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Il résulte donc que, considérés d'une manière abstraite, absolue, les symptômes, les lésions, l'extraction du poison des organes, ne donnent pas une certitude complète d'empoisonnement, qu'il faut combiner , associer ces éléments toxicologiques.

V.-Quest. La viande des animaux empoisonnés est-elle toxique ?

Nous citons des cas où le raiel des abeilles qui avaient butiné sur des plantes toxiques, le lait d'une chèvre qui avait bu du bouillou cuivreux, la chair, le sang d'un cochon qui avait mangé du blé chaulé, ont produit des accidents très graves, Malheureusement ces matières alimentaires, ainsi que celles des déjections des personnes intoxiquées, n'ont

pas été analysées. Nous en dirons autant pour des poissons, des anguilles empoisonnés par la coque du Levant. Des perdrix sont trouvées mortes dans un chemp ensemencé de blé chaulé avec de l'arsenic; leur chair, privée de tube intestinal, a produit l'intoxication des ani, maux; il en a été de même sur les chats avec la chair des souris empoisonnées par ce poison Il y aurait donc de l'inconvénient à manger la chair des animaux qui auraient succombé à un empoisonnement aigu, et même qui seraient soumis à un traitement arsénical; puisque, d'après MM. Flandin et Danger, chez les moutons, qui supportent des doses bien plus fortes d'arsenic que l'homme, l'élimination ne serait complète que trente-trois jours après en avoir cessé l'usage. Des chiens ont éprouvé des accidents pour avoir mangé le foie, la rate des moutons qui avaient succombé le sixième jour de l'empoisonnement arsénical, tandis que des personnes ont mangé impunément la chair des moutons tués le trente-huitième jour après la cessation du traitement. Dans le département de l'Ourthe, la municipalité a fait jeter des dindons qui s'étaient empoisonnés dans un champ avec du blé chaulé. Il faut tenir compte cependant de l'activité, de la nature

du poison, du volume de l'animal, puisque la chair de ceux qui ont été tués par des flèches empoisonnées peut être mangée impunément. (Voyez Animaux venimeux et empoisonnement par les matières alimentaires.)

La chair, les liquides sécrétés d'animaux atteints de maladies contagieuses (rage, morve, maladies charbonneuses, à sang de la rate, typhus, péripneumonie des bêtes à corne) ne sont pas nuisibles aux carnivores, aux omnivores, et le sont aux herbivores. Des chiens, des poules, des porcs en oht mangé la viande, même crue, sans inconvénient. A Saint Germain, 300 chevaux morveux ont servi à alimenter les pauvres. Il en a été de même à Alfort, ainsi qu'en Alsace, avec les animaux morts de typhus. La coction paraît modifier le virus (M. Regnault). Ces faits ne concordent pas avec ceux qui sont rapportés par M. Hammon, tom. 2, (page 636).

Les plantes peuvent se développer dans un terrain rendu accidentellement arsénical, cuivreux, les unes sans dépérir, les autres en y dépérissant. Leurs organes renferment-ils des traces de ces poisons ? Pour le cuivre, cela a été démontré par MM. Boutigny, Verdier, etc. Quant à l'arsenic, MM. Orfila, Regnault, Chevallier, etc., n'en ont pas trouvé dans le grain des plantes provenant du blé chaulé. M. Audouard en a retiré de petites quantités; il s'y trouvait à l'état insoluble dans l'eau bouillante. Il l'a aussi retiré des tiges et M. Legrip des racines. Quoi qu'il en soit la quantité d'arsenic, de cuivre absorbés par les plantes, parait insuffisante pour déterminer des accidents d'intoxication.

CHAPITRE IX.

Rapports toxicologiques.

Un rapport est un acte dressé à la requête des autorités administratives ou judiciaires, par un ou plusieurs hommes de l'art, dans lequel on expose le résultat d'une mission, un ensemble de faits et les conclusions qui en découlent. D'après la nature des faits, les magistrats par lesquels on est requis, les rapports sont dits d'estimation, administratifs, judiciaires.

Un rapport ne peut être fait qu'autant qu'il y a délégation d'un magistrat, et après prestation de serment, de le faire en honneur et conscience. Il est exigible quand il y a urgence, flagrant délit. Dans tout autre cas, si le médecin se sent incapable de remplir sa mission , il doit se récuser ou demander qu'il lui soit adjoint un expert plus versé en cette matière.

I.- RAPPORTS ADMINISTRATIFs. Ils ont pour objet une enquête sur la convenance d'un établissement public oy privé, sur telle mesure hygiénique ou de police médicale, etc., concernent plutôt l'hygiène publique que la médecine légale, sont provoqués ou réclamés par une autorité administrative (préfets, sous-préfets, conseillers, maires , adjoints, etc.).

II.-RAPPORTS D'ESTIMATION. Ils ont pour but de vérifier si les honoraires réclamés par un médecin, le prix des médicaments sont estimés à leur juste valeur, etc. La formule est la même que celle des rapports judiciaires. Dans l'appréciation des honoraires, il faut avoir égard à la nature, à la gravité, à la durée de la maladie, à la proximité, à l'éloignement du malade, à sa position, sa fortune, au nombre de visites et si elles étaient absolument nécessaires, à l'importance de l'opération, etc. S'il s'agit de médicaments, on adopte le prix moyen, on marque en marge de chaque article si l'estimation est bonne, ou la réduction qu'on juge convenable ; on rapporte le total de la somme au bas du mémoire et on le certifie.

III.-RAPPORTS OFFICIEUX. M. Devergie , se fondant sur l'art. 30, Cod. inst. crim : « Toute personne qui aura été témoin d'un attentat, soit contre la sureté publique, soit contre la vie ou la propriété d'un individu, sera pareillement tenue d'en donner avis au procureur impérial, soit du lieu du crime ou du délit, soit du lieu où le prévenu pourra être trouvé », pense que si un médecin, dans l'exercice de sa profession, découvre un empoisonnement, il doit en donner connaissance à l'autorité judiciaire, afin de ne pas laisser le crime impuni. La loi lui en fait un devoir. Il les nomme officieux, comme étant l'accom plissement de ce devoir. Il n'assimile pas ces rapports à ceux que prescrit l'art. 1'': « Tout officier de santé de Paris, etc., qui aura administré des soins, des secours à des blessés, sera tenu d'en faire sur-le-champ la déclaration aux commissaires de police, etc., sous peine de 300 francs d'amende;ordonnance du 17 ventose an XI,» qu'on a essayé de remettre en vigueur à l'occasion de complots politiques, et à laquelle, avec juste raison , les médecins ont refusé d'obtempérer, parce que ce serait forfaire à l'honneur en dénonçant le blessé qui a réclamé vos soins.

Nous sommes de l'avis de M. Devergie, et toutes les fois qu'on aura acquis la certitude d'un empoisonnement criminel, par les symptômes , les lésions, l'analyse, les círconstances concomitantes, on serait coupable de ne pas en donner avis à l'autorité. Dans les cas de soupçon, il faut recueillir les matières des déjections, éloigner autant

que faire se peut les individus soupçonnés; charger une personne de confiance de préparer, d'administrer ellemême les médicaments, les aliments; recommander au malade de ne pas les prendre s'il leur trouve une saveur insolite.

IV.- RAPPORTS JUDICIAIRES. Les seuls qui doivent nous occuper , en particulier ceux qui concernent la toxicologie : ils connaissent des faits relatifs à la jurídiction criminelle, ont pour but d'éclairer le jury, les juges, sur l'existence ou la non-existence d'un crime, d'un délit. Les autorités requérantes sont les procureurs, juges d'instruction, et, à leur défaut, dans les cas de flagrant délit, les officiers de police judiciaire ou auxiliaire, tels que juges de paix, maires, adjoints, commissaires de police, officiers de gendarmerie, les présidents des cours royale et de première instance; les premiers en matière criminelle, les seconds en matière civile.

Les rapports judiciaires toxicologiques, comme du reste tous les autres, se composent de trois parties : 1° le préambule; 2. l'exposé des faits ; 3les conclusions.

A.-Préambule, protocole, formule d'usage. C'est la partie du rapport où sont indiqués : 1° les noms, prénoms, qualités et domicile des experts ; 2° les nom, siége et qualité du magistrat requérant, de celui qui assiste à l'expertise ; 3° l'heure à laquelle on a été requis, on s'est rendu chez le magistrat, sur le lieu et procédé à l'expertise; 4° la nature de la mission, qu'il faut souligner; 5° la prestation du serment. La formule, quoique au fond la même, peut varier dans la forme.

BjExposition des faits, narration, description. Un paragraphe est d'abord consacré à la description des lieux, des objets, du sujet de l'expertise, aux renseignements fournis sur le corps du délit, sur les circonstances qui l'ont précédé, en tant qu'elles se rattachent à la cause, etc. On

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