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et alors même elle n'a pas le temps de se développer, la mort étant très-prompte. La douleur abdominale générale ou correspondant à la portion du péritoine affectée, superficielle, aiguë, s'exaspérant par la plus légère pression, le contact des couvertures, intolérable dans les efforts de vomissements, pour uriner, aller à la selle ou tout autre mouvement, le décubitus dorsal forcé, le

peu

d'abondance des matières évacuées, leur nature, le ballonnement, la matité du ventre, la crainte de satisfaire la soif pour ne pas exaspérer les douleurs, le peu d'étendue de la respiration, et enfin les lésions dans les cas de mort, en outre des symptômes généraux et précurseurs, serviront à établir le diagnostic.

Dans la métro-peritonite, les mêmes symptômes, en outre de ceux fournis par l'utérus, pourront établir le diagnostic. Si l'intoxication s'était effectuée par cette voie, il faudrait tenir compte des symptômes inflammatoires, des lésions du vagin si c'était un poison caustique. M. Tardieu cite deux femmes chez qui il y avait soupçon d'empoisonnement, l'une morte d'une peritonite simple, en dehors de l'état puerpéral ; l'autre, atteinte d'une péritontie tuberculeuse, localisée principalement dans le péritoine et les intestins.

VOMISSEMENTS, COLIQUES SPASMODIQUES OU IDIOPATHIQUES. - Il n'est pas rare d'être appelé auprès des personnes qui sont prises spontanément, ou après quelques symptómes prodomiques, de vomissements muqueux ou bilieux, de coliques avec ou sans diarrhée. L'absence de fièvre, d'inflammation gastro-intestinale, la non-continuité des vomissements, des coliques, le peu de douleur de la région gastro-abdominale à la pression dans les intervalles; la manifestation des accidents, même lorsqu'il n'y a pas eu depuis quelque temps des boissons, d'aliments ingérés ; la nature des boissons, des aliments dans le cas contraire; l’état hystérique ou nerveux de la personne; la suppression

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du flux menstruel, de la sueur, etc.; l'apparition de ces maladies sous l'influence d'une contrariété, d'une affection morale, sont autant de circonstances qui peuvent établir le diagnostic.

Les COLIQUES HÉPATIQUES, NÉPHRÉTIQUES, UTÉRINES peuvent donner lieu aussi à des symptômes gastro-intestinaux assez graves, mais elles se distingueront à leur caractère particulier, au siége, à l'invasion de la maladie.

VERS INTESTINAUX. Un soldat meurt à l'instant où il venait de boire; pour toute lésion on trouve dans le duodénum un certain nombre de lombricoïdes, qui avaient piqué en plusieurs endroits l'intestin et le pylore; l'un d'eux avait sa tête engagée entre la muqueuse et la musculeuse (Mahon). Un boulanger, de Saint-Ponts, meurt à la suite d'accidents qui firent naître des soupçons d'empoisonnement : pas d'autre lésion que de lombrics dans le tube digestif. Dans plusieurs cas légaux (affaire Gérard), se fondant sur des faits de cette nature, sur ce que Gautieri, Raspail, etc., admettent la possibilité de la perforation du tube intestinal par ces entoozoaires, prétextant qu'ils peuyent agir, en outre, comme corps étranger ou secréter une liqueur nuisible, la défense a interprété ainsi la mort. Rudolphi, Bremser. Dujardin, etc., n'admettant pas, chez les lombrics, d'organe propre à perforer le tube intestinal, à sécréter une liqueur nuisible, et, très-souvent, leur présence n'ayant été accusée qu'à l'autopsie, il est douteux qu'ils puissent produire cet effet, quoique, dans certains cas, ils donnent lieu à des accidents nerveux ou gastrointestinaux plus ou moins graves. Il importe de s'assurer si la perforation par où a passé le ver n'est pas due à une altération pathologique, si les vers trouvés dans l'æsophage, le larynx, n'y ont pas pénétré après la mort, L présence du poison dans les organes où il a pénétré par absorption résoudrait d'ailleurs la question.

ILÉUS, PASSION ILIAQUE, MISÉRÉRÉ, COLIQUE DE MISÉRÉRÉ, VOLVULUS, INVAGINATION INTESTINALE, HERNIE ÉTRANGLÉE. -Ces diverses affections ont pour cause essentielle un obstacle au cours des matières fécales, due soit à une invagination, à un volvulus, à un étranglement externe ou interne, à la présence d'un corps étranger, d'une tumeur. etc. Leur symptôme commun est une douleur vive, quelquefois avec tumefaction partant du siége du mal, s'irradiant dans tout le ventre, continue, exacerbante, pinçante, tortillante. Il y a hoquet, vomissement, d'abord de matières muqueuses, bilieuses, puis jaunâtres, stercorales et d'une odeur, caractéristique, suppression de matières fécales et de gaz par l'anus,

,ballonnement du ventre, qui est très-douloureux, quand il y a peritonite, ce qui est fréquent. Quelquefois les anses intestinales sont dessinées à travers les parois abdominales. Au milieu de ces symptômes locaux, qui peuvent débuter brusquement ou être précédés d'accidents prodromiques gastro-intestinaux, selon que l'occlusion est plus ou moins complète, et de symptômes généraux trèsgraves, l'intelligence reste intacte. La mort survient promptement, ou du deuxième au sixième jour.

A Courbevoie, en mai 1853, une femme meurt à la suite de symptômes gastro-intestinaux très-intenses. L'homme avec lequel elle vivait est arrêté. A l'autopsie, on trouve un étranglement intestinal. Le sieur T..., à Paris, meurt presque subitement après avoir éprouvé des vomissements répétés. Sa mort est attribuée à une erreur de sa femme, qui lui aurait donné une potion contenant une substance très-active. L'autopsie révéla un étranglement comprenant quatre ou cinq anses intestinales. L'analyse donna des résultats négatifs. A Montmartre, une femme, que l'on croyait avoir été empoisonnée par son mari, succombait aussi à un étranglement intestinal (M. Tardieu).

Le siége de la maladie, la nature des matières vomies, la constipation, malgré les symptômes intestinaux aussi

intenses, ce qui ne s'observe guère qu'avec le plomb, les acides concentrés, et, en ces cas, il y a des symptômes caractéristiques, l'absence des caractères organoleptiques propres à certains poisons, et enfin l'autopsie, qui dévoilera l'obstacle au cours des matières fécales, serviront à diagnostiquer ces états morbides. Le fait suivant démontre combien il faut procéder avec soin à l'autopsie.

Mme Hullin, danseuse à l'Opéra, est prise de symptômes gastro-intestinaux très-intenses, avec vomissements de matières glaireuses, puis bilieuses et fécales, douleurs violentes à la région iliaque droite, suspension de la sécrétion urinaire et de la défécation, ballonnement du ventre, altération des traits, insensibilité du pouls, etc., et succombe en 3 jours. Des bruits sinistres s'étant répandus sur la cause de la mort, le mari demanda l'autopsie. Les experts conclurent que Mme Hullin avait succombé à une gastro-entérite chronique, sans en préciser la cause. Le ministère public fit procéder à une seconde expertise par MM. Orfila et Rostan, qui constatèrent un étranglement, à 10 ou 12 centimètres du cæcum, formé par un appendice graisseux, de manière à comprendre l'iléum comme une bourse l'est dans son anneau. Pas de traces de poison (Archiv. génér. med., tom. XIX).

PERFORATIONS, ULCÉRATIONS, RUPTURES D'ORGANES.- Les organes creux, l'æsophage, l'estomac, les intestins, la vésicule du fiel, les conduits biliaires, l'appendice cæcal, la vessie, l'utérus, etc., par suite de distension mécanique, d'une altération morbide inflammatoire ou inconnue dans sa nature, peuvent se rompre, se perforer, donner lien à des

sympo tômes, à des lésions qui simulent un empoisonnement. Dans la majorité des cas il y a épanchement dans le péritoine avec symptômes de péritonite récente.

Une femme, convalescente d'une dispepsie, mange à satiété. Bientôt après, sentiment de pesanteur d'estomac, nausées, efforts inutiles pour vomir. Tout à coup elle sent çet organe se déchirer et expire dans la nuit. Lacération de 5 pouces de long à la partie antérieure de la grande courbure de l'estomac; aliments en partie digérés dans l'abdomen; pylore induré. Les autres parties sont saines, Ces ruptures ont lieu, le plus souvent, par suite de la distension de l'estomac par des matières alimentaires ou gazeuses, chez les personnes qui ont mangé des choux, des pruneaux, des raisins et autres substances fermentescibles, ou par suite d'un effort, de convulsions, de l'enfantement, d'un vomitif, etc.

Le 23 août, Diez, âgé de vingt ans, robuste, après avoir pris un verre d'absinthe, dans la rue Mouffetard, est pris, tout à coup de coliques atroces, qui l'obligent à se rouler par terre, avec nausées, sans vomissements, symptômes qui durent toute la nuit. Transporté le matin à l'hôpital, il est couché sur le dos, immobile; respiration anxieuse; figure pâle, décomposée; parole entrecoupée par la douleur; pouls petit, fréquent, irrégulier; extrémités froides ; ventre tendu, peu douloureux à la pression; ténesme vésical ; on retire 500 grammes d'urine. Mort quatre heures après. En outre d'un épanchement de gaz

dans l'abdomen et les intestins, des traces d'une peritonite récente avec pseudo-membranes, on trouva, dans la grande courbure de l'estomac, une perforation ronde, de 6 à 7 millipuètres de diamètre, entourée, sur les deux faces, d'un cercle rougecerise-ardoisé de 1 millimètre d'étendue. La muqueuse est taillée à pic, sans autre altération (M. Moutard-Martin, Union méd., 1853).

Chez une fille de onze ans, qui, deux heures après souper, est prise de douleurs vives et succombe en douze heures, au milieu d'horribles souffrances, la partie antérieure de l'estomac offrait le même genre de lésion. Il y avait soupçon d'empoisonnement. L'analyse ne donna aucun résultat (Lefranc).

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