Images de page
PDF
ePub

par zones, par bandes, et, assez souvent, la musculeuse, la séreuse ne participent pas à cet état congestionnel, sont méme quelquefois moins colorées que dans l'état normal; ensuite il y a une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les parties atteintes par le poison et celles qui ne le sont point. Si le poison a été introduit au contraire plusieurs heures après la mort, ou lorsque la chaleur est presque complétement éteinte, alors les lésions sont les mêmes que celles qu'il produit sur les tissus privés de vie, il n'y a pas de traces de congestion, d'inflammation.

Quant à l'analyse chimique, le poison n'étant pas expulsé par le vomissement, les selles, comme dans l'état vivant, se rencontrera en nature et en bien plus grande quantité sur les parties où il aura été déposé, surtout si c'est à l'état solide; ensuite, dans les cas d'empoisonnement, les organes les plus éloignés du tube intestinal, les muscles, etc., contiendront le poison également disséminé dans toutes leurs parties, tandis que le poison d'imbibition envahit d'abord les organes ou parties d'organes les plus rapprochés du lieu d'application, n'arrive que successivement aux plus éloignés , aux parties centrales , n'est

pas également réparti dans toute leur masse; aussi faut-il analyser comparativement les organes les plus éloignés (muscles de la cuisse, du bras, etc.), et les plus rapprochés du tube intestinal, et, si c'est le foie, la rate, les poumons, etc., agir séparément sur les parties externes et internes. M. Orfila traite ces organes, ces parties : 1° d'abord par l'eau froide, qui dissout seulement le poison d'imbibition; 2° puis par l'eau bouillante seule ou acidulée, qui leur enlève le poison d'absorption ou d'empoisonnement. On pourrait, pour ce dernier, d'après MM. Devergie, Barse, Follin, employer aussi l'un des procédés de carbonisation, pourvu qu'il ne soit pas poussé jusqu'à incinération; 3° enfin, pour obtenir le poison dit normal ou accidentel, il les soumet ensuite à l'incinération, ou à tout autre pro

cédé qui détruise complétement la matière organique. Ces données s'appliquent aussi au poison d'imbibition qui a pénétré par la peau ou par toute autre voie. Si le cadavre était en putréfaction, décomposé, ces questions seraient bien difficiles à résoudre, et ce n'est que par l'analyse comparative du détritus des diverses cavités, des os, de la terre des cimetières, etc., qu'on arriverait, peut-être, à éta

blir des soupçons.

V.-Question de quantité.

La question de quantité est souvent invoquée dans les cas d'expertise toxicologique, soit qu’on deniande : 1° si cette substance est toxique et à quelle dose? 2o si la quantité de poison, retirée des organes est en quantité suffisante pour expliquer la mort, ne peut être attribuée au poison normal, accidentel? 3o si un poison, mêlé aux aliments, etc., la été en assez grande quantité pour donner lieu à tels accidents? 4° si les modifications qu'il a subies n'en ont pas apporté dans les effets? 1.- Telle substance est-elle toxique?

— Les effets délétères de la plupart des poisons ayant été constatés par l'observation chez l'homme et les expériences sur les animaux, cette question n'est guère adressée que pour un petit nombre de substances, encore fort peu connues sous ce point de vue. Pour la résoudre, il faut se diriger d'après 1° la dose la plus élevée à laquelle on puisse la donner comme médicament; 2° les expériences sur les animaux; 3° les effets produits chez la personne intoxiquée. C'est d'après ces données que MM. Orfila, Devergie, sont parvenus à établir la nocuité de l'alun, du sulfate de fer, dans des cas de médecine légale.

II.- A quelle dose tel poison est-il toxique? - Rien d'aussi variable que la dose toxique. Il n'y a qu'à comparer l'acide cyanhydrique avec la plupart des autres poisons. Dans les cas ordinaires, en raison de la portion qui est éliminée par les vomissements, les selles ou toute autre voie, il est bien difficile de la déterminer; aussi voyonsnous des doses très-fortes d'un mème poison, 1 gram. de sublimé, d'acétate de morphine, ne pas être mortelles, mais encore, dans quelques cas, donner lieu à des accidents moins intenses que des doses plus faibles. En ne tenant compte que de la portion du poison absorbée, on peut, à priori, fixer la dose toxique d'après les ưrois données que nous avons indiquées dans le paragraphe précédent. Dans l'impossibilité de répondre à cette question d'une manière absolue, nous renvoyons à chaque poison en particulier.

III.-La quantité de poison retirée des organes est-elle suffisante pour expliquer la mort ? - En négligeant la portion de poison qu'on peut trouver en nature dans le tube intestinal, ne tenant compte que de la partie retirée des organes où il a pénétré par absorption, si celle-ci est supérieure à celle du poison normal, surtout si l'on a employé les réactifs, un procédé convenable et pour éviter toute cause d'erreur, on peut affirmer que le poison provient d'un empoisonnement, que la quantité est suffisante pour donner la mort. Lorsque la quantité de poison obtenue est égale ou inférieure à celle qu'on trouve normalement, il faut rester dans le doute, surtout si l'on n'a aucun renseignement sur les antécédenis, si le inalade, par exemple, n'a pas éprouvé des accidents aigus d'intoxication, s'il n'a pas employé la substance toxique comme médicament, depuis combien de temps il a cessé le traitement, sa profession, etc., circonstances très importantes que nous avons déjà discutées (page 231). On trouvera d'autant moins de poison que le malade aura survécu plus longtemps, en raison de son élimination constante. Si le malade n'avait succombé que le dixième, quinzième, vingtième jour, il pourrait même n'en rester aucune trace dans les organes; par conséquent, par cela seul qu'on n'aurait pas obtenu du poison, il ne faudrait pas en conclure qu'il n'y a pas empoişonnement.

IV.La quantité de poison introduite dans telle ou telle matière alimentaire, médicamenteuse, etc., est-elle suffisante pour donner la mort?— Cette question a été assez souvent posée, et les experts ont eu à constater la nature, la quantité de poison introduite dans du vin, du café, un polage, etc. Il faut en ces cas faire à la fois l'analyse qualitative et quantitative, s'assurer, autant que possible, en quel état s'y trouve le poison, s'il n'a pas été modifié par les matières alimentaires.

Pour connaitre la quantité d'un poison contenu dans un ou plusieurs organes, dans les matières suspectes, les moyens analytiques différent selon sa nature, celles des matières. Tantôt on le sépare soit par distillation si c'est un poison volatil; soit à l'aide d'un véhicule, l'alcool, l'éther, le chloroforme, les acides étendus, dont on le sépare ensuite en vaporisant le véhicule ou en le précipitant à l'aide d'une base (alcalis végétaux); soit en transformant le poison en sulfure, chlorure, en sel insoluble, dont le poids, soustraction faite du soufre, du chlore, de l'acide, donne celui du métal; soit enfin en le transformant en gaz hydrogène-arsénié, antimonié, lequel est décomposé à chaud dans un tube, dont l'augmentation de poids indique celle du métal. Ces deux derniers procédés servent ordinairement à doser les poisons minéraux de la 4me section. Lorsque c'est un poison acide, alcalin, qui ne forme pas des sels insolubles avec les bases, les acides, on le dose d'après la quantité de soluté titré de base ou d'acide qu'il faut pour les neutraliser.

M. Chevallier, ayant à déterminer si la quantité d'ammoniaque ajoutée à du vin était suffisante pour donner la

mort, en distilla un décilitre dans une cornue, avec addition de potasse, pour retirer la portion d'ammoniaque qui aurait pu se combiner avec l'acide du vin. Il obrint 2/3 d'un liquide limpide, offrant les réactions de l'ammoniaque, qui exigea 1 gramme 5 décigrammes d'acide sulfurique à 36° pour être saturé; ce qui représente 2 grammes 2 décigrammes d'ammoniaque, ou 26 grammes par litre de vin, dose assez forte pour déterminer des accidents ; mais il est difficile de croire qu'on ait pu en faire usage.

Dans un empoisonnement par l'oxalate de potasse, mélé à du sulfate, pour apprécier la proportion des deux sels, MM. Chevallier et Lassaigne les dissolvent dans 30 fois leur poids d'eau, et précipitent le soluté par le chlorure de baryum. Le précipité traité par l'acide chlorhydrique faible, desséché à + 100, donna ó gramme 105 de sulfate de baryte, ce qui représente O gramme 078 de sulfate de potasse ou 7 et 1/2 pour 100 de ce sel.-D'autre part, pour connaitre le degré de saturation de l'oxalate de potasse, ils le purifient par la cristallisation, en décomposent 2 grammes dans un creuset de platine, saturent le résidu (carbonate de potasse) par l'acide sulfurique, évaporent, sèchent au rouge obscur, et obtiennent 0 gramme 950 de sulfate, ce qui représente 0 gramme 513 de potasse. — 2 autres grammes d'oxalate sont précipités par l'acétate de plomb; l'oxalate, séché à l'étuve, pesait 3 grammes 621, représentant 0 gramme 910 d'acide oxalique, qui est à la quantité de grammes 513 comme 1 équivalent d'acide oxalique est à 1 équivalent de potasse.

S'il s'agissait de déterminer, de doser la quantité d'arsenic, d'antimoine, etc., dans un organe, on le pèse, on agit sur le 1/3, le 1/4, par l'un des procédés indiqués; le poids du métal obtenu, multiplié par 3 ou par 4, donne la totalité contenue dans cet organe : c'est ainsi que MM. Chevallier et Lassaigne sont parvenus à déterminer la quantité absolue d'arsenic, de cuivre, renfermée dans tel ou tel viscère.

« PrécédentContinuer »