des coliques, de la diarrhée, des nausées, des vomissements, des douleurs lancinantes dans les doigts, au niveau des ongles, etc. Le seul candidat qui n'avait pas disséqué n'éprouva rien. M. Flandin a fait périr promptement des chiens, en leur frictionnant le ventre, la partie interne des cuisses avec une pommade arsénicale. On donne un bain arsénical à 229 moutons affectés de gale; 2 ou 3 jours après ils sont engourdis, comme paralysés; leur peau se dépouille, comme si elle eût été brûlée. 11 agneaux et une brebis succombent; les chiens refusent de les manger. 28 restent en traitement pendant un mois, incapables de se tenir debout. Les brebis perdirent leur lait. Sur 50, il n'y en eut que 11 qui purent continuer de nourrir (Moniteur des hôpitaux, 1853). Ces deux derniers faits, quoique moins probants, car on pourrait objecter que l'épiderme a été altéré par les frictions, l'effet caustique du poison, démontrent cependant, avec ceux qui sont déjà connus, la possibilité de l'intoxication par la peau, qu'il y ait ou non lésion de l'épiderme.

Les empoisonnements accidentels par la peau dénudée, le tissu cellulaire, une plaie, les muqueuses externes, sont assez fréquents, et ont lieu, le plus souvent, par l'emploi des cosmétiques, surtout des médicaments administrés à dose ordinaire, pendant trop longtemps, ou à dose trop élevée soit contre la gale, la vermine, les maladies cutanées, ou pour détruire des cancers, des tumeurs; soit en injection, dans le pansement des plaies. Nous en rapportons plusieurs exemples aux préparations arsénicales, mercurielles, plombiques, aux plantes vireuses. L'amirauté anglaise, voulant imprégner le bois de construction d'une solution d'acide arsénieux pour le conserver, fut obligée d'y renoncer, parce que les plus légères blessures avec des échardes de ce bois étaient très-graves ou mortelles. Un jeune homme auquel M. Nélaton injecta dans un abcès froid de la cuisse gauche environ une seringuée de teinture d'iode, mêlée à 2 parties d'eau et d'iodure de potassium, éprouva, 5 heures après, des élourdissements, des troubles de la vue, des crachotements, des vomissements, une très-grande prostration, gène de la respiration avec extinction de la voix, toux croupale, enfin un cedème aigu de la glotte; accidents que le même praticien avait déjà observés chez une femme à laquelle il avait administré 1 gram. d'iodure de potassium. Nous rapportons des accidents plombiques déterminés par du cérat saturnisé, par du sparadrap appliqué sur une plaie, par de l'eau blanche employée en collyre, en injection vaginale. Toutes les fois qu'une personne éprouvera des accidents insolites, qu'on ne puisse attribuer à l'ingestion des aliments, des boissons, des médicaments, au séjour dans un lieu délétère, il faudra s'informer si elle n'a pas employé quelque cosmétique, subi un traitement externe, travaillé les préparations plombiques, cuivreuses, etc.

Les empoisonnements accidentels par les voies pulmonaires passent souvent inaperçus,ne sont reconnus que lorsque des accidents graves ou mortels se sont déclarés. Le médecin ne saurait trop se pénétrer des circonstances dans lesquelles les matières gazeuses peuvent se produire, et s'il est appelé auprès d'une ou plusieurs personnes indisposées par leur séjour plus ou moins prolongé dans un même lieu, surtout si ces accidents se renouvellent toutes les fois qu'elles y restent quelque temps, s'il n'y a pas d'autre cause physique apparente, il doit supposer qu'ils dépendent d'un air vicié par des gaz, des vapeurs qui s'infiltrent par la cheminée, le tuyau du poêle, la porte, les fenétres, les fissures du mur, du plancher, et faire des recherches à cet effet. Ces accidents ont souvent leur cachet symptomatique. Nous citons des cas d'intoxication saturnine, méconnus pendant un certain temps, chez des personnes qui ont employé de la peinture, babité des lieux récemment peints; des cas de salivation par les vapeurs mercurielles, provenant de la rupture d'un baromètre, ou de la chambre voisine d'un dentiste; des accidents cérébraux ou autres déterminés par la fuite du gaz de l'éclairage, des lieux d'aisance, de la carbonisation des poutres d'un mur, d'un plancher, adossées à un tuyau de poéle, par l'odeur des fleurs, des matières pulvérulentes répandues dans l'atmosphère.

Les empoisonnements accidentels par la voie gastrique sont, de tous, les plus fréquents, et ont lieu dans les circonstances indiquées page 76. Si une ou plusieurs personnes, auparavant bien portantes, après avoir pris des aliments, des boissons, des médicaments, éprouvent des accidents insolites, qui ne puissent être rapportés à un état morbide antérieur, à l'idiosyncrasie, à l'antipathie pour certaines matières alimentaires, aux modifications que celles-ci éprouvent à certaines époques de l'année (moules, poissons, etc.), à leur quantité, leur température (boissons froides), à une cause morale, à une disposition particulière actuelle, etc., il doit examiner avec le plus grand soin ces matières, les vases dans lesquels on les a conservées ou préparées, envoyer chez le pharmacien chercher du même médicament, se transporter sur les lieux où les plantes, les fruits ont été cueillis, pour s'assurer s'il n'y a pas de toxiques (champignons, ciguë, belladone, etc.). Dans les empoisonnements multiples, il portera son attention sur la farine, les boissons, le sel et autres condiments; s'assurera si, parmi les personnes, il n'en est pas de plus indisposées que les autres, quel genre

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d'aliments elles ont spécialement mangé, en quene quantité, la partie méme de cet aliment; si enfin les chats, les chiens, qui ont pris de ces aliments, les matières des vomissements, ont été ou non incommodés. C'est en mettant à contribution ces données diverses, en ayant égard à la nature des effets, aux circonstances concomittantes, que le médecin pourra diagnostiquer un empoisonnement accidentel de tout autre état morbide, et même d'un homicide. Dernièrement, plusieurs personnes sont incommodées, le médecin reconnaît un empoisonnement; c'était par du fromage auquel la marchande avait ajouté de l'arsenic pour empêcher qu'il ne soit attaqué par les

vers.

Trois personnes, après avoir mangé une soupe au fromage, éprouvent de graves accidents; Morgagni soupçonna un empoisonnement, parce que la plus incommodée était celle qui avait mangé le plus de fromage et le moins de soupe. L'aubergiste avoua que, par erreur, il s'était servi de fromage arsénical, destiné à tuer les souris. Plusieurs empoisonnements accidentels ont été reconnus par la présence du poison dans les vomissements, les aliments, par une saveur spéciale, la nature des symptômes, les accidents éprouvés par les animaux, etc.

Si le médecin soupçonnait un bomicide par empoisonpement, il devrait procéder avec la plus grande discrétion, soit pour instituer le traitement, comme l'a fait Morgagni, soit pour recueillir les matières qui lui paraîtraient suspectes, celles des vomissements, les urines, etc., tout en donnant à entendre que c'est pour s'éclairer sur la cause, la nature de la maladie. Ici s'élève une question très-grave, à savoir s'il faudrait se taire, comme l'a fait Morgagni, ou bien divulguer le crime? (Voyez les rapports.)

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