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Le fer fait partie constituante de nos organes ,

du sang, etc.; aussi, dans un cas d'empoisonnement par le sulfate de fer (assises de l'Aveyron), Orfila a-t-il blåmé les experts de ne pas avoir employé un procédé propre à distinguer le fer normal du fer poison, à tort selon nous, car les réactions étaient si prononcées, que cette erreur n'était pas possible: il conseille, comme pour le cuivre, le plomb l'ébullition préalable des matières suspectes dans de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique, de carboniser le résidu du décocté pour déceler le fer poison, et l'incinération des matières ainsi traitées pour reconnaitre le fer normal.

Quant aux autres poisons qui se rencontrent normale ment (acides phosphorique, chlorhydr.que, soude, pólasse), ou accidentellement (acide oxalique, tarırique), dans nos organes, les matières alimentaires, etc., nous avons donné le moyen de doser l'acide phosphorique (page 223). Pour les autres poisons, Orbila propose de traiter les matières par l'eau, de distiller au bain d'huile pour obtenir les poisons volatils (acides acétique, chlorhydrique, azotique, ammoniac), de traiter le résidu par l'alcool ou l'éther pour séparer les autres acides ou bases fixes, les isoler des sels normaux composés des mêmes bases, des mêmes acides, lesquels ne sont pas volatils a cette température, ne sont pas solubles dans ces véhicules. Cette méthode n'offre

pas toute la rigueur désirable, et il importe, dans ces sortes de cas, de tenir compte des effets, des lésions, d'expérimenter surtout comparativement.

IV.Quest. Poisons donnés comme médicaments.

Un individu succombe pendant qu'il est soumis à un traitement, exposé aux érnanations arsénicales, plombiques, elc., ou quelque temps après; il s'élève des soupçons d'empoisonneinent par les mêmes substances ; le poison retiré des organes provient-il de l'une ou de l'autre source? Y a-t-il empoisonnement criminel ou accidentel?

La solution de cette question suppose la connaissance du séjour, de l'élimination des poisons, celle de quantité, du mode d'administration, des circonstances où les accidents se sont développés, du temps depuis lequel la personne a cessé le traitement, a été exposée aux émanations toxiques, etc.; si enfin un médicament, un poison donnés par petites doses, peuvent s'accumuler dans nos organes et produire, tout à coup, des accidents graves ou mortels.

Quant au séjour, à l'élimination, etc., nous avons vu, chapitre 1, que, dans les empoisonnements aigus ou lorsque le poison est adıninistré o dose toxique, l'élimination était complète en une quinzaine de jours, même avec ceux qui forment des composés insolubles avec nos organes, l'arsenic, etc.; telle est du moins l'opinion de la plupart des toxicologistes. Tandis

que,
donné

par

doses successives, surtout mélé aux aliments, il pouvait encore se rencontrer dans nos organes après 30 jours (arsenic); 1 mois (sublimé); 4 mois (émétique); 5 mois (nitrate d'argent); 8 mois (acétate de plomb, sulfate de cuivre). En serait-il de même si ces poisons étaient donnés pendant longtemps comme médicaments ou respirés par petites quantités ? C'est probable. Nous citons un cas où le nitrate d'argent, administré contre l'épilepsie, a été trouvé 18 mois après dans le pancréas et autres organes. Ces expériences nedonnent donc pas la limite absolue de l'élimination complète du poison.

Avec les préparations de digitale, d'iode, de plomb, de mercure, etc., des accidents d'intoxication se sont déclarés tout à coup, quoique la dose du médicament n'ait pas été augmentée, et même fût suspendae depuis quelque temps, surtout si, avec les deux derniers, on donnait de l'iodure, du chlorure de potassium, de sodium. Le D' Bardeley, cité par M. Rayer, dit que la liqueur arsénicale de Fowler peut aussi s'accumuler dans l'économie, et donner lieu à des

tranchées et autres accidents. Ces faits sont cependant assez rares, et les accidents, surtout avec les poisons âcres, irritants, sont bien moins intenses, bien moins inflammatoires que ceux qui résultent de l'ingestion immédiate du poison. Il faut donc tenir compte de ces circonstances, surtout si les accidents se sont déclarés après l'usage des aliments, des boissons ayant, ou non, une saveur désagréable, etc.

Ici s'élève une question très-importante : à savoir si les accidents se manifestant chez les personnes qui, depuis 1-6 mois 1 an, n'ont pas eu la colique des peintres, ne travaillent plus le plomb, sont dus à la présence de ce poison dans nos organes. D'après les faits précédents, cela nous paraît probable, et par une cause quelconque, le plomb sera passé tout à coup, d'insoluble qu'il était, à l'état soluble.

Affaire Lacoste (tome I" page 464, assises d’Auch). Plusieurs questions, entre autres celle-ci, furent adressées aux experts: 1° L'arsenic, retiré des organes, ne provient-il pas du traitement arsénical interne et externe, auquel avait été soumis le sieur Lacoste ? M. Pelouze ne voulut pas se prouoncer; M. Flandin affirma que c'était l'arsenic d'empoisonnement, se fondant sur ce que le patient avait cessé son traitement le 3 mai et succombé le 23, temps nécessaire à l'élimination complète du poison. 2. L'arsenic pris à petites doses peut-il s'accumuler dans l'économie et donner lieu subitement à des accidents d'intoxication ? M. Devergie répondit négativement et M. Flandin affirmativement, en ajoutant, toutefois, qu'une extréme réserye était commandée.

AFFAIRE LAFARGE.— Directeur d'une usine ferrugineuse, . comme les minerais de fer contiennent très souvent de l'arsenic, M. Raspail dit que ce poison aurait bien pu pénétrer par la voie de la respiration. Lafarge n'avait pas paru dans la fabrique depuis 50 jours, quand il mourut au Glandier; l'arsenic devait être complètement éliminé, d'après M. Orfila.

AFFAIRE POUCHON (assises du Puy-de-Dôme). --Soupçonné d'avoir été empoisonné par une préparation plombique, mise dans une salade, comme Pouchon avait été soumis, 15 mois auparavant, et à diverses reprises, à l'usage du sous-acétate de plomb en lavement, pour un cancer d'estomac, il fut demandé si le plomb retiré des organes ne provenait pas de cette source Dopaquier et Orfila, pour résoudre cette question, adıninistrèrent à un chien chacun de son côté, de l'acétate de plomb par la bouche et par l'anus, et trouvèrent ce poison 15 jours, 1 mois après dans le tube intestinal de ces animaux. Cette affaire, sous le point de vue des effets, des lésions, du mode d'administration, de l'analyse, a donné lieu à des questions trèsimportantes que nous avons exposées, discutées, tome I", page 684. Les expériences de M. Louis Orfila, sur l'élimination du plomb, n'étaient pas encore connues.

Cet exposé succinct démontre combien ces questions sont difficiles à résoudre, et avec quelle réserve, quelle sagacité, il faut discuter, interpréter le peu de faits que possède la science.

V.-Quest. Poison d'imbibition.

Les expériences de MM. Collard de Martigny, Fodera, Magendie, Muller, etc., l'observation journalière démontrent que l'imbibition est plus active dans les tissus morts que dans les tissus vivants, surtout privés d'épiderme. Il n'est pas

la coloration jaune, la réaction fortement acide que présentent quelquefois la fice inférieure du foie et interne de la rate, le diaphragme, la base du poumon, dans l'empoisonnement par l'acide azotique, quoique l'estomac n'offre pas de perforation, ne soient dus, en

douteux que

grande partie, à l'imbibition de la portion de poison encore renfermée dans cet organe après la mort.

Orfila ayant injecté dans le rectum d'un chien, 6 heures après l'avoir pendu, 2 grammes d'acétate de cuivre, dissous dans 250 grammes d'eau; 8 jours après, le gros intestin, la vessie, le rein droit étaient verdâtres, donnaient du cuivre à l'eau froide et à l'eau bouillante, de même que le foie, les poumons, le cour, carbonisés

par

l'acide azotique, quoiqu'ils ne fussent pas colorés. Le même auteur introduit dans l'estomac d'unchien 3 grammes de sulfate de cuivre, dissous dans 120 grammes d'eau; 10 jours après, les parois stomacales, la face inférieure du foie, le côté gauche du diaphragme, la partie interne de la rate, le rein gauche sont colorés en bleu, donnent du cuivre à l'eau froide, tandis que les parties des mêmes organes non colorées, le poumon droit, le cerveau, les muscles des jambes n'en donnent pas, même à l'eau bouillante. Pourquoi ne pas essayer la carbonisation par l'acide azotique comme daps l'expérience précédente? Avec ces poisons, à l'état solide, le résultat est le même, mais plus lent. Il en a été à peu près ainsi en portant ces poisons dans l'estomac des chiens vivants (oesophage lié) et autopsiés 10 à 12 jours après.

Ces expériences prouvent qu'un poison étant introduit dans le tube intestinal après la mort, pour simuler un suicide, un homicide, ou dans tout autre but, les organes, soumis ordinairement à l'expertise, pourraient donner des traces du poison, faire croire à un empoisonnement criminel.

Pour éviter ces causes d'erreur, distinguer le poison d'imbibition de celui d'empoisonnement, deux moyens sont invoqués : 1° les lésions locales, 2° l'analyse chimique. Si c'est un poison caustique, introduit dans le tube intestinal immédiatement ou 1, 2 heures après la mori, il laisse des traces d'inflammation comme pendant la vie, mais ces lésions, au lieu d'être uniformes, générales, sont disposées

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