Images de page
PDF
ePub

La toxicologie empruntant ses données, ses moyens d'investigation aux sciences naturelles et médicales, consistant même dans l'application de ces sciences à la solution de quelques problèmes toxicologiques, a dû nécessairement progresser comme elles. La chimie étant encore dans l'enfance vers la fin du dernier siècle, ne lui a été jusqu'alors que

d'un bien faible secours; aussi les rapports, avant cette époque, quant à la partie chimique, peuvent être considérés comme nuls ou très-incomplets. Depuis, l'analyse qualitative s'est perfectionnée; on a découvert des réactifs plus sûrs, plus délicats, plus nombreux pour caractériser chaque poison en particulier, des procédés analytiques pour les déceler, non-seulement dans les matières alimentaires, le tube intestinal, mais encore dans le foie, les urines et autres parties solides et liquides du corps, quelle que soit la voie d'introduction. L'analyse a même tellement fait de progrès à cet égard, surtout depuis la découverte de l'appareil de Marsh (1836), et les procédés sont si parfaits, qu'il y a souvent impossibilité de démontrer si le poison, retiré des organes, provient d'un empoisonnement, ou s'il a été donné comme médicament, etc., question très-importante, sur laquelle nous avons beaucoup insisté aux préparations arsenicales, cuivreuses, plombiques, etc., et sur laquelle nous reviendrons ci-après.

Quant aux poisons organiques, la chimie n'avait été jusqu'ici que d'un bien faible secours pour les déceler dans les matières alimentaires, surtout dans les organes, les liquides où ils avaient pénétré par absorption, et, malgré les recherches tentées par plusieurs auteurs, le plus souvent elle était impuissante pour résoudre une question d'empoisonnement, si la botanique, la zoologie, la pharmacologie, la pathologie ne lui eussent prêté leur concours. Depuis l'affaire Bocarmé, M. Stass a ouvert une nouvelle voie

pour la recherche de la nicotine, qu'il a démontrée dans la plupart des organes. La niême méthode analytique

a été suivie avec succès par M. Orfila, pour la recherche de la conicine sur les animaux empoisonnés par cet alcali. Déjà M. Flandin avait démontré la morphile dans le foie, et même dans l'eau de l'amnios, le foetus, sur des singes femelles, par un procédé qui serait aussi applicable à la recherche de la strychnine, de la brucine , etc. M. Stass a appliqué de nouveau son procédé à la recherche des alcalis végétaux. Espérons qu'avec l'investigation dévorante qui domine cette époque, on arrivera aux mêmes résultats que pour les poisons minéraux, et que la toxicologie organique offrira désormais, sous le rapport chimique, la même certitude que la toxicologie inorganique.

La toxicologie médicale ou plutôt la connaissance des effets des poisons a donc précédé la toxicologie chimique. Si dans les auvres d'Hippocrate il n'est point question des poisons, de leurs effets, c'est que le père de la médecine avait fait le serment de ne pas en parler, l'avait imposé à ses élèves, serment qui a été observé par Pline et Galien, lesquels parlent seulement des contre-poisons, d'une manière générale. Depuis Erasistrate, Nicandre, qui ont publié un ouvrage sur les poisons, il a paru plusieurs traités spéciaux, les médicaments ont été considérés sous ce point de vue dans plusieurs ouvrages de matière médicale, des expériences ont été tentées sur les criminels, sur les animaux dans le but d'étudier les effets des poisons et des contrepoisons, des observations ont été recueillies avec plus de soin, aussi la toxicologie médicale, du moins pour quelques poisons, était-elle aussi avancée dans les siècles précédents que de nos jours. Les faits d'empoisonnement sont méme si nombreux chez l'homme, qu'une personne, versée dans la langue allemande et anglaise, pourrait faire une monographie complète sur chaque poison en particulier, du moins pour les plus importants. Dans quelques traités ex professo, depuis surtout que la chimie a donné une si grande impulsion à la toxicologie, on a un peu trop négligé la partie médicale, ou plutôt elle n'y a point été traitée ayeç le même développement; désormais la toxicologie chi, mique et médicale doivent marcher de pair, se préter un mutuel appui, et c'est sur leur ensemble que l'expert doit puiser ses convictions, lorsqu'il a à se prononcer dans une question d'empoisonnement, de même que le magistrat, le jury qui, en outre, s'aident des preuves morales et autres circonstances, etc.

Les deux problèmes toxicologiques les plus importants sont donc d'une part la connaissance des effets, des lésions produits par les poisons; de l'autre, la recherche des pois sons dans les matières suspectes (aliments, boissons, organes, etc.). Le premier problème sert à instituer la thérapeutique de l'empoisonnement; le second à reconnaître l'espèce toxique; les deux combinés ensemble à distinguer l'empoisonnement de tout autre genre morbide, à résoudre les questions médico-légales.

Dans un cours ou un traité, la toxicologie peut être exposée, enseignée de deux manières : 1° ou bien, après avoir fait l'historique de chaque poison en particulier, l'on termine

par des considérations générales sur cette science, sur les poisons, l'empoisonnement en général ; 2° ou bien, on commence par un exposé général de cette science, sur les poisons et l'empoisonnement, et l'on traite ensuite de chaque poison en particulier.

La première méthode, précédée surtout d'un exposé suceinct sur la toxicologie, est plus didactique, plus à la portée des

personnes peu initiées à l'étude de cette science; c'est celle qui convient mieux dans un cours, celle que nous suivons habituellement, que nous nous proposions de suivre dans ce traité. Cependant, comme les personnes auxquelles il est destiné sont déjà initiées à l'étude des sciences physiques et médicales, nous adopterons la seconde; le lecteur pourra ainsi embrasser la toxicologie dans son ensemble, en mieux apprécier toute l'importance; ensuite n'ayant pas, comme dans un cours, l'intérêt, la distraction des expériences, l'étude particulière des poisons lui en sera moins aride. Voici l'ordre dans lequel sont exposées les matières qui composent ce traité.

[blocks in formation]

A. De l'Empoisonnement et des Poisons en général, ou Toxicologie générale.

B. Des Poisons et des Empoisonnements en particulier, ou Toxicologie spéciale, divisée en quatre sections :

1° Poisons métalloïdes;
Poisons acides ;
Poisons alcalins ;
Poisons salins métalliques.

SECOND VOLUME.

POISONS ORGANIQUES.

Divisés en quatre sections,

Empoisonnement : 1° Par les poisons végétaux , distribués par familles;

Par les poisons animaux, "divisés en .vénéneux et venimeux;

3° Par les matières alimentaires, avec un Appendice sur leur sophistication;

4° Par les matières gazeuses et les agents anesthésiques:

« PrécédentContinuer »