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et leur thérapeutique toxicologiques. Dans l'historique de chaque poison, nous rapportons les expériences dont il a été le sujet, ainsi que les observations, discutées, commentées sous ce point de vue doctrinal. S'il est des cas qui paraissent déposer en faveur de cette doctrine, il en est d'autres aussi tout à fait contraires; c'est ainsi qu'un poison contre-stimulant n'en a pas moins produit son effet, quoiqu'il ait été donné sous forme d'alcoolé. Cependant, dans cette appréciation, il importe de tenir compte des doses absolues et relatives de chaque poison (voyez les préparations cyaniques, arsenicales, etc.). Il est des médecins qui pensent que les poisons ne s'influencent nullement dans leurs effets, que chacun d'eux agit à sa manière. Puisque les effets des médicaments sont modifiés par les états morbides, que l'opium peut étre donné à des doses bien plus élevées dans le tétanos et autres névroses , etc. que dans l'état normal, il nous paraît raisonnable d'admettre qu'il doit en être ainsi pour deux poisons à effet contraire, l'opium et la strychnine; alors, quoique chacun d'eux conserve, en définitive, son mode d'action, ils doivent cependant s’influencer réciproquement dans leurs effets.

Avec ce peu de document il est impossible de donner à ce sujet tout le développement que nous aurions désiré sous le rapport des effets, des lésions, du traitement, Quant à la marche analytique à suivre, c'est celle

que nous avons indiquée page 63 et 91. Nous y reviendrons d'ailleurs aux Rapports, car on ne saurait trop se pénétrer des faits pratiques, observés surtout par des hommes rompus aux expertises légales. C'est d'après ces données qu'il faut se diriger, pour vaincre les difficultés, dans des recherches aussi complexes, où l'on n'a aucun indice sur la nature des substances toxiques.

1.-EMPOISONNEMENT PAR L'ÉMÉTIQUE ET L'ACIDE ARSÉNIEUX. — La femme d'un receveur général, affectée d'une

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légère incommodité, tombe rapidement dans l'état le plus grave et meurt. A l'autopsie on trouve une violente inflammation d'entrailles. La domestique avoua lui avoir donné, pendant trois jours, 24 grains d’émétique dans son bouillon et sa tisane, que

n'en trouvant pas

l'effet assez prompt, elle avait fait bouillir 1 once d'arsenic dans le liquide du lavement (Foderé).

Le foie, la rate, etc., de cette femme, carbonisés par l'acide sulfurique, auraient donné, à l'appareil de Marsh, un anneau à la fois arsénical et antimonial, facile à reconnaître, comme il est dit

page II.-EMPOISONNEMENT PAR L'ACIDE SULFUNQUE ET L'ACIDE ARSÉNIEUX.–Tout récemment une femme, ne pouvant empoisonner assez promptement son mari, en lui administrant de l'acide sulfurique en lavement, lui donna de l'acide arsénieux par la bouche.

. III.—EMPOISONNEMENT PAR L'ACIDE ARSÉNIEUX ET LE TABAC. -Dans un cas d'empoisonnement on trouva l'intestin grêle fortement enflammé par plaques, et, dans l'estomac, dont la muqueuse était rouge, ulcérée, comme brûlée , facile à séparer des autres membranes, environ un verre de liqueur rouge, briquetée, semblable à de la sie de vin. On attribua la mort et les lésions à un poison chaud, corrosif. D'après le rapport, c'était de l'acide arsénieux, mêlé à du tabac d'Espagne (Desveaux).

Après avoir constaté les caractères physiques des matières de l'estomac, si elles ne contiennent pas de l'acide arsénieux à l'état solide, il faut y démontrer d'une part la présence de la nicotine, de l'autre celle de l'arsenic Si on n'avait que peu de matières, on commencerait par la recherche de la nicotine, et ensuite celle de l'arsenic dans les résidus. - On agirait de même dans l'empoisonnement par l'arsenic et l'opium, la morphine ou tout autre alcali végétal (voyez Rapports et page 91).

IV. -- EMPOISONNEMENT PAR L'ACIDE ARSÉNIEUX ET LE MERCURE COULANT. -Un homme de 36 ans, robuste, à qui sa femme donne un bouillon, est pris immédiatement de vomissements violents, suivis de douleurs du bas-ventre, sans déjections alvines, de cardialgie , d'angoisses insupportables, de soif inextinguible, et meurt en 30 heures. A l'autopsie, l'estomac, rouge, enflammé et sa muqueuse détruite, contient beaucoup de sérosité verdâtre, une poudre blanche et une grande quantité de mercure coulant. L'intestin était gangrepé et en partie roulé et lordu sur lui-même. Dans le rapport on conclut à un empoisonnement par le sublimé corrosif, dont une partie aurait été réduite en mefcure coulant par la chaleur du lieu ; explication inadmissible, et Hoffmann démontra

poudre était de l'acide arsénieux. La femme avoua qu'elle avait d'abord administré de l'arsenic, puis du mercure coulant pour donner le change.

que la

V. – EMPOISONNEMENT PAR LES CANTHARIDES, UNE PATE PHOSPHORÉE ET ARSÉNICALE. Chez un homme, mort le 21 janvier 1849, et exhumé le 24 avril, l'estomac, les intestins, tachés d'un jaune vif, contenaient une grande quantité de bouillie jaune verdâtre, et de petits points jaunes isolés. Les taches, mises en digestion dans un soluté de bicarbonate de potasse, passent au rouge vif. Le soluté, traité par l'acide sulfurique et le proto-sulfate de fer, ne donne

pas

une coloration rose comme les taches d'acide azotique. Les points jaunes, chauffés avec du flux noir, donnent de l'arsenic. La bouillie, légèrement acide, offrait, à la la vue, des grains d'un blanc jaunâtre, qu'on a cru être de farine de maïs; des grains noirâtres et des parcelles vertes, dorées, brillantes, qui ont été reconnues pour de la poudre de cantharides ; il y en avait aussi dans les gros intestins.

La bouillie est délayée dans l'eau distillée et filtrée; le

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et traité

liquide, concentré au gmo, était très-acide; saturé par le bicarbonate de potasse, évaporé à siccité, repris par l'eau,

par l'azotate d'argent, il donne un précipité abondant de phosphate d'argent, qui, bien lavé, délayé dans l'eau et soumis à un courant de gaz sulfhydrique, a été transformé en sulfure. La liqueur filtrée, suffisamment concentrée, offrait tous les caractères de l'acide phosphorique.

Chauffée avec du charbon dans un tube de verre réfractaire, à une forte lampe d'émailleur, elle donnait des vapeurs de phosphore, inflammables à l'air; formait, avec l'eau de baryte, de chaux un précipité blanc, soluble dans un excès d'acide, et les acides azotique et chlorydrique ; avec l'azotate d'argent, après avoir été saturée par la potasse, un précipité jaune; enfin, le résidu de la bouillie, ainsi que l'estomac, les intestins, préalablement hachés, soumis pendant 24 heures à l'action du chlore, dégagé de l'hypochlorite de chaux par l'acide chlorhydrique, versé goutte à goutte, ont fourni de l'arsenic à l'appareil de Marsh. Les 2/3 du foie, traités de même, en ont aussi donné.

· Les experts ont supposé que l'empoisonnement était dů à de la pâte phosphorée, à laquelle, surtout en Allemagne, on ajoute souvent de l'acide arsénieux. Les témoins ont en effet déclaré qu'ils avaient vu l'accusée tremper un paquet d'allumettes dans de l'eau chaude, dans le but, disait-elle, de détruire les rats (Boissenot).

Nous rapportons: 1°tome I'', page 555, un cas d'empoisonnement par le verdet et le nitrate acide de mercure. La personne a succombé en trois heures aux mêmes accidents que, par les poisons caustiques ; 2° tome II, page 64, celui d'une petite fille qui, après avoir pris une demi-cuillerée d'une potion, composée de 1 gramme de calonel et 120 grammes d'eau de laurier cerise, a succombé iminédiatement dans les convulsions. Ce cas a soulevé une question très-importante, à savoir si la mort était due à l'acide cyanhydrique, ou au sublimé résultant de la réaction du calomel sur cet acide. 3°Aux assises de l'Arriége, M. Filhol a constaté un empoisonnement criminel, chez une jeune fille, par l'alun et le sulfate de fer ; fait intéressant, car, dans plusieurs expertises, la question a été posée, si ces deux sels sont toxiques. 4° Aux rapports toxicologiques, nous citons un cas où, une personne ayant succombé dans un milieu asphyxiant, l'expert a cependant démontré symptomatologiquement que la mort était due à l'opium. 5° Aux assises d'Amiens (1828), les experts ayant constaté seulement la présence de l'arsenic dans les matières suspectes, la défense prétexta que l'accusé avait acheté chez un pharmacien un mélange d'acide arsénieux et d'alun : acquittement. 6° Aux assises de la Drôme (1852), dans un empoisonnement par l'arsenie et le laudanum, les experts conclurent à la présence de l'arsenic dans l'estomac, le foie, etc., en quantité suffisante pour déterminer la mort, et ajoutèrent qu'ils n'avaient pu constater celle du laudanum, à cause du temps qui s'était écoulé depuis la mort. M. Stass, cependant, a décelé ce poison après treize mois d'inhumation. 7° Dans l'affaire Boccarmé, le coupable avait versé de l'acide acétique dans la bouche du patient pour dissimuler l'empoisonnement par la nicotine, ce qui a exigé beaucoup de tâtonnements analytiques, pour arriver à la découverte du vrai poison (voyez Rapports).

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