Images de page
PDF
ePub

TAXIL E À PORUS.

Nous rendons ce qu'on doit aux illustres exemples ;
Vous adorez des Dieux qui nous doivent leurs temples ;
Des Héros qui chez vous pafsoient pour des mortels,
En venant parmi nous ont trouvé des autels.
Mais en vain l'on prétend chez des peuples fi braves;
Au lieu d'adorateurs se faire des esclaves.
Croyez-moi, quelque éclat qui les puiffe toucher ,
Ils refusent l'encens qu'on leur veut arracher.

Racine , Alexandr. att. 11. sc. II.

LAODICE à FLAMINIU 3.

Tous les Rois ne font Rois qu'autant comme il voud

plaît ; Mais si de leurs Etats Rome à son gré dispose, Certes pour son Atcale elle fait peu de chore; Et qui tient dans sa main tant de quoi lui donner, A mendier pour lui devroit moins s'obftiner. Pour un Prince si cher sa réserve m'étonne ; Que ne me l'offre-t-elle avec une Couronne ? C'est trop m'importuner en faveur d'un sujet, Moi qui viendrois un Roi pour un indigne objet, S'il venoit par votre ordre , & si votre alliance Souilloit entre les mains la suprême puislance. Ce sont des sentimens que je ne puis trahir , Je ne veux point de Rois qui fachent. obéir,; Et puisque vous voyez mon ame toute entiére, Seigneur, ne perdez, plus menace ni priére.

Corneille, Nicomed, act. III. sc. II.

MAL ADI E.

J'AI vù mes tristes journées
Décliner vers leur penchant.
Au midi de mes années
Je couchois à mon couchant,
La mort déployant ses aîles
Couvroit d'ombres éternelles
La clarté dont je jouis :

Et dans cette nuit funeste
· Je cherchois en vain le reste

De mes jours évanouis.

Grand Dieu , votre main reclame
Les dons que j'en ai reçus.
Elle vient couper la trame
Des jours qu'elle m'a tissus.
Mon dernier soleil se leve ;
Et votre souffle m'enleve
De la terre des vivans ,
Comme la feuille séchée ,
Qui de la tige arrachée ,
Devient le jouet des vents:

Comme un tigre impitoyable
Le mal a brisé mes os ;
Et fa rage insatiable
Ne me laisse aucun repos.
Victime foible & tremblante
A cette image sanglante
Je soupire nuit & jour ;
Ec dans ma erainte mortelle
Je suis comme l'hirondelle
Sous les griffes du vautour,

Aing

Ainsi de cris & d'allarmes
Mon mal sembloit se nourrir :
Et mes yeux noyés de larmes
Ecoient laffés de s'ouvrir.
Je disois à la nuit sombre :
O nuit ! tu vas dans ton ombre
M'ensevelir pour toujours.
Je redisois à l'aurore :
Le jour que tu fais éclore ,
Eft le dernier de mes jours.

Mon ame est dans les ténébres ,
Mes sens sont glacés d'effroi.
Ecoutez mes cris funébres,
Dieu juíte , répondez-moi.
Mais enfin fa main propice
A comblé le précipice,
Qui s'entr'ouvroit sous mus pas.
Son secours me fortifie,
Et me faic crouver la vie
Dans les horreurs du trépas.

Seigneur , il faut que la terre
Connoisse en moi vos bienfaits :
Vous ne m'avez fait la guerre ,
Que pour me donner la paix.
Heureux l'homme , à qui la grace
Départ ce don efficace
Puisé dans ses saints trésors;
Et qui rallumant sa flamme
Trouve la santé de l'ame
Dans les souffrances du corps.

[ocr errors]

C'est pour sauver la mémoire
De vos immortels secours ,

C'est pour vous, c'est pour votre gloire ,
Tone 1-1,

Que vous prolongez nos jours.
Non , non , vos bontés sacrées
Ne seront point célébrées
Dans l'horreur des monumens.
La mort aveugle & muette
Ne sera point l'interpréte
De vos saints commandemens.

Mais ceux qui de fa menace
Comme moi font rachecés ,
Annonceront à leur race .
Vos célestes vérités.
J'irai , Seigneur , dans vos cemples
Réchauffer par mes exemples
Les mortels les plus glacés :
Et vous offrant mon hominage ,
Leur montrer l'unique usage
Des jours que vous leur laislés.

Rousseau , Cantique.

MALHEUR.

UAND le malheur ne feroit bon,
Qu'à mettre un for à la raison ,
Toujours seroit-ce à juste cause,
Qu'on le dît bon à quelque chose.

La Fontaine , Fables.

ANDROM A QUE à PYRRHU S.

NON , vous n'espérez plus de nous revoir encor,
Sacrés murs que n'a pû conserver mon Hector.
A de moindres faveurs des malheureux précendent,
Seigneur. C'est un exil que mes pleurs vous demandent.
Souffrez que loin des Grecs, & même loin de vous ,
J'aille chercher mon fils & pleurer mon époux.

Racine , Andromaq. act. 1. sc. IV.

EGISTE À NARBAS.

EH, quoi ! tous les malheurs aux humains réservés,
Faut-il si jeune encor les avoir éprouvés !
Les ravages , l'exil., la mort, l'ignominie ,
Dès ma premiére aurore ont assiégé ma vie.
De déserts en déserts , errant , persécuté,
J'ai langui dans l'opprohre & dans l'obscurité.
Le ciel sait cependant, fi parmi tant d'injures ,
J'ai permis à ma voix d'éclater en murmures.
Malgré l'ambition qui dévoroit mon cour ,
J'embrassai les vertus qu'exigeoit mon malheur.
Je refpe&ai , j'aimai jusqu'à votre misere ;
Je n'aurois point aux Dicux demandé d'autre pere.
Ils m'en donnent un autre & c'est pour m'outrager.
Je suis fils de Cresfonte & ne puis le venger.
Je retrouve une mere , un tyran me l'arrache.
Un détestable hymen à ce monstre l'attache.
Je maudis dans vos bras le jour où je suis né;
Je maudis le secours que vous m'avez donné..
Ah, mon pere! ah! pourquoi d'une main égarée
Receniez-vous tantôt la inain désespérée ?
Mes malheurs finissoient, mon sort étoit rempli.

Voltaire, Mérop. act. v. sc. 1.

« PrécédentContinuer »