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Barruel, trop peu cité, excellait aussi dans ces sortes d'analyses quantitatives.

VI.- Quest. En quel état le poison a-t-il élé administré?

La plupart des poisons réagissent sur les matières organiques solides et liquides, sont modifiés dans leur état de combinaison, forment avec elles des composés insolubles, sont neutralisés par les contre-poisons; aussi, si ce n'est avec les poisons volatils, quelques acides et alcalis, il est rare qu'on les obtienne tels qu'ils ont été administrés, ou mêlés aux matières suspectes. Pour la solution de cette question, il faut tenir compte des effets, des lésions, du nouveau composé trouvé dans le tube intestinal. Si dans l'empoisonnement par l'acide sulfurique, la magnésie avait été donnée comme contre-poison, le sulfate de cette base, obtenu par cristallisation des liquides de l'estomac, les traces d'inflammation, de cautérisation, ainsi que les effets, donneraient à supposer que l'intoxication a été produite par cet acide. — Si le poison avait formé un composé insoluble, comme dans l'empoisonnement par l'acide oxalique, la présence de l'oxalate de chaux, qui serait transforıné en oxalate soluble et en carbonate de chaux par le carbonate de potasse, puis par le sous-acétate de plomb en oxalate de ce métal, dont on séparerait l'acide oxalique par le gaz sulfhydrique, combinée aux effets,aux lésions, servirait à tirer la même déduction que pour l'acide sulfurique; mais on ne saurait si c'est avec l'acide oxalique ou l'oxalate acide de potasse, à moins qu'on n'emploie l'alcool (affaire Kappler).

Les poisons de la 4** section formant des composés insolubles avec les matières organiques, dans presque toutes les expertises, on n'en retire guère que le métal ou le radical. S'ils avaient formé un composé insoluble avec le contre-poison, l'hydrogène sulfuré provenant de l'altéra

tion spontanée des matières organiques, du chlorure de sodium des aliments, avaient été transformés en sous-sels insolubles ; la présence de ces nouveaux composés, qui sont inertes et qu’on réduirait par l'hydrogène ou le flux noir, coïncidant avec des lésions, des effets graves, donnerait à supposer que l'intoxication a eu lieu par une préparation soluble du même métal.

VII.-Quest. Valeur toxicologique des expériences et observations

sur les animaux. Les poisons sont délétères pour tout ce qui a vié, pour les plantes comme pour les animaux ; c'est même cette propriété anti-vita'e qui les constitue tels; par conséquent, les expériences et observations sur les animaux, trop vantées ou trop dépréciées, peuvent, étant bien institués, bien interprétées, éclairer la loxicologie humaine. Il nous parait inutile de retracer ici les progrès qu'elles ont imprimés à cette partie des sciences médicales, à une époque où elle était encore dans l'enfance, ainsi que de nos jours, surtout pour la recherche du poison absorbé. Comment savoir autrement si une substance, jusqu'alors inconnue, est toxique et même à priori à quelle dose? Mais, dira-t-on, il est des substances qui, étant toxiques pour l'homme, pour telle espèce animale, ne le sont pas pour d'autres, et l'on cire, à cet égard, les faits suivants : l'aconit tue les loups, non les chevaux (Virey): la petite ciguë est poison pour l'homme, non pour les autres animaux ; la phellandre aquatique l'est pour les chevaux, non pour les boufs (Plenck). Les étourneaur se nourrissent de graines de ciguë ; les faisans de celles de la pomme épineuse ; les cochons des racines de jusquiame, substances qui sont toxiques pour l'hoinme.D'après Cohier, les ruminants sont peuaccessibles à de fortes doses d'arsenic, de ciguë, de belladone, de noix vomique, d'opium , etc. Trois onces d'acide arsénieux, ou d'acide cyanhydrique, mêlées à 10 onces d'eau-de-vie, n'ont pu intoxiquer un éléphant (Anglada). Les singes, les gallinacées supportent des doses enormes de morphine, etc.

Ces faits , tout extraordinaires qu'ils paraissent, dont plusieurs pourraient être contestés, deuianderaient vérification, pourraient s'interpréter autrement, s'expliquer, 1° par la différence d'organisation du tube intestinal, car c'est spécialement chez les ruminants, les granivores que s'observent ces anomalies ; 2° par le volume de l'animal, son degré de sensibilité ; 3° par le degré d'activité, la structure, l'état des diverses surfaces absorbantes; le curare, les venins, très-actifs par les cellules pulmonaires, restent inertes dans l'estomac. En outre de ces circonstances, la dose toxique, comme nous l'avons vu, à chaque poison, diffère selon l'espèce animale, l'âge, la résistance vitale, le mode d'administration, etc. Il importe de ne pas négliger ces diverses circonstances quand on veut déduire des animaux à l'homme. Ces différences ei anomalies, d'après l'étude attentive des faits, nous paraissent de beaucoup exagérées, et bien certainement, tout ce qui est poison pour l'homme l'est pour les autres animaux, pourvu qu'il soit absorbé, qu'il pénètre dans la circulation ; en cela, je crois, M. Bernard partage notre opinion.

De nos jours où les observations d'empoisonnement, les matériaux divers abondent en quelque sorte, la toxicologie expérimentale doit être placée en seconde ligne, et pour corroborer les faits recueillis chez l'homme, élucider quelques questions, étudier un poison jusqu'alors inconnu, etc. Les muqueuses pulmonaire, gastrique , intestinale , rectale, rarement les autres, le tissu cellulaire, les veines, les artè. res, telles sont les voies d'expérimentation. Il importe de bien instituer ces expériences, de les rendre autant que possible comparatives, d'appliquer le poison sur des surfaces également absorbantes, quand il s'agit d'apprécier la dose d'une manière absolue, et nous entendons par là celle qui est nécessaire pour intoxiquer par voie d'absorption ;

enfin de choisir, autant que possible, les animaux les plus rapprochés de l'homme, ceux chez lesquels l'observation a démontré que les poisons agissent à peu près de même, tels que le chien, le chat, surtout quand on expérimente par la voie gastrique. Sans doute, sur ces animaux on n'observe pas tous les effets produits chez l'homme ; les mutilations nécessaires pour ces expériences, le défaut d'influence morale pourront en modifier la nature; cependant, au fond, un toxicologiste exercé démêlera ce qui appartient exclusivement au poison,

1.- Voie pulmonaire.- Elle sert à expérimenter les poisons gazeux; c'est ainsi qu'on est parvenu à analyser les effets des agents anesthésiques, à bien connaître les accidents qui offrent le plus de gravité, leur siége et même le traitement pour les combattre. Aux matières gazeuses, toine II, page 660, nous avons indiqué les divers modes d'expérimentation, et combien il est souvent difficile de distinguer les phénomènes d'intoxication de ceux de l'asphyxie ; c'est ce dont il faut se préoccuper, dans ces sortes d'expériences, pour ne pas en déduire des conclusions erronées. Les substances très-actives, liquides ou solides, la nicotine, la conéine, la strychnine et autres alcalis végétaux, l'acide cyanhydrique, peuvent aussi l'être par cette voie, pour déterminer la dose toxique d'une manière absolue. Le curare, les venins, inertes par les autres muqueuses, sont très-actifs par celle-ci. D'après MM. Magendie et Bernard c'est par la muqueuse pulmonaire que se fait surtout l'absorption, car elle est plus vasculaire que la trachéale et pourvue d'épitelium pavimenteux, ce qui explique la rapidité d'action des poisons par cette voie.

II.- Voie gastrique. -On peut porter le poison dans l'estomac à l'aide d'une sonde, surtout s'il est caustique, le mélanger aux matières alimentaires, comme l'ont fait

MM. Millon, Laveran, Orfila neveu, Duméril, Demarquay et Lecointe, etc., le renfermer dans une anse intestinale, le donner en boulettes afin que les animaux avalent sans mâcher, ou en dissolution dans les boissons. Par ce mode d'expérimentation on peut s'assurer si une substance est toxique, mais non à quelle dose d'une manière absolue, parce qu'elle peut être rejetée en totalité ou en partie, à moins que, dans ce dernier cas, on ne constate la quantité qui a été expulsée. Afin d'obvier à cet inconvénient on propose de lier le museau de l'animal, mais on n'y remédie qu'incomplétement, et les matières peuvent alors passer dans le larynx, ce qui complique singulièrement l'expérience. Orfila était très-partisan de la ligature de l'oesophage après l'introduction du poison par la gueule ou par une ouverture pratiquée à ce conduit, se fondant sur ce que cette ligature ne donne lieu à aucun accident grave, que les animaux ne succombent que vers le 7° jour; par conséquent, si la mort à lieu en 24, 48 heures ou les premiers jours, elle doit être attribuée au poison. Sans être partisan de ce mode d'expérimentation, nous pensons que si Orfila en a abusé en quelque sorte, d'autres l'ont trop décrié. On pent ainsi, en graduant la dose, déterminer celle qui est toxique.

III.- Voie intestinale. Les chiens pouvant vivre en bonne santé avec une ouverture stomacale , le poison pourrait être introduit par cette voie, soit dans l'estomac, ou mieux encore, à l'aide d'une sonde, comme le conseille M. Segond, dans les petits intestins, cet organe étant la partie absorbante du tube intestinal dans les diverses espèces animales, chez les carnassiers comme chez les ruminants (page 19); en ce cas on aurait moins à craindre l'expulsion par les vomissements, et l'on pourrait mieux apprécier la dose toxique.

IV... Voie rectale. Préalablement vidé de matières féca

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