Images de page
PDF
ePub

foie en contint beaucoup. L'arsenic, déposé sur le tissu cellulaire, ne se trouve pas non plus dans ce liquide (Orfila neveu). Ces expériences, à la vérité peu nombreuses, tendraient à démontrer que les poisons ne sont que peu ou pas éliminés par cette voie; fait d'autant plus remarquable que, de tous les organès, à toutes les périodes de l'intoxication, c'est le foie qui en contient le plus. Le fer, à l'état de lactate, n'est pas éliminé par la salive, et l'est au contraire à l'état d'iodure (M. Bernard). Le mode de combinaison peut donc modifier la voie d'élimination des poisons.

Les poisons ne sont pas tous éliminés tels qu'ils sont administrés, plusieurs subissent des transformations qui sont loin d'être bien connues. Nous indiquons, ci-après, celles qu'ils éprouvent au contact de nos tissus et des matières alimentaires, avec lesquels plusieurs, en particulier ceux de la quatrième section, forment des composés insolubles. Peu absorbables en cet état, ils sont probablement dissous par les liquides organiques, les chlorures alcalins. Sans nul doute l'émétique, le sublimé, etc., passent aussi à l'état insoluble dans nos organes, et sont ensuite éliminés peu

à peu sans produire d'accidents, puisque ceux-ci peuvent se déclarer, lorsqu'on donne l'iodure de potassium à haute dose, sel qui dissout ces poisons et en accélère l'élimination. Les poisons acides sont en partie saturés par les alcalis du sang, de nos liquides, et vice versa. Les poisons qui ont pour base les alcalis minéraux sont éliminés tels quels, si ce n'est lorsque ce sont des sels à acide organique, alors ils passent à l'état de carbonate. L'iode, le phosphore, le brôme, le chlore s'acidifient sous l'influence des alcalis et de l'eau. Le nitrate d'argent, l'acide oxalique, passent à l'état de chlorure d'argent, d'oxalate de chaux. Le cyanure de mercure est décomposé en acide cyanhydrique dans le système capillaire des poumons, non dans celui de la cuisse (M. Bernard). Ces transformations peuvent être partielles ou complètes, selon la quantité de poison et autres circonstances qu'il est inutile d'indiquer.

La vascularité des tissus, la rapidité de la circulation expliquent la prompte absorption et élimination des poisons. Héring, ayant injecté dans la veine jugulaire d'un cheval du cyanure jaune, a constaté sa présence, 20, 50 secondes après, dans l'autre jugulaire, quelle que fùt la fréquence du pouls, des battements du cour, ce qui tendrait à démontrer que la circulation générale n’exerce pas une grande influence sur ces deux fonctions. M. Poiseuille, en expérimentant comme Héring, s'est assuré que certaines substances, l'alcool, etc. retardaient la circulation capillaire;

que d'autres, le nitrate de potasse, l'acétate d'ammoniaque, etc., l'accéléraient au contraire. Celles-ci, en tenant compte de la nature des poisons, de leur action chimique sur le sang, les tissus, devraient, ce nous semble, être plus promptement éliminées. D'après M. Magendie, la plénitude des vaisseaux retarde l'absorption des poisons et probablement aussi leur élimination. Leur déplétion l'active au contraire, probablement aussi le jeûne, la surexcitation des organes sécréteurs.

L'absorption et l'élimination des poisons, en raison de l'activité plus grande des phénomènes organiques et fonctionnels, de la vascularité des tissus, doivent être plus actives chez l'enfant que chez la femme, chez celle-ci que chez l'homme, par conséquent moindre chez les vieillards. La nature du poison, son action sur nos liquides, nos tissus, la constitution, l'idiosyncrasie, l'état morbide, etc., doivent aussi avoir une certaine influence sur l'absorption, l'élimination des poisons, leur séjour dans nos organes. Ayant déjà apprécié quelques-unes de ces circonstances, nous compléterons cette appréciation à l'étude des effets. Malgré les travaux importants sur ce sujet, pour une personne qui serait dans une position à pouvoir expérimenter, il y aurait encore beaucoup à glaner sous le rapport de la physiologie, de la thérapeutique, de la toxicologie, etc.

CHAPITRE II.

Étiologie ou recherche des Poisons.

Les cas où on est appelé à reconnaître les poisons, à les déceler dans les matières suspectes, sont très-variés, cependant ils peuvent étre réduits aux suivants : 1° recherche ou caractères des poisons tels qu'on les distribue dans les arts, le commerce, la pharmacie; 2° recherche des poisons dans les matières alimentaires solides ou liquides, celles des vomissements, le tube intestinal; 3° recherche des poisons absorbés, dans le foie, les urines et autres organes ou liquides; 4° recherche des poisons dans la terre des cimetières.Afin de représenter, autant que possible, ces diverses circonstances, d'initier aux recherches, toxicologiques, souvent si ardues, si difficiles, les personnes peu versées dans ce genre d'études, nous entrerons dans des détails chimiques qu'on doit supposer être connus du toxicologiste , et traiterons successivement, sous les divers points de vue, ci-dessus indiqués, des poisons : 1° inorganiques; 2° organiques; 3° gazeux; 4° des poisons précédents mélangés entre eux, ou des empoisonnements complexes.

1'e Section. - Poisons inorganiques.

Les poisons minéraux se distinguent des poisons organiques par leur densité relativement plus grande, leur forme cristalline ou amorphe, non globuleuse, non celluleuse ou fibreuse, leur saveur acide, caustique, salée ou métallique, et surtout parce que, chauffés soit dans un tube, soit sur les charbons ardents ou au chalumeau, ils ne noircissent pas, ne donnent pas de produits empyreumatiques,

[ocr errors]

ne laissent pas un résidu charbonneux. Quoique très-nombreux, de forme et d'aspect très-variés, il est facile de les distinguer génériquement et même spécifiquement, à l'aide d'un petit nombre de réactifs organoleptiques, physiques et chimiques, tels

que

l'état, la forme, la couleur, l'odeur, les réactions par le tournesol, par la chaleur seule ou aidée du charbon, par l'acide sulfhydrique, la potasse, le cyanure jaune, etc. Toutes les fois qu'on veut reconnaître un poison, il faut d'abord constater les caractères physiques et organoleptiques, puis l'examiner par la voie sèche et humide, c'est-à-dire à l'état solide et après l'avoir dissous dans l'eau distillée ou tout autre véhicule.

1. — Poisons minéraux à l'état solide.

1° ÉTAT, FORME, ASPECT. — Il n'est qu'un petit nombre de poisons qui soient naturellement liquides (voyez ciaprès). Sont amorphes les poisons insolubles, les oxydes, les carbonates, les sous-sels, les sulfures, les iodures non alcalins ou formés par les métaux qui ne décomposent pas l'eau; en poudre, s'ils ont été obtenus par précipitation; en masses cristallines ou vitreuses, si c'est par sublimation (oxyde et sulfures d'arsenic, chlorures et sulfures de mercure). Les poisons solubles sont ordinairement cristallisés (voyez poisons à l'état liquide).

2° COULEUR. -On ne peut établir des données certaines pour la couleur des poisons, et, assez souvent, le même corps, selon qu'il est anhydre ou hydraté, à tel ou tel degré d'oxydation, offre une couleur différente (oxydes de plomb, de cuivre, etc.). En général, les sels résultant d'un acide, et surtout d'une base non colorés, sont incolores. Sont colorésen gris bleuâtre, l'iode; en jaune, le trisulfure d'arsenic, le protoxyde, l'iodure, le chromate de plomb, les sous-nitrate, sous-sulfate et bioxyde de mercure hydratés, le chlorure et oxyde d'or; en bleu , blanc bleuatre ou en vert,

[ocr errors]

les préparations cuivreuses, l'arsénite de cuivre, le sulfate de fer, le proto-iodure de mercure; en brun rougeâtre ou en rouge, le bisulfure et oxyde anhydre de mercuré, le bisulfure d'arsenic, les oxysulfures d'antimoine hydratés ; en noir, l'arsenic cobaltique et l'oxyde noir d'arsenic, de mercure, le bioxyde de cuivre anhydre. La plupart des autres poisons sont incolores, blancs, grisâtres ou jaunâtres, n'ont pas enfin de couleur bien tranchée. Ceux qui offrent la même couleur pourraient être confondus entre eux, mais il est rare qu'ils aient la même nuance, le même aspect; ensuite nous verrons ci-après que, sur les charbons ardents, ils ne donnent pas le

le même résultat. 3° SAVEUR. — En général, les poisons insolubles ou peu solubles sont insipides, à moins qu'ils ne soient solubles dans les chlorures alcalins; les solubles ont une saveur très-marquée et quelquefois caractéristique, tels que les acides, les alcalis. Les préparations cuivreuses ont une saveur cuivreuse; les plombiques, une saveur styptique, sucrée ; les mercurielles, une saveur âcre, métallique; les sels de fer, une saveur d'encre, etc.

4° ODEUR. — Plusieurs poisons, en particulier ceux qui sont volatils ou décomposables sur les charbons ardents, laissent dégager, soit à froid, soit à chaud, des vapeurs, des gaz ayant une odeur, une couleur particulières (voyez le paragraphe suivant). Le chlore, les hypochlorites répandent l'odeur de ce gaz; les vapeurs acides , ammoniacales irritent fortement la muqueuse nasale; l'acide acétique a l'odeur du vinaigre; les polysulfures, celle d'aufs couvis; les sels d'étain imprègnent les doigts de l'odeur de poisson pourri; les sels de cuivre, de l'odeur de ce métal.

5° CALORIQUE, CHARBON. -- Le calorique, surtout aidé du charbon, qui agit comme corps réductible , fournit des caractères physiques, organoleptiques ou chimiques très-importants, et, pour peu qu'on ait l'habitude de ces expé

« PrécédentContinuer »