Images de page
PDF
ePub

mie des sciences, en décembre 1811, conclurent à la nonexistence de larseníc normal; que, dans la carbonisation des matières animales, il se sublimait un produit soluble dans l'eau, formé de sulfite, de phosphíte d'ammoniaque et de matière organique, qui, à l'appareil de Marsh, donnait des taches analogues aux taches arsénicales, ce qui probablement avait induit en erreur M. Orfila.

Quant à l'arsenic accidentel, MM. Flandin et Danger, d'après les mêmes données, les mêmes expériences que pour le cuivre, page 228, nient sa présence dans nos organes, sans qu'elle puisse se manifester par des symptômes morbides; faits en opposition avec ceux de MM. Millon et Laveran, Orfila neveu, pour l'antimoine, le cuivre, etc., (page 14).

La commission de l'Institut (14 juin 1842), composée de MM. Thénard, Dumas, Boussingault, Regnault, rapporteur, se livra à des expériences pour résoudre la question d'arsenic normal. Comme l'avait pratiqué d'abord M. Orfila, des os humains étant calcinés sur une grille jusqu'au gris terne et d'autres plus fortement, ils mirent à digérer séparément les deux produits, pendant trois jours, dans de l'acide sulfurique concentré, ajoutèrent de l'eau distillée, soumirent les liqueurs à l'appareil de Marsh et n'obtinrent pas d'arsenic: mêmes résultats négatifs, quoique les os fussent additionnés d'arséniate de chaux; ce dernier sel étant réduit par le charbon, l'arsenic se sera sans doute volatilisé. Ils n'obtinrent pas non plus d'arsenic en calcinant au rouge les os dans une cornue. La partie calcaire des os fut dissoute dans l'acide chlorhydrique, la liqueur précipitée par l'acide sulfurique et évaporée a siccité; d'un autre côté la partie gélatineuse fut carbonisée : l'eau des lavages du charbon réuni au produit hydrochlorique ne donna pas d'arsenic. Enfin, MM. Orfila et Devergie, chacun séparément, ne trouverent plus d'arsenic dans les organes, où, par le méme procédé, ils l'avaient déjà trouvé ; résultats différents que ce dernier toxicologiste attribue à l'impureté des réactifs employés dans leurs premières expériences. Depuis lors, l'existence de l'arsenic normal ne fut plus admise, par conséquent on n'eut plus à s'occuper de cette cause d'erreur, si souvent invoquée dans les discussions judiciaires. Tout récemment, un chimiste allemand ayant de nouveau admis la présence de l'arsenic dans les os, M. Filhol, par un procédé un peu différent de celui de l'Institut, n'en a pas trouvé (1854).

ANTIMOINE. — Nous ignorons si l'on a tenté quelques expériences pour s'assurer s'il existe à l'état normal. Les expériences de MM. Millon et Laveran ne permettent pas de douter que, donné par petites doses, il puisse séjourner longtemps dans nos organes sans accidents (voyez

page 10).

CUIVRE, PLOMB, NORMAUX, ACCIDENTELS.Sans entrer dans les détails historiques que comporterait ce sujet, pour lequel d'ailleurs on peut consulter le mémoire de MM. Chevallier et Cottereau, (Ann. d'hy. et de méd. lég., 1848), nous nous occuperons seulement des faits qui nous concernent spécialement. En 1836 et 1838, M. Devergie retira da cuivre du tube intestinal de trois cadavres. Frappé de cette coïncidence, il se livra à des recherches spéciales avec M. Hervy, qui, en outre, y signala aussi la présence du plomb. Depuis lors, M. Devergie dit n'avoir fait aucune analyse légale sans avoir rencontré ces deux métaux dans tous les organes, surtout dans le tube intestinal. Leur proportion absolue et relative varie selon l'âge, le jeune, l'état morbide; moindre chez les nouveau-nés, elle est quatre, cinq fois plus forte chez l'adulte; plus faible dans l'état de jeune, de maladie, ce qui donne à penser qu'ils proviennent des matières alimentaires. Quoique la proportion en soit variable dans le tube intestinal de l'homme et de la femme adultes, elle ne dépasse pas dans les intestins 46 millièmes pour le caivre et 40 millièmes pour'le plorab. Dans tous les cas, le cuivre l'emporte sur le plomb, si ce n'est dans l'encéphalopathie saturnine. M. Devergie Sonne dans un tablean, qu'il avoue d'ailleurs être très-incomplet, la quantité relative de ces deux métaux dans l'estomac, les intestins, le cerveau.

Orfila, en 1838, avec cette investigation dévorante qui le caractérisait toutes les fois qu'il s'agissait d'une question de médecine légale, se livra à un très-grand nombre de recherches, qui confirmèrent les résultats de M. Devergie; dès lors il adınit l'existence du cuivre normal ou physiologique.

MM les professeurs Cattei et Platner, en 1840, ne purent déceler, par le procédé de l'incinération, le cuivre, le plomb dans le canal digestif, le cæur, les poumons, le foie, la rate des enfants âgés de quelques jours ; ils conclurent que ces métaux ne font pas partie constituante de nos organes, que ce n'est qu'accidentellement qu'ils y parviennent.

MM. Flandin et Danger, dans un mémoire présenté à l'Institut, en 1843, nient non-seulement le cuivre normal, mais encore la présence du cuivre, du plomb accideniels, n'ayant pu en retirer, par leur procédé, des os, des muscles, des viscères, des urines des animaux non intoxiqués, mais encore des mémes organes des animaux auxquels ils ont administré, pendant neuf mois, 2 centigrammes d'acétate de cuivre par jour; de sorte que, en deux cent soixante-seize jours, la dose s'est élevée à 25 gram. Ce fait, qui nous paraît bien extraordinaire, est en opposition avec les expériences de MM. Louis Orfila, Millon et Laveran (page 14.)

MM. Barse, Follin, Laneau, Chevallier, Lassaigne, Payen, Legrip, Deschamps, etc., à diverses reprises, et à des époques différentes, ont extrait aussi ces métaux des organes des personnes non intoxiquées; cependant quelques-uns de ces auteurs, MM. Barse, Chevallier, etc., ne les ont pas obtenus constamment. Ce dernier et Cottereau

du sang

donnent un relevé (Ann. d'hyg. et de méd. leg. 1848) des cas légaux où l'on a, ou non, trouvé ces deux métaux. Les premiers cas sont plus nombreux, et le cuivre s'est présenté plus constamment que le plomb. M. Millon, en 1848, ayant constamment retiré le cuivre

de l'homme, s'est demandé s'il n'existerait pas une chlorose par privation de cuivre, comme cela a lieu pour le fer. M. Melsens, qui, par le même procédé, a obtenu des résultats négatifs avec le sang de l'homme, de la femme, du chien, du beuf, pense que M. Millon a employé des réactifs cuivreux. Bien avant ces diverses expériences, MM. Christison, Chevreuil, n'avaient pas retiré de cuivre du sang, des muscles des animaux.

Des faits précédents on peut conclure que, parmi les toxicologistes, 1° les uns, MM. Orfila, Millon, etc., admettent le cuivre, le plomb à l'état normal ou physiologique d'une manière constante, absolue, opinion t laquelle semble se rattacher M. Devergie; 2° d'autres, MM. Flandin et Danger, nient au contraire le plomb, le cuivre normaux; 3° MM. Barse, Chevallier, Chatin, etc., c'est aussi notre inanière de voir, pensent que ces métaux se rencontrent le plus constamment dans nos organes, qu'ils y arrivent accidentellement par l'intermédiaire des aliments, des vases , en cuivre, en plomb, si fréquemment usités. Dans l'empoisonnement par les préparations cuivreuses, nous avons vu que presque tous les aliments contiennent du cuivre, qu'il se trouvait dans le vin, le cidre, les plantes qui s'étaient développées dans un terrain naturellement cuivreux ou arrosé avec un soluté de sulfate de cuivre.

Dans un cas de suspicion d'empoisonnement par le cuivre, MM. Chevallier, Devergie et Payen, n'ayant obtenu qu'environ 15 milligrammes de cuivre, proportion qui pouvait être considérée comme normale ou accidentelle, analysèrent comparativement la même quantité de foie et d'intestin d'une personne ágée de trente-deux ans, qui s'était noyée, et obtinrent à peu près la même proportion de cuivre. Ne connaissant pas les antécédents, ils conclurent que la quantité de cuivre, étant celle qui se rencontre accidentellement, n'admettait pas la nécessité de supposer un empoisonnement.

Quel que soit le procédé employé pour déceler le cuivre normal ou accidentel, il importe que la matière organique soit complétement détruite. Dans un cas légal, M. Devergie n'ayant pu obtenir du cuivre de l'estomac, des intestins, du foie du sieur Guy, par le chlore, l'eau aiguisée d'aeide acétique, la carbonisation par l'acide sulfurique, en retira, au contraire, par le procédé de l'incinération. MM. Barse, Follin, Laneau n'en obtenaient pas non plus par les divers procédés de carbonisation, et en retiraient par incinération. Cela explique pourquoi, peat-elre, quelques auteurs ont obtenu des résultats négatifs.

M. Devergie dessèche les matières dans une capsule de porcelaine, y met le feu pour les carboniser, calcine le charbon dans un creuset de porcelaine ou de hesse, lave les cendres à l'eau distillée pour séparer les sels solubles, les traite ensuite par l'acide chlorhydrique, filtre, évapore la majeure partie de l'acide, délaye dans l'eau et fait passer à travers du gaz sulfhydrique. Le sulfure, chocolat ou noir, selon la prédominance du plomb ou du cuivre, étant délayé dans un peu d'eau aiguisée d'acide chlorhydrique et de 1 à 2 gouttes d'eau régale, filtrez pour séparer le soufre, évaporez à presque siccité; reprenez par l'eau et précipitez le plomb par l'acide sulfuriqne. Le cuivre reste dans la liqueur, dont il est précipité par le fer ou le carbonate sodique; le carbonate de cuivre, par la calcination, laisse du bioxyde, dont on peut apprécier le poids; dissous dans un acide, il se colore en bleu par l'ammoniaque. Le sulfate de plomb est décomposé par le carbonate sodique; le carbonate de plomb dissous dans un acide, est précipité par l'acide salfhydrique, et le sulfure réduit au chalumeau.

« PrécédentContinuer »