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l'estomac par les aliments (Christison). Un enfant, laissé par sa nourrice près d'un sac de pommes de terre, meurt; on trouve son estomac distendu par cet aliment. Qui de nous n'a été appelé par des personnes, qui, à la suite d'un repas, ont éprouvé des symptômes gastro-intestinaux assez graves pour inspirer des craintes sur leur nature? Nous citons des cas, surtout avec les poisons peu sapides, l'acide arsénieux, où l'indisposition gastro-intestinale a été attribuée à une indigestion, à une irritation de l'estomac, et ce n'est qu'après plusieurs tentatives que le crime a été découvert.

La nature, la quantité d'aliments, de boissons, de condiments, l'antipathie pour certaines matières alimentaires, l'idiosyncasie, les affections morales, l'état actuel des

personnes, du tube intestinal, sont autant de circonstances que peuvent éclairer la diagnostic. Lorsque le poison est mélé aux matières alimentaires, il est rare qu'elles n'en offrent aucune trace, qu'il n'en reste pas dans les vases, que

le malade n'accuse une saveur, une sensation spéciales dans la bouché, le pharynx, quelques-uns même laissent des traces de leur action sur la muqueuse buccale; la soif, les douleurs épigastriques, les coliques sont plus vives, continues, revêtent un caractère plus inflammatoire. Dans les cas d'indigestion, lorsque la mort est prompte, l'estomac est distendu par des aliments incomplétement digérés, par des

muqueuse est turgescente, violacée uniformément ou par plaques. Dans l'empoisonnement il y a peu ou pas d'aliments; la muqueuse est plus ou moins enflammée, offre parfois des taches brunâtres, comme gangréneuses, des ulcérations, des colorations spéciales. Enfin, le rétablissement est plus long et les effets consécutifs plus constants. Mais comme ces caractères peuvent manquer, que dans l'indigestion les lésions du tube intestinal sont quelquefois très-intenses, il sera nécessaire, dans les cas douteux, d'analyser les matières des vomissements, des dé

gaz; la

jections, les urines, les matières alimentaires, et les organes si la mort a lieu.

CHOLÉRA SPORADIQUE ET ÉPIDÉMIQUE. — Il n'est pas de maladie qui, dans son invasion, ses symptômes, sa marche, sa durée, ses périodes, sa terminaison, ressemble autant a un empoisonnement que le choléra sporadique : début brusque ou précédé de légers symptômes gastro-intestinaux, vomissements et selles simultanés de matières jaunâtres, bilieuses, vives douleurs de ventre avec rétraction, soif vive, hoquet, anxiété extréme, fréquence et dureté du pouls, parfois crampes ou convulsions, diminution ou suspension de la sécrétion urinaire, palpitations, lypothimies, altération profonde des traits, extrémités froides, sueurs visqueuses, extinction de la voix, insensibilité du pouls, grand affaiblissement, mort en 24-48 heures; le plus souvent rétablissement assez prompt.

Ce sont bien les symptômes qui constituent les deux périodes de l'intoxication par les poisons âcres, irritants, minéraux et végétaux; cependant, en ce cas, les malades accusent une saveur âcre, caustique, spéciale; les accidents gastriques précèdent les intestinaux, alternent avec eux, offrent un caractère plus inflammatoire, surtout à la pression, persistent dans l'intervalle des évacuations. Les symptômes généraux hyposthéniques sont aussi bien plus intenses; les crampes, les convulsions moins fréquentes, si ce n'est avec les poisons végétaux. Quant aux lésions, à peu près constantes et de nature inflammatoire dans l'empoisonnement, elles sont nulles ou sans caractère spécial dans le choléra sporadique.

L'étiologie peut aussi répandre quelque jour sur le diagnostic. Ainsi, le choléra sporadique est rare dans le nord, ne survient ordinairement dans le midi que vers la fin de l'été, en aoút et en septembre, spontanément ou sons l'influence de certains aliments (melon et autres fruits, viandes de porc, de charcuterie, auf de brochet, crabes, etc.); de certaines boissons (vin nouveau, boissons froides); d'une affection morale. L'effet des aliments, des matières des vomissements sur les chats, les chiens, dans l'empoisonnement par les champignons, etc., a servi à éclairer le diagnostic.

Le choléra asiatique, qui depuis 1832 s'est montré aussi sporadiquement, peut débuter brusquement, mais, le plus souvent, il est précédé de diarrhée et autres symptômes prémonitoires. Une fois déclaré, sa marche est ordinairement plus prompte que celle de l'empoisonnement. Dans l'intervalle des évacuations, les malades n'éprouvent pas

de douleurs gastro-abdominales; ou bien elles sont moins intenses, offrent plutôt le caractère nerveux, oppressif, spasmodique, qu’inflammatoire; il n'y a pas de saveur spéciale. La période asphyxique est aussi plus prompte, plus intense. La peau est plus glaciale, l'épiderme plus ridé, plus flasque; la cyanose plus générale, plus marquée; la voix plus creuse, plus éteinte; les crampes, les douleurs des membres sont aussi plus fréquentes. Enfin, et c'est là le caractère pathognomonique, les matières des vomissements, des selles, sont blanchâtres, ressemblent à une décoction de riz, ont une odeur fade caractéristique; il n'y a ordinairement aucune trace d’inflammation dans le tube intestinal. Les follicules de Brunner, surtout vers la fin de l'iléum, sont plus développés, ont la forme de petits corps durs, arrondis, opaques, de la grosseur d'un grain de chènevis. Nous insistons sur ces caractères diagnostiques, parce que, à l'époque du choléra épidémique, des morts, attribuées à cette maladie, ont été reconnues plus tard être le résultat d'un empoisonnement criminel, après un an et plus d'inhumation.

Dans la Haute-Saône, en 1849, le choléra avait cessé ses ravages, lorsque deux jeunes mariés, incommodés au sortir de table, succombent en deux jours. On attribue leur mort à cette maladie. L'enquête démontra qu'ils avaient été enpoisonnés par l'arsenic, et que les mêmes criminels avaient fait périr ainsi six autres personnes.

En mai 1849 Célina Lepère, âgée de 13 ans, est prise, le matin, de vomissements, de douleurs épigastriques, de déjections, de refroidissements, et succombe en 6 heures. Étant coloriste, on soupçonne un empoisonnement par le vert arsénical. A l'autopsie, assez forte injection des méninges; poumons congestionnés, sang fluide, noir, poisseux; dans le ventricule droit, nombreuses taches ecchymosiques; rien dans la bouche, l'oesophage; vers le pylore, trois taches brunâtres circonscrites, très-peu foncées. A partir de cet orifice jusqu'à la fin de l'intestin grêle, la muqueuse est couverte dans toute son étendue d'un nombre considérable de follicules isolées ou agminés, dont le volume est augmentė, offrant enfin les caractères de l'affection cholérique; ils ne se laissent ni dérouler, ni serrer par la pression, etc.; pas la moindre trace de phlegmasie, de congestion ; très-peu de liquide, épais, trouble. M. Tardieu conclut que Célina Lepère a succombé au choléra.

Le choléra, dans sa période comatique, peut en imposer pour un empoisonnement par les narcotites : le délire, les hallucinations, la contraction ou la dilatation pupillaire qui précèdent ou accompagnent ce dernier, les antécédents serviront de diagnostic.

GASTRITE, ENTÉRITE, COLITE, GASTRO-ENTÉRO-COLITE.—La cause des accidents gastro-intestinaux, de nature inflammatoire, déterminés par les poisons administrés avec les matières alimentaires ou par doses successives, est restée ignorée pendant un certain temps, et souvent n'a été reconnue qu'aux débats. Aux rapports, nous citons un cas d'avortement avec gastro-entérite simple qui nécessita l'analyse pour remonterà la cause. Dans la plupart des autopsies, c'est d'après les lésions gastro-intestinales, souvent sans caractère bien tranché, qu'on établit la nécessité d'une expertise. L'erreur est donc possible quant aux symptômes, aux lésions.

Dans l'empoisonnement, les effets locaux sont prompts, en quelque sorte immédiats, ce qui est assez rare dans ces maladies, qui le plus souvent sont précédées de symptômes prodromiques pendant plusieurs jours; ensuite ils sont plus intenses, continus, ainsi que les effets généraux, et n'offrent ni exacerbation, ni rémittences aussi longues, à moins qu'une nouvelle dose de poison soit administrée. Les matières des vomissements, des selles, plus abondantes, plus répétées, peuvent offrir des caractères spéciaux. Les effets constitutionnels, lorsque le poison a été absorbé, sont aussi bien plus graves, et la période hyposthénique ou d'affaissement plus prompte. La géne de la respiration, la cyanose ou plutôt l'asphyxie résultant de la liquéfaction du sang ne s'observent pas dans ces maladies, qui, en outre, ne sont pas aussi rapidement mortelles, et il est rare qu'elles envahissent à la fois les diverses parties du tube intestinal, ce qui est fréquent dans l'empoisonnement,

Quant aux lésions dans le gastro-entéro-colite, la muqueuse est d'un rouge clair ou brun foncé, uniformément ou par arborisations, par plaques, par un pointillé très-fin, épaissie ou amincie, friable, ramollie, et offre parfois de petites ulcérations. Dans l'empoisonnement, ces lésions sont moins générales, plus profondes, siégent surtout sur les parties les plus anfractueuses, coexistent souvent avec des taches brunâtres, comme gangréneuses, des escarres, des ulcérations, des colorations spéciales, etc. Si ces caractères manquent, sont insuffisants, il faut recourir à l'analyse.

PÉRITONITE.—Elle est très-rare dans les cas d'empoisonnement, à moins qu'il n'y ait perforation du tube intestinal,

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