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MALHEURS D'EDIP E.

@DIPE à DIRCE'.

J

o n souvenir n'est plein que d'exploits généreux ; Cependant je me trouve inceste , & parricide, Sans avoir fait un pas que sur les pas d'Alcide, Ni recherché par-tout que loix à maintenir , Que monstres à détruire, & méchans à punir. Aux crimes malgré moi l'ordre du ciel m'attache ; Pour m'y faire tomber à moi-même il me cache, Il offre , en m'aveuglant sur ce qu'il a prédit , Mon pere à mon épée & ma mere à mon lit. Hélas ! qu'il est bien vrai qu'en vain on s'imagine Dérober notre vie à ce qu'il nous destine, Les soins de l'éviter font courir au devant ; Et l'adresse à le fuir y plonge plus avant. Mais si les Dicụx m'ont fait la vie abominable ; Ils in'en font par pitié la forrie honorable , Puisqu'enfin leur faveur mêlée à leur courroux, Me condamne à mourir pour le salut de tous. Et qu'en ce même tems qu'il faudroit que ma yie , Des crines qu'ils m'ont fait traînât l'ignominie, L'éclat de ces vertus que je ne tiens pas d'eux, Reçoit pour récompense un trépas glorieux.

Corneille , @dip. adt. v. fc. yil:

DIPE à ICARE.

QU'ET E S-vous devenus , Oracles de nos Dieux ? Vous qui faisiez trembler ma vertu trop timide, Vous qui me prepariez l'horreur d'un parricide, Mon père est chez les morts & vous m'avez trompé ;

Malgré vous dans son sang mes mains n'ont point

trempé. Ainsi de mon erreur esclave volontaire , Occupé d'écarter un mal imaginaire, J'abandonnois ma vie à des malheurs certains, Trop crédule Artisan de mes tristes Destins. O ciel! & quel eft donc l'excès de ma misére, Si le trépas des miens me devient néceflaire , Si trouvant dans leur perte un bonheur odieux, Pour moi la mort d'un pere est un bienfait des Dieux. O vous qui présidez aux fortunes des Rois, Dieux ! fauc-il en un jour m'accabler tant de fois ! Et préparant vos coups par vos trompeurs oracles , Contre un foible mortel épuiser les iniracles. • J'entrevois mon destin: ces recherches cruelles Ne me découvriront que des horreurs nouvelles. Je le sais : mais malgré les maux que je prévoi, Un désir curieux m'entraîne loin de moi. Je ne puis demeurer dans cette incertitude ; Le doute en mon malheur est un tourment trop rude. J’abhorre le flambeau dont je veux m'éclairer , Je crains de me connoître & ne puis m'ignorer.

Voltaire , Edip. act. v. sc. II.

@DIP E seule
Le voilà donc rempli cet oracle exécrable ,
Dont ma crainte a pressé l'effet inévitable ;
Et je me vois enfin par un mélange affreux,
Inceste & parricide & pourtant vertueux !
Misérable vertu , nom stérile & funeste,
Toi par qui j'ai réglé des jours que je déteste ,
A mon noir ascendant tu n'as pů réfifter !
Je tombois dans le piége en voulant l'éviter.
Un Dieu plus fort que moi m'entraînoit vers le crime ,

Sous mes pas fugitifs il creusoit un abîme,
Et j'étois malgré moi dans mon aveuglement ,
D'un pouvoir inconnu l'esclave & l'instrument.
Voilà tous mes forfaits je n'en connois point d'autres;
Impitoyables Dieux , mes crimes sont les vôtres.
Et vous m'en punissez. ...

Voltaire ; Edip. aft. v. sc. IV.

MALHEURS DE POMP E'E..
PHOTIN à PTOLOM E'E. :

IL * fuit Rome perdue , il fuit tous les Romains a
A qui par sa défaite il met les fers aux mains ;
Il fúit le désespoir des Peuples & des Princes ,
Qui vengeroient sur lui le sang de leurs Provinces ;
Leurs Etats & d'argent & d'hommes épuisés,
Leurs trộnes mis en cendre, & leurs sceptres brisés
Auteur des maux de tous, il est à tous en butte,
Et fuit le monde entier écrasé sous la chûte.
Le défendrez-vous seul contre tant d'ennemis ?
L'espoir de son salut en lui seul étoit mis ,
Lui seul pouvoit pour soi, cédez alors qu'il tombe ; .
Soutiendrez-vous un faix lous qui Rome succombe,
Sous qui tout l'univers se trouve foudroyé,
Sous qui le grand Pompée a lui-même ployé ?
Quand on veut soutenir ceux que le sore accable
A force d'être juste on est souvent coupablc';
Et la fidélité qu'on garde imprudemment ,
Après un peu d'éclat traine iin long châciment,
Trouve un noble revers , dont les coups invincibles;
Pour être glorieux ne sont pas moins sensibles.
Seigneur, n'attirez point le tonnerre en ces lieux à
Rangez-vous du parti des Destins & des Dieux ;
Et sans les accufur d'injustice ou d'outrage,

* Pompée,

Puisqu'ils font les heureux, adorez leur ouvrage : Quelques soient leurs décrets, déclarez-vous pour eux, Er pour leur obéir , perdez le malheureux. :

Corneille , Mort de Pompée , act. I. sc. I.

MAL MAR I E'.

U E le bon soit toujours camarade du beau ,

Dès demain je chercherai femme :
Mais comme le Divorce entre eux n'est pas nouveau ;
Et que peu de beaux corps, hores d'une belle ame,

- Assemblent l'un & l'autre point,
Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
J'ai vû beaucoup d'hymens, aucuns d'eux ne me centene :
Cependant des humains presque les quatre parts,
S'exposent hardiment au plus grand des hasards ;
Les quatre parts aussi des humains se repentent.
J'en vais alléguer un qui s'étant repenti ,

Ne pût trouver d'autre parti ,
Que de renvoyer son épouse ,

Querelleuse, avare & jalouse.
Rien ne la contentoit, rien n'écoit comme il faut ,
On se levoit trop tard, on se couchoit trop tôt.
Puis du blanc, puis du noir , puis encore autre chose;
Les valets enrageoient , l'époux écoit à bout :
Monsieur ne songe à rien , Monsieur dépense tout ,

Monsieur court , Monsieur se repose.
Elle en dit tant , que Monsieur à la fin,

Lassé d'entendre un tel lutin ,

Vous la renvoie à la campagne ,
Chez ses parens. La voilà donc compagne
De certaines Philis qui gardent les dindons,

Avec les gardeurs de cochons.
Au bout de quelque tems qu'on la crût adoucie ,
Le mari la reprend. Eh bien ! qu'avez-vous fait ?
. Comment paffiez-vous votre vie ?

L'innocence des champs est-elle-votre fait ?

Aflez , dit-elle : mais ma peine
Etoit de voir les gens plus paresleux qu'ici :

Ils n'ont des troupeaux' nul souci.
Je leur savois bien dire ; & m'accirois la haine

De tous ces gens fi peu soigneux.
Eh, Madame , reprit son époux tout à l'heure,

Si votre esprit eft fi hargneux ,

Que le monde qui ne demeure
Qu'un moment avec vous, & ne revient qu'au soir,

Est déja lassé de vous voir ,
Que feront des valets qui toute la journée ,

Vous verront contre eux déchaînée ?

Et que pourra faire un époux, Que vous voulez qui foic jour & nuit avec vous ? Retournez au Village: adieu , si de ma vie

Je vous rappelle , & qu'il m'en prenne envie , Puislé-je chez les morts avoir , pour mes péchés ; Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés.

La Fontaine , Fablesa

MARIAGE.
Plus d'une fois je me suis étonné,
Que ce qui fait la paix du mariage ,
En est le point le moins considéré.
Lorsque l'on met une fille en ménage ,
Les pere & mere ont pour objet le bien ;
Tout le surplus , ils le comptent pour rien.

La Fontaine , Contesi

Je soutiens & dis hautement,
Que l'hymen est bon seulement
Pour les gens de cercaines classesa
Je le souffre en ceux du haut ranga

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