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produits transmettant le même état-morbide par inoculalation, produisent, à peu d'exceptions près , l'intoxication par la voie gastro-intestinale. Peu altérables dans leur nature, même pendant qu'ils circulent dans nos organes, la viande , les produits sécrétés des animaux intoxiqués peuvent agir comme poisons, tandis que la viande, les produits sécrétés des animaux tués par les venins , les virus, les miasmes ne seraient pas toxiques, puisque, d'après M. Renault, ils peuvent alimenter d'autres animaux, les granivores, les carnivores, l'homine, sans inconvénient, ce qui cependant : n'est pas admis par tous les auteurs. Enfin, étant très-répandus dans la nature, le commerce, il est facile de se les procurer pour la perpétration du crime : c'est ce qui fait peut-être que, dans les traités de toxicologie, il n'est question que des poisons et des venins, laissant à la pathologie les maladies virulentes , miasmatiques.

La difficulté d'établir une délimitation rigoureuse entre les poisons, les médicaments, les venins, les virus, les miasmes, de donner de chacun d'eux une définition précise, succincte, surtout sous le point de vue de la toxicologie, science si complexe, nous fera pardonner les digressions qui précèdent.

On donne les noms d'intoxication , d'empoisonnement à l'ensemble des effets produits par un poison. Cependant la dernière dénomination a un sens plus étendu et comprend, en outre, l'action d'empoisonner, l'attentat à la vie par un poison; par conséquent, elle est plus médico-légale.

Il y a empoisonnement, légalement parlant, toutes les fois qu'un poison ou une substance (cuivre, plomb, etc.) administrée dans des circonstances à pouvoir le devenir, ont été donnés dans un but coupable, quel qu'en soit le résultat, par conséquent, sous le point de vue de la criminalité, on considère et les effets du poison et l'intention dans laquelle il a été administré.

Législation. Est qualifié d'empoisonnement tout attentat à la vie d'une personne, par l'effet de substances qui peuvent donner la mort, plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été employées ou administrées, et quelles qu'en aient été les suites (Code pénal, art. 301).

Les poisons sont fournis par le règne minéral, végétal et animal. Ils sont solides, liquides ou gazeux; quelques-uns s'offrent sous ces deux ou trois états. Plusieurs matières organiques, surtout animales, par leur altération spontanée, peuvent devenir toxiques, donner lieu à des gaz délétères.

Les hommes, les animaux se nourrissant de matières organiques, ont dû, quoique guidés par leur instinct, distinguer, à leurs dépens, les végétaux toxiques, les animaux venimeux; ce sont par conséquent les poisons organiques qui ont été les premiers connus, et leur découverte remonte à la plus haute antiquité. Les herbes enchantées dont parlent les anciens poëtes, qui, probablement, ne sont autres que nos plantes vireuses , les flèches empoisonnées avec le suc des plantes, le sang altéré, le venin des animaux, dont se servaient les anciens guerriers et les peuples sauvages, le breuvage avec le suc de ciguë et d'autres plantes toxiques, destiné aux condamnés, chez les Grecs, les Égyptiens, usage encore suivi à Madagascar, où l'on soumet les prévenus à l'épreuve du tanghin , vienpent à l'appui de cette assertion.

La connaissance des poisons inorganiques est bien moins ancienne que celle des poisons organiques, et il nous serait bien difficile d'en fixer l'époque d'une manière précise, d'autant plus que la découverte des effets toxiques ne date pas toujours de celle du corps. Puisque Moïse recommandait l'extrême propreté des vases en cuivre, il devait connaître, probablement, les accidents produits par les aliments préparés dans des vases de ce métal. Du temps d'Hippocrate, on ne paraissait connaître qu'une seule préparation arsenicale, le sulfure d'arsenic, sous le nom

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de sandaraque, et ce n'est guère que dans Dioscoride où il parait être question de l'arsenic blanc oui acıde arsénieux. Nicandre et ce dernier auteur parlent des accidents par les oxydes de plomb; cependant les Romains mettaient des lames de ce métal dans le vin, afin de lui faire perdre son acidité, le faisaient même évaporer, à cet effet, dans des vases en plomb, et il a fallu arriver jusqu'au dernier siècle, pour condamner cet usage et savoir que les accidents, désignés sous le nom de colique végétale, n'étaient autres, le plus souvent, que la colique des peintres, due au cidre et autres boissons acides, conservées dans des cuves en plomb. Vitruve connaissait cependant la nocuité que contractait l'eau en passant dans des tuyaux en plomb récemment appliqués, et son innocuité après un certain laps de temps. Les Grecs, les Romains considéraient le mercure comme poison général. Dioscoride parle des masques dont se servaient les mineurs pour se préserver des vapeurs mercurielles. Mais ce métal ne paraît avoir été employé comme médicament que vers le milieu du buitième siècle. La nocuité des préparations antimoniales était connue au quinzième siècle. La découverte, et par suite les effets toxiques des acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique datent à peu près de cette époque; celle du phosphore, de 1669. La potasse, la soude, la chaux, le sel de nitre, d'ammoniaque étaient connus des Égyptiens. La découverte des autres poisons minéraux est en quelque sorte toute récente, et la chimie, vers la fin du siècle dernier, surtout dans celui-ci, en a fabriqué un très-grand nombre, a obtenu les produits auxquels les végétaux, les animaux doivent leurs propriétés. La connaissance de la baryte, des acides oxalique, tartrique, cyanhydrique est due à Schéele; celle des alcalis végétaux date de 1816.

Les Grecs, les Romains attribuaient l'asphyxie des ouvriers des mines à un air irrespirable, que la superstition des siècles suivants a converti en déinon, esprit malin. Ce n'est

guère que vers la moitié du dernier siècle et dans celui-ci que la nature des gazsimples ou complexes a étébien déterminée, qu'on les a distingués en toxiques et asphyxiants, question qui n'est pas encore complétement résolue pour quelques-uns d'entre eux. (Voy. Empois. par les matières .gazeuses, tom. II.)

La science, ou plutôt la pratique de l'empoisonnement, était, peut-être, relativement au moins grand nombre de . poisons connus, autant et plus perfectionnée dans l'antiquité que de nos jours, et, sans remonter aux temps fabuleux de Médée, de Circée, je donte que nous puissions composer un breuvage qui donnát une mort calme, sans troubles , sans abolition de l'intelligence, comme celui usité chez les Grecs. Nous ignorons encore, ou du moins nous ne connaissons qu'incomplétement la composition de quelques poisons exotiques, celle du worara, du curare, qui servent à empoisonner les flèches, chez les Indiens, les Américains, poisons avec lesquels ils peuvent endormir momentanément les oiseaux, les singes, sans les faire périr, ou tuer les animaux les plus robustes. D'après les missionnaires, les Indiens possèdent des traités spéciaux sur les poisons et les contre-poisons qui remontent à la plus haute antiquité. C'est par le poison que périssaient les criminels , chez plusieurs peuples anciens, ainsi que les rois d'Ethiopie, sur l'ordre des prêtres. Selon Pline, Théophraste, les Grecs auraient appris des Égyptiens l'art de préparer les poisons. Les Grecs, les Carthaginois et autres peuples connaissaient les moyens d'empoisonner les boissons, les fontaines , pour triompher plus facilement de leurs ennemis ou faire capituler les villes. Mithridate, combattant contre les Romains, empoisonna, sur son passage, l'eau des fontaines. Le rusé Annibal, pour dompter Jes Africains, fit mettre de la mandragore dans leur vin,

leurs ennemis, qui l'est encore de nos jours avec le datura

par les endormeurs, pour voler les personnes ou en abuser (Voy. Solanées ). En Orient, le cheik de l'ordre des Assassins , pour fanatiser les jeunes musulmans, s'en faire des partisans, les plonge, par le hachich, dans un sommeil ravissant, fantastique, qu'il fait suivre au réveil de réalité. Au quatrième siècle de l'ère romaine, des dames romaines s'étaient associées, dit-on, pour se débarrasser de leurs maris par le poison. A l'époque du cruel Néron, la redoutable Locuste n'avait-elle pas l'art de préparer des poisons qui faisaient périr à une heure déterminée ? Dans l'antiquité et le moyen âge, les empoisonnements étaient si fréquents, si redoutés, que les seigneurs, les princes faisaient déguster, par leurs échansons, les boissons, les aliments, et même, comme préservatif, mettaient des pierres précieuses dans les vases.

Le poison est l'arme dont se sont servies plusieurs têtes couronnées pour satisfaire leur vengeance, leur avarice ou se débarrasser de leurs compétiteurs. L'Italie, au quatorzième siècle, a eu son Néron dans le pape Borgia, sa Locuste, au dix-septième , dans la Tophana, femme qui a fait périr plus de 600 personnes par l'acqua-di-Napoli (voyez Arsenic). La Scala, son héritière, était à la tête d'une affiliation de 150 femmes, dont le but était de se débarrasser, par le poison, de leurs maris débiles ou trop vieux. Vers le milieu du dix-septième siècle, la Brinvilliers, assistée de SainteCroix, son amant, a empoisonné son père, ses deux frères, sa seur et autres personnes. De nos jours les empoisonnements multiples sont moins fréquents, cependant nous en citons plusieurs dans le cours de ce traité, et il est incroyable que la servante Jegado (assises de Rennes) ait été convaincue d'avoir fait périr 45 personnes, par l'arsenic, de 1833 à 1849. Combien d'autres empoisonnements accidentels ou criminels passent inaperçus! Cela dépend probablement de ce que les médecins ne s'occupent pas assez de toxicologie médicale.

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