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2. Section. - Poisons organiqucs.

Les poisons organiques étant formés d'éléments peu stables dans leurs conibinaisons, de produits qui ne s'obtiennent à l'état pur que par des procédés assez complexes, faisant d'ailleurs partie de plusieurs préparations pharmaceutiques, sont bien moins faciles à caractériser

que

les poisons inorganiques. Il n'y a guère que les alcaloïdes, les acides ou leurs sels qui soient cristallisés; les autres produits immédiats sont amorphes, et les organes ont une structure celluleuse, fibreuse. Les poisons organiques sont inodores ou doués ordinairement d'une odeur vireuse; leur saveur est amère, âcre, nauséeuse, caustique, mais non métallique; leur densité est relativement moindre que celle des poisons inorganiques. Tous, et c'est ce qui les distingue de ces derniers, sont décomposés à une température plus ou moins élevée en produits empyreumatiques et charbonneux. Un composé à la fois organique et inorganique, l'émétique, etc., laisse , en outre, pour résidu, la base ou le métal.

Les végétaux, les animaux, leurs organes entiers ou grossièrement divisés, se distinguent par leurs caractères botaniques, zoologiques, pharmacologiques. Lorsqu'ils sont en poudre on peut, à priori, les reconnaitre par l'odeur, la saveur, la couleur, l'aspect, surtout à l'aide du microscope et des réactifs, l'eau, l'alcool, l'éther, la potasse, les acides, l'iode, comme nous l'avons fait pour chacun d'eux. La poudre des feuilles, en raison de la chroinule, ne peut être coñfondue avec celle des autres parties. Certains organes ont une structure fibreuse (racines, tiges, etc.), celluleuse (graines, fruits, tubercules); d'autres contiennent des matières féculentes, huileuses, résineuses, oléo-résineuses, des produits qui, soumis à cet examen, donnent lieu des réactions spéciales, prennent une odeur, un aspect particuliers. Pour les préparations pharmaceutiques (extraits, teintures, vins, sirops, potions, pilules, etc.), ce mode analytique étant le plus souvent insuffisant, il sera nécessaire de recourir aux procédés indiqués ci-après, pour obtenir les produits dans lesquels résident les propriétés toxiques. Ces produits sont solides ou liquides, alcalins, acides, huileux, résineux, oléo-résineux. Nous donnerons seulement les caractères généraux des alcaloïdes, en raison de leur importance toxicologique.

1.-Caractères comparatifs des alcaloïdes.

Naturels ou artificiels, à réaction alcaline, ils forment, avec les acides, des sels d'où ils sont précipités par les alcalis minéraux, leurs carbonates, lc tannin, le bi-iodure de potassium , et donnent lieu à des sels doubles avec les chlorures aurique, platinique, mercurique. Leur découverte date de 1816.

I. État. — A. — Solides : en prismes, la morphine, narcotine, codéine, solanine, brucine , strychnine, cinchonine; 2o en aiguilles soyeuses, l'atropine, daturine, hyoscyamine, colchicine; 3o en écailles nacrées, la digitaline; 4° amorphes, l'aconitine, vératrine, delphine, émétine, quinine.

Liquides : la nicotine, conéine, aniline, pétinine, picoline, benzine, éthylainine, amylamine.

II.- COULEUR.-Ordinairement incolores.

B.

III.-SAVEUR: 1° amère, la morphine, codéine, brucine, strychnine, quinine, cinchonine; 2o amère et plus ou moins acre tous les autres.

IV.-ODEUR.—Inodores, si ce n'est la nicotine, la conéine qui ont l'odeur du tabac, de la ciguë; celle de l'hyoscyamine humectée est étourdissante.—La vératrine, la digitaline provoquent

de violents éternuements -L'aniline, pétinine, picoline, benzine, éthylamine, amylamine ont une odeur forte, caractéristique ou ammoniacale.

V. - Eau. - Insolubles ou peu solubles, exceptés la conéine, la nicotine, l'hyoscyamine, etc.

VI.-ALCOOL.-Solubles dans l'alcool plus ou moins concentré.

VII.-ETHER.-A.- Solubles, la codéine, narcotine, atropine, daturine, hyoscyamine, nicotine, conéine, quinine, vératrine, aconitine, colchicine.

B.- Insolubles ou peu solubles, la morphine, solanine, strychnine, brucine, cinchonine, digitaline, émétine, conéine.

VIII.-CALORIQUE. - Fusibles : au-dessous de 100°, la solanine, atropine, hyoscyamine, daturine, vératrine, aconitine, brucine, quinine, émétine; 2° au-dessus de 100°, la narcotine, digitaline, codéine, morphine, cinchonine, delphine.

La brucine, vératrine, solanine, narcotine, se prennent en masse après refroidissement.

La nicotine, conéine et autres alcaloïdes liquides, la digitaline, cinchonine, se volatilisent en totalité ; la daturine, atropine, hyoscyamine, en partie : les autres sont fixes et infusibles.

IX. ACIDE AZOTIQUE.-A.- Colore : 1° en rouge, à froid, la morphine, vératrine, brucine ; à chaud , la nicotine , conéine; 2° en jaune, la digitaline, solanine, émétine; 3o en jaune verdatre, la strychnine ; 4° en jaune orangé, l'atropine; 55° en violet bleuâtre, la colchicine.

B.- Il ne colore pas la codéine, aconitine, cinchonine, quinine, daturine.

X. ACIDE SULFURIQUE. — Colore : en jaune, puis en rouge, par l'addition de l'acide arotique, la narcotine ; 9° en rouge vineux, la nicotine; 3o en brun verdatre, puis en rouge, à chaud, la conéine ; 4° en rouge foncé, la digitaline, vératrine, gratioline ; 5° en rouge brun, la colchicine ; 6° en rouge violet, l'aconitine ; 7° en rouge prangé, la solanine. XI. ACIDE CHLORHYDRIQUE.

Colore : 1° en violet, la nicotine; 2° en rouge pourpre, la conéine; 3o en vert, la digitaline.

XII. CHLORURE D'OR. — Précipite de leur dissolution : 1° en jaune bleu et violet, la morphine ; 2° en jaune rougeâtre, la conéine, nicotine; 3° en jaune, la strychnine, atropine, hyoscyamine, aconitine ; 4o en blanc, la daturine.

De ces alcaloïdes les plus importants à connaitre sont : la morphine, la codéine, la strychnine, la brucine, la vératrine, la digitaline, la conéine, la nicotine et autres alcalis des solanées, parce qu'ils sont employés en médecine ou ont été le sujet de recherches toxicologiques. (Voyez rapports).

La cantharidine, principe actif des cantharides, est en lamelles blanches, nacrées, fusible à 210, volatile, acre, vésicante, insoluble dans l'eau, peu dans l'aclool à froid; très-soluble dans l'alcool bouillant, l'éther, l'essence de térébenthine, les solutés alcalins.

L'acide cyanhydrique est liquide, incolore, volatil, répand l'odeur caractéristique d'amandes amères. Saturé par potasse, il précipite : 1° en bleu, par un mélange de proto et de sesquisels de fer ; 2° en vert, par le sulfate de cuivre, et si l'on ajoute quelques gouttes d'acide chlorhydrique, le liquide prend un aspect laiteux ; 3° avec l'azotate d'argent, il donne un précipité blanc, insoluble dans l'eau , l'acide azotique, à froid, soluble dans cet acide bouillant, dans l'ammoniaque, et décomposable par la chaleur en argent et cyanogène.

la 11.--Recherche des poisons organiques

Dans les matières alimentaires, le tube intestinal, son contenu, faisant partie des préparations pharmaceutiques, ou absorbés, etc.

Les empoisonnements ayant lieu souvent soit avec les fruits, les graines, les feuilles, les racines, etc., des plantes toxiques, parties prises pour les mêmes organes des plantes alimentaires; soit avec les médicaments distribués dans l'officine du pharmacien, de l'herboriste, il faut s'informer du lieu où ces substances ont été cueillies, distribuées, les comparer et les caractériser botaniquement, zoologiquement, pharmacologiquement. Dans les empoisonnements par les solanées, les ombellifères, les champignons, etc., nous citons des cas où l'expert, en se transportant sur les lieux, a pu ainsi reconnaître la plante toxique.

Les poisons organiques formant des composés insolubles avec les substances astringentes, étant insolubles ou solubles dans l'eau acidulée, les alcooliques, ete., peuvent, de même que les poisons inorganiques, se trouver à l'état solide, liquide, ou de combinaison dans les matières suspectes. Quoique composés des mêmes éléments

que

les matières alimentaires, ils ne paraissent pas cependant trèsaltérables. MM. Laroque et Thibierge ont décelé la morphine, la strychnine, la brucine ou leurs sels, à la dose de 5 à 10 centigram., dans des aliments, des liquides fermentescibles, le sang, le lait, la bière, etc., après 6 mois et plus de contact. M. Stass a retiré la morphine d'un cadavre, inhumé depuis 13 mois , et M. Orfila, la conéine, 25 jours après l'avoir mêlée à des matières organiques. Il en serait probablement de moême avec les autres alcaloïdes, les poisons résineux, oléo-résineux, huileux, etc.

La première recherche à faire c'est de s'assurer si les matières alimentaires ne contiennent pas des traces, des débris de la substance toxique, n'offrent pas les caractères physiques, organoleptiques propres à certains poisons,

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