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l'odeur, la saveur, la couleur, l'aspect, etc. Les alcaloides communiquent à ces matières une saveur fortement amère ou âcre; l'opium, une couleur jaune brunâtre, une odeur vireuse ; l'acide cyanhydrique, l'odeur d'amandes amères; les huiles essentielles, leur odeur spéciale, etc. Dans l'empoisonnement par les feuilles de ciguë fraiche, Christison en a constaté les débris dans les matières des vomissements : c'est ce qui a lieu aussi avec les autres plantes vireuses, les fruits de belladone, de datura, les champignons, la noix vomique, les cantharides,etc. Un enfant, atteint de diarrhée, évacuait de très-petits corps : soupçonnant que ce pouvait être des graines, nous les mîmes dans un peu de terre bumide et sur un poèle; en quelques jours la germination se manifesta. Si ces investigations étaient insuffisantes pour déceler le toxique, il faudrait disposer les matières par petites couches sur des plaques de verre, les exaininer soit à la lumière diffuse, solaire ou réfractée par le globe dont se servent les cordonniers; soit au microscope, aidé de quelques réactifs. Barruel parvint à reconnaître les débris des cantharides, à leur reflet verdâtre, brillant, dans du chocolat, en l'examinant au soleil, caractère qu'il n'avait pu constater à la lumière diffuse. Le méme genre de recherches s'applique aussi non-seulement aux matières des vomissements, à celles renfermées dans le tube intestinal, mais encore à cet organe. Après l'avoir vidé, on l'insuffle, on le fait dessécher dans cet état, puis on le coupe par petits carrés, qu'on examine à une bonne lumière, pour s'assurer si, dans les replis de la muqueuse, il n'y a pas des traces de poison (voyez Cantharides).

Après ces opérations préliminaires, comme les produits dans lesquels réside l'effet toxique des substances organiques sont fixes ou volatils, peu ou pas solubles dans l'eau, surtout solubles dans les acides faibles, l'alcool, l'éther, il faut les délayer dans suffisante quantité d'eau distillée pour faire une bouillie claire, les introduire, à l'aide d'un entonnoir, dans une cornue bitubulée, suivie d'un ballon constamment refroidi, communiquant avec une éprouvette pleine d'eau ou de mercure. On distille d'abord au bain-marie, à la température de 60° à 80°, puis au bain d'huile ou saturé de chlorure de sodium jusqu'à presque siccité, en ayant soin, à chaque élévation de température, de changer de récipient, afin de recueillir séparément les produits inégalement volatils, l'acide cyanhydrique, les alcooliques, les éthers et autres agents anesthésiques, les huiles essentielles, le principe vireux des plantes narcotiques, etc. Les produits immédiats fixes, les résines, les extracto-résines, les matières grasses, les alcaloïdes restent dans la cornue. Pour les isoler les uns des autres il y a divers procédés, qui cependant s'appliquent plutôt à la recherche des alcaloïdes.

A.-Mettez à digérer le résidu de la cornue, à la température de 35° à 40°, pendant 1/2 à 1 heure, soit dans de l'alcool concentré, seul ou acidulé par les acides acétique, chlorhydrique; soit dans de l'eau acidulée par ces mêmes acides; décantez après refroidissement; traitez le résidu par de nouvelles quantités de véhicule ; filtrez ; évaporez les liqueurs réunies à siccité; soumettez le résidu à l'action de l'eau acidulée, qui dissout les alcaloïdes, non les matières grasses, résineuses, oléo-résineuses, qu'aurait pu entraîner l'alcool ; filtrez; évaporez en consistance sirupeuse et précipitez l'acaloïde par la potasse, la soude, la chaux, la magnésie ou leurs carbonates, l'ammoniaque. Cette dernière base est ordinairement employée par gouttes, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. Celui ci est dissous dans l'acool, qui, après filtration, par une évaporation lente, laisse l'alcaloïde. Ces manipulations ne le donnant pas assez pur pour bien le caractériser, les auteurs conseillent de le redissoudre dans l'alcool ou l'eau acidulée, et de séparer les matières organiques ou colorantes, en les précipitant par le sous-acétate plombique (Christison), par le nitrate d'argent (Devergie). Dans ces deux derniers cas, soumettez les liqueurs filtrées à un courant de gaz sulfhydrique pour décomposer et précipiter l'excès de sousacétate de plomb, de nitrate d'argent ; filtrez de nouveau ; conceutrez les liqueurs ; précipitez l'alcaloïde par les bases indiquées ; dissolvez-le dans l'alcool ; évaporez lentement.

Quant aux matières grasses, résineuses, oléo.résineuses, indissoutes par l'eau acidulée, on les traite par l'alcool ou l'éther, selon leur nature présumée, et on évapore ces liquides. Comme ces produits, ainsi que les alcaloides sont altérables

par la chaleur, il faut opérer les évaporations à une douce chaleur, au bain-marie, à la vapeur, mieux encore dans le vide, au-dessus d'une capsule d'acide sulfurique, comme nous l'indiquons ci-après.

Cette méthode analytique est générale, puisqu'elle s'applique à la recherche des poisons volatils et fixes, à celle des alcaloïdes, des matières grasses, résineuses, oléorésineuses, etc. C'est celle qui a été employée jusqu'à ces derniers temps par MM. Christison, Lassaigne, Orfila, Devergie, Chevallier, etc., du moins pour découvrir les alca- . loides dans les cas d'expertise légale. Dans presque tous, on a obtenu un produit impur, qu'il a été impossible de caractériser physiquement, même chimiquement, et l'on s'est contenté seulement de quelques réactions trèsincomplètes. Voyez à cet effet la morphine, la strychnine, la brucine, car c'est presque exclusivement sur ces trois alcalis qu'ont porté les recherches.

B.-MÉTHODE DE M. Stass. Par une méthode analytique générale, ce chimiste a retiré des matières suspectes, des organes, des préparations pharmaceutiques, etc., les alcaloïdes bien définis, dans un état de pureté assez complète pour les caractériser physiquement, chimiquement et méme toxiquement. Ses recherches ont porté sur les suivants : nicotine, conéine, morphine, codéine, narcotine, strychnine, brucine, veratrine, colchicine, émetine, solanine, atropine, hyoscyamine, aconitine, delphine, aniline, pėtinine. Cette méthode est foudée sur les données suivantes : 1° l'alcool, associé aux acides tartrique ou oxalique en excès, enlève ces alcaloïdes aux matières organiques; 2° les bicarbonates de soude, de potasse, ou leurs bases, employées aussi en excès, les séparent de ces acides et les tiennent en dissolution ; 3enfin l'éther enlève ces alcaloïdes à la potasse, à la soude.

PROCÉDÉ OPÉRATOIRE. Les liquides de l'estomac, de l'intestin, etc., sont mêlés avec le double d'alcool

puret concentré, les organes (foie, rate, poumons, cour, estomac, intestins, etc.), coupés par petits morceaux soumis, à plusieurs reprises, à l'action de l'alcool aussi très-concentré, seul ou acidulé

par

les acides suivants, jusqu'à ce qu'ils ne cèdent plus rien à ce liquide. Les organes parenchymateux (foie, rate, poumons) pourraient être fortement exprimés, à chaque fois, à travers un linge neuf (voyez Rapports). Introduisez les liqueurs alcooliques dans un ballon avec 1/2 à 2 gramm. d'acide oxalique ou tartrique cristallisés; évaporez en consistance sirupeuse, sans faire bouillir, à la température de + 60 à 70; après refroidissement complet, tiltrez au papier Berzélius; lavez les matières restées sur le filtre avec de l'alcool concentré; évaporez les liqueurs réunies dans le vide ou dans un fort courant d'air, à une température qui ne dépasse pas + 36. Le résidu, après l'évaporation de l'alcool, renferme des

corps gras, des matières insolubles; filtrez de nouveau sur un tiltre humecté d'eau distillée; évaporez les liqueurs jusqu'à presque siccité dans le vide, ou sous une cloche au-dessus d'une capsule d'acide sulfurique; traitez le résidu par

l'alcool anhydre et froid, à plusieurs reprises; filtrez; évaporez à l'air libre, à la température ordinaire, ou mieux encore dans le vide; dissolvez le résidu dans la plus petite quantité d'eau; introduisez le soluté dans un petit flacon à éprouvelle de 35 cent. cubes de capacité; ajoutez peu à peu du bicarbonate de potasse ou de soude pulvérisés, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence, puis 1 à 2 centim. cube d'un soluté concentré de potasse caustique, et ensuite quatre, cinq fois son volume d'éther; agitez le tout; décantez l'éther, lorsqu'il est séparé et éclairci ; répétez trois, quatre fois le lavage à l'éther; réunissez les liquides éthérés dans une petite capsule déposée dans un lieu sec.

1-Si c'est une alcaloïde liquide, la nicotine, la conéine, etc., après l'évaporation de l'éther, il se dépose sur les parois de la capsule sous forme d'anneau huileux, lequel se divise en petites stries qui gagnent le fond. Par la chaleur seule de la main, le résidu dégage une odeur plus ou moins désagréable, piquante, suffocante, rappelant celle de l'alcaloïde, masquée par une odeur de matière animale: dissolvez-le dans 1 à 2 centim.cubes d'eau faiblementacidulée par 1 millième d'acide sulfurique ; lavez exactement la capsule avec le même liquide; décantez les liqueurs dans le petit flacon à éprouvette ; traitez-les par un soluté concentré de potasse ou de soude caustiques; agitez et épuisez le mélange, à plusieurs reprises, comîne il est dit ci-dessus, avec de l'éther pur, qui dissout l'alcaloïde; faites évaporer spontanément l'éther à la plus basse température; puis pour priver complétement l'alcaloïde de l'ammoniaque qui se forme dans ces opérations, exposez un instant le vase dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique ; l'alcaloïde reste au fond sous forme d'une gouttelette huileuse. Pour le détail de ces manipulations, recueillir et caractériser l'alcaloïde, l'avoir complétement pur. (Voyez l'extraction de la nicotine, aux Rapports.)

2.—Si c'est un alcaloïde fixe (morphine, strychnine, brucine, etc.), après l'évaporation de l'éther, il reste, sur les parois de la capsule, un produit solide, le plus souvent une liqueur incolore, laiteuse, tenant un corps en suspension, ayant l'odeur de matière animale, désagréable, mais non piquante, qui bleuit d'une manière permanente le

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