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LOU

Nul are n'est méprisé , tout succès a la gloire,
Le vainqueur de Tallard, le fils de la victoire,
Le sublime Dryden & le fage Addision,
Et la charmante Ophils & l'immortel -Newton ;
Ont part au temple de Mémoire.

Voltaires

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Mais cette flatteuse amorce
D’un hommage qu'on croit dů;
Souvent préte, même force
Au vice, qu'à la vertu.
De la céleste rosée
La terre fertilisée
Quand les frimats ont cessé,
Fait également éclore ,
Et les doux parfums de Flore ,
Et les poisons de Circé.
Cieux, gardez vos eaux fécondes
Pour le myrthe aimé des Dieux,
Ne prodiguez plus vos ondes
A cet if contagieux ;
Er yous, enfans des nuages a

Vents , ministres des orages ,
Venez , fiers tyrans du Nord,
De vos brulantes froidures
Sécher ces feuilles impures
Dont l'ombre donne la mort.

Rousseau , Ode à Malherbea

IRIS (1), je vous louerois, il n'est que trop aisé :
Mais vous avez cent fois notre encens refusé,
En cela peu semblable au reste des mortelles ,
Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles:
Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur.
Je ne les blâme point , je souffre cette humeur ;
Elle est commune aux Dieux,aux Monarques, aux Belles,
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,
Le ne&ar que l'on sert au Maître du tonnerre ,
Et dont nous enivrons tous les Dieux de la terre ;
C'est la louange , Iris ; vous ne la goûtez point.

La Fontaine.

LOUANGE PRO FITABLE.

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N ne peut trop louer trois sortes de personnes,

Les Dieux , la Maîtreffe , & son Roi.
Malherbe le disoit : j'y souscris quant à moi :

Ce sont maximes toujours bonnes.
La louange chatouille & gagne les esprits.
Les faveurs d'une Belle en sont souvent le prix.
Voyons comme les Dieux l'ont quelquefois payée.

Simonide ( 2 ) avoit entrepris
(1) Madame de la Sabliere.
(2) Ancier Poéte Grec dont il reste quelques fragmensi

H

L’éloge d'un Athléte; & la chefe ellayée,
Il trouva son sujet plein de récits tout nuds.
Les parens de l'Athléte étoient gens inconnus ,
Son pere un bon Bourgeois, lui fans autre mérite :

Matiére infertile & petite.
Le Poëte d'abord parla de Son Héros.
Après en avoir dit ce qu'il en pouvoit dire ,
Il re jette à côté , fe met sur le propos
De Castor & Pollux, ne manque pas d'écrire ,
Que leur exemple étoit aux Luteurs glorieux ;
Eleve lears coinbats , fpécifiant les lieux,
Où ces freres s'étoient fignalés davantage.

Enfin l'éloge de ces Dieux

Faifoit les deux tiers de l'Ouvrage. L'Athléte avoit promis d'en payer un talent ;

Mais quand il le vit , le galant
N'en donna que le ciers : & dit fort franchement ,
Que Caftor & Pollux acquittassent le reste.
Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je veux vous traiter cependant :
Venez souper chez moi : nous ferons bonne vie.

Les conviés sont gens choisis
Mes parens , mes meilleurs amis',

Soyez donc de la compagnie.
Simonide promit , peut-être qu'il eut peur
De perdre , outre fon da , le gré de fa louange.

Il vient , l'on festine , l'on mange.

Chacun étant en belle humeur, Un domestique accourt, l'avertic qu'à la porte Deux hommes demandbient à le voir 'promptement..

11 fort de table , & la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent. Ces deux hommes étoient les jumeaux de l'éloge. Tous deux lui rendenç grace , & pour prix de ses vers ,

Ils l'avertissent qu'il déloge , Et que cette maifon va tomber à l'envers.

La prédiâion en fug vraie.

Un pilier manque , & le plac-fond
Tome II,

A *

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Ne trouvant plus rien qui l'étaie,
Tombe sur le festin , brife plats & flacons ,

N'en fait pas moins aux Echansons.
Ce ne fut pas le pis : car pour rendre completse

La vengeance dûe au Poëte ,
Une poutre casia les jambes à l'Athléte ,

Ec renvoya les conviés

Pour la plậpart estropiés..
La Renommée eut soin de publier l'affaire.
Chacun cria miracle : on doubla le salaire
Que méritoient les vers d'un homme aimé des Dieux.

Il n'étoit fils de bonne mere
Qui, les payant à qui mieux mieux ,

Pour ses ancêcres n'en fîc faire.
Je reviens à mon texte ; & dis premiérement ,
Qu'on ne sauroit manquer de louer largement
Les Dieux & leurs pareils : de plus, que Melpomene ,
Souvent, sans déroger, trafique de la peine :
Enfin qu'on doit tenir notre arc à quelque prix.
Les Grands se font honneur dès - lors qu'ils nous font

grace.
Jadis l'Olympe & le Pari fle
Etoient freres & bons amis.

La Fontaine, Fables.

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JA

'AIME le laxe & même la molleffe ;
Tous les plaisirs, les arts de toute espéce;
La propreté, le goût , les ornemens ,
Tout honnêre homme a de tels sentimens.
Il est bien doux pour mon cæur très-immonde
De voir ici l'abondance à la ronde',
Mere des arts & des heureux travaux
Nous apporter de sa fource féconde ,

Et des besoins & des plaisirs nouveaux.
L'or de la terre ,

& les trésors de l'onde,
Leurs habitans , & les peuples de l'air ,
Tout sert au luxe , aux plaisirs de ce monde
O le bon tems que ce siécle de fer !
Le superflu , chore très-nécessaire ,
A réuni l'un & l'autre hémisphére.

Voltaire , le Mondaine

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A TABLE hier par un triste hasard ,
J'étois affis près d'un Maître Caffard,
Lequel me dit , vous avez bien la mine
D'aller un jour échauffer la cuisine
De Lucifer; & moi , prédestiné ,
Je rirai bien quand vous serez damné.
Damné ! comment ? pourquoi ? pour vos folied
Vous avez dit en vos æuvres non pies
Dans certain conte en rimes barbouillé,
Qu'au Paradis Adam étoit mouillé,
Lorsqu'il pleuvoir für notre premier pere;
Qu'Eve avec lui buvoic de belle eau claire ;
Qu'ils avoient même avant d'être déchus
La peau tannée , & les ongles crochus.
Vous avancez dans votre folle ivresle
Prêchant le luxe & vantant la molleffe
Qu'il vaut bien mieux, ô blafphêmes maudits :
Vivre à présent qu'avoir vécû jadis.
Par quoi mon fils , votre Muse pollue
Sera rôtie, & c'est chose conclue.
Disant ces mots , son gosier altéré
Humoit un vin, qui d'ambre coloré ,
Sentoit encor la grappe parfumée,
Dont fut pour nous la liqueur exprimée.
Un carmin vif enluminoic fon teint,
Lors je lui dis : Pour Dieu , Monsieur le Saint a

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