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DÉLIRE, HALLUCINATIONS.— Ces accidents ne s'observent guère que dans l'empoisonnement par les gaz de la combustion, de l'éclairage, les alcooliques, les plantes vireuses. Le lieu où ils se sont déclarés, l'odeur alcoolique, la nature du délire établiront le diagnostic. Avec les plantes vireuses, ces symptômes sont précédés et accompagnés de soif, de sécheresse à la bouche, de difficulté dans la déglutition, la parole, de la contraction ou dilatation pupillaire, et quel. quefois avec éruption, démangeaison à la peau. En outre, avec les poisons narcotico-acres, il y a des signes d'inflammation gastro-intestinale. Le délire, les hallucinations

portent surtout sur les habitudes, les professions des personnes, offrent fort peu de durée, ainsi que

le

coma, qui parait plutôt dépendre de la stupéfaction du cerveau que d'une congestion sanguine; aussi, assez souvent, se dissipe-t-elle momentanément sous l'influence d'une forte excitation, des stimulants, etc.

EPILEPSIE. — Les poisons irritants donnent plutôt lieu, méme assez rarement, à des convulsions épileptiformes qu'à un accès complet d'épilepsie. Dans l'empoisonnement par les préparations cyaniques, les plantes vireuses, les anesthésiques, les strychnées, nous rapportons des cas où le médecin est resté quelques instants dans le doute sur la nature de l'affection. L'épilepsie revêt une forme chronique, les malades portent souvent des traces de leur chute; il y a perte de connaissance, insensibilité, écume à la bouche, déchirure de la langue, etc. Avec les strychnées, l'intelligence reste intacte, la sensibilité est exagérée à tel point que le moindre contact peut développer de nouveaux accès, lesquels sont séparés par des intervalles distincts. Avec les narcotiques, le délire, les hallucinations, etc., précèdent les convulsions. Enfin, les anesthésiques, les préparations cyaniques, le camphre, ont leur caractère organo leptique.

TÉTANOS.-Le traumatique offre lui-même son diagnostic. Nous en citons quelques exemples à la suite de la piqure d'un nerf par les abeilles, etc.; le camphre. La coque du Levant, les poisons narcotico-âcres, donnent plutôt lieu à des convulsions tétaniques.

Ce sont surtout les accidents produits par les strychnées qui offrent le plus de rapport avec le tétanos spontané. Celui-ci est rare dans nos contrées; ensuite, avec les strychnées, les accidents tétaniques se développent d'une manière successive, à la suite de l'ingestion d'une substance excessivement amère, très-persistante; les accès sont peutêtre moins longs, plus rapprochés, la sensibilité de la peau plus exaltée, et si le malade survit au troisième ou quatrième accès, le rétablissement est ordinairement assez prompt. Cependant ces caractères distinctifs ne sont pas toujours bien tranchés.

FIÈVRES INTERMITTENTES PERNICIEUSES.—M" S. est prise, tout à coup, pendant son repas, d'une faiblesse extrême, d'un frisson très-violent, de symptômes cardialgiques constitués par des crampes d'estomac, des vomissements de bile et d'aliments, symptômes qui persistent pendant 1 heure, et sont remplacés par le stade de chaleur, lequel dura 2 heures: 2 grammes de sulfate de quinine : guérison (M. Putegnat.)

Jeanne Lapierre est prise, inopinément, à 1 heure de l'après-midi, de déjections alvines excessivement fréquentes, involontaires, stercorales, puis séreuses, sans douleurs continues, avec menace de défaillance, vomissements simultanés d'un liquide analogue; à ces évacuations succèdent bientôt des crampes très-douloureuses, surtout aux jambes, un froid général; vers 3 heures la

peau

était froide, la voix voilée, le pouls nul; pas d'urine, etc. On que

c'était le choléra. M. Dufour trouvant l'abdomen souple, insensible, la langue nette, molle, non glaciale, de même que la peau, et, en 1832, ayant vu des cas semblables, diagnostiqua une fièvre pernicieuse cholérique. Il donna 4 gramme de sulfate de quinine, par fractions de 10 centigrammes, toutes les heures. La réaction, malgré tous les moyens calorifiques, ne s'établit que vers le soir: guérison.

crut

Un enfant de 7 mois, ayant eu deux accès de fièvre intermittente avec convulsions , évacuations abondantes par la bouche et l'anus, etc., fut pris, le 24 aoút 1862, à 9 heures 1/2, de nouvelles convulsions, pouls petit, trèsfréquent, intermittent; visage altéré, bouche pleine d'ém cume, respiration haute, courte, fréquente, bruyante, corps agité de mouvements convulsifs; mort à midi.

L'invasion subite d'accidents locaux et généraux aussi intenses, aussi graves, même pendant le repas, revêtant plutôt un caractère nerveux qu'inflammatoire, suivis de réaction prompte quand l'accès n'est pas mortel, ou précédés d'accès antérieurs, pourront faire diagnostiquer une fièvre intermistente pernicieuse, gastralgique, cardialgique, cholérique, diarrhéique, celles enfin dont les symptômes portent spécialement sur le tube intestinal, surtout si à ces caractères on ajoute l'absence de la saveur, de l'odeur, etc., qu'offrent certains poisons. Quand les symptômes pernicieux siégent sur le système nerveux, le cour (fièvres convulsive, comateuse, syncopale), les caractères que nous avons donnés ci-avant pour les convulsións, l'épilepsie, les congestions, en outre de la périodicité, des trois stades, serviront à établir le diagnostic.

FIÈVRE TYPHOIDE.—En mai 1853, M. Tardieu, à l'autopsie d'un jeune garçon, soupçonné d'avoir été empoisonné par un médicament mal préparé, constata, de la manière la plus évidente, les traces d'une fièvre typhoïde, exempte de toute complication. Dans l'affaire Glæckler (voyez Rapports), les experts, quoique les lésions propres

à la fièvre typhoide ne fussent pas très-évidentes, conclurent que l'individu avait succombé à cette maladie, parce que, 6 jours avant sa mort, il en avait présenté les symptômes, d'après le médecin traitant. L'analyse constata l'arsenic dans les organes. L'un des experts dit cependant que les lésions étaient analogues à celles d'un empoisonnement lent; c'est en effet lorsque le poison est donné dans les aliments ou par doses successives, que les effets se prolongent pendant un certain temps, qu'ils peuvent revêtir le caractère typhoïde, même avec éruption pétéchiale, hémorrhagie intestinale. Cependant ils se déclarent subitement après l'ingestion des aliments, des boissons; leur marche est plus rapide, plus aiguë; les symptômes d'irritation gastro-intestinale avec vomissements, diarrhée, persistent ordinairement; à ces caractères ajoutons le siége des pétéchies sur la région abdominale, le gargouillement spécial de la fosse iliaque, le facies du malade, et, après la mort, la lésion spécifique de l'entérite folliculeuse, signes caractéristiques de la fièvre typhoïde.

Syncope. — Peu de poisons âcres, irritants, produisent la

syncope; c'est plutôt un état syncopal, lipothymique, lorsque le poison est absorbé peu à peu sans irriter le tube intestinal (voyez Arsenic). Il n'y a guère que les matières gazeuses, les substances odorantes, les anesthésiques, les gaz de la combustion, de l'éclairage qui donnent lieu à cet état morbide. Les caractères organoleptiques, les circonstances où il s'est effectué serviront à établir le diagnostic. L'état syncopal déterminé par les narcotiques, l'acide oxalique, la digitale, etc., est ordinairement précédé de symptômes gastro-intestinaux ou cérébraux.

MALADIES DIVERSES. --- La liste des maladies aiguës qui peuvent simuler l'empoisonnement est sans doute bien longue; cependant ces erreurs ont été commises, peuvent se représenter encore ; d'ailleurs ne voyons-nous pas des soupçons s'établir dans les cas de mort par les maladies les plus diverses, les plus caractérisées, et nécessiter une expertise, toutes les fois enfin qu'il se présente quelque chose d'insolite, d'imprévu. M. Tardieu a été requis dans les cas suivants : 1° pour une fenıme morte d'une méningite hydrocéphalique, à la suite d'un drastique violent; 2° dans un cas de méningite suraiguë purulente, chez un enfant mort à la suite de douleurs fixes, persistantes de l'oreille, qui s'étaient aggravées sous l'influence de 2 pilules de 5 centigrammes d'extrait d'opium, prescrites par un médecin, contre lequel les parents voulaieni exercer des poursuites; 3o celui d'un enfant, soupçonné être empoisonné par l'opium, qui avait succombé à une pneumonie (Ann. d'hyg. et de méd. lég., 1854). Dans ces expertises, la cause de la mort était évidente, et on n'avait nullement à s'occuper de l'influence des médicaments sur sa production. Dans les cas où les lésions seraient moins caractéristiques, il pourrait se faire qu'on ait à se prononcer sur l'opportunité de tel ou tel médicament, s'il n'a pas concouru à produire la mort, etc.

MALADIES CHRONIQUES. - Nous avons indiqué, au chapitre i, sous les paragraphes B et C, les effets consécutifs aux empoisonnements aigus, ainsi

que
les accidents

produits par les poisons donnés par doses successives. Ces accidents

pouvant être pris pour d'autres états morbides chroniques, toutes les fois qu'il ne sera pas possible de les rattacher à une maladie déterminée, il faudra s'assurer s'ils ne dépendent pas des aliments, des boissons, des condiments renfermant quelque substance toxique, des vases où ils ont été préparés ou conservés, de la profession, de l'habitation, etc.; s'ils n'offrent pas les caractères spéciaux à certains poisons, au mercure, au plomb, au cuivre, etc. Dernièrement, à Paris, plusieurs personnes ont éprouvé des symptômes d'intoxication qui n'ont été reconnus qu'après la mort de quelques-unes d'elles. Ils étaient dus à du

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