Images de page
PDF
ePub

VICTOIRE DE LOUIS XV, Cent connerres de bronze ont donné le fignal. D'un pas ferme & pressé, d'un front toujours égal, S'avance vers nos rangs la profonde colonne, Que la terreur devance & la flamme environne, Comme un nuage épais, qui sur l'aîle des vents, Porte l'éclair , la foudre , & la mort dans ses flancs. Dans un ordre effrayant trois attaques formées, Sur trois terrains divers engagent les armées. Le François dont Maurice a gouverné l'ardeur, A son poste attaché, joint l'art à la valeur, La mort sur les deux camps étend sa main cruelle, Tous les traits sont lancés, le sang coule autour d'elle. Que nos lauriers sanglans doivent coûter de pleurs Ils tombent ces Héros , ils combent ces vengeurs, Ils meurent, & nos jours sont heureux & tranquilles, La molle volupté , le luxe de nos Villes , Filent ces jours serains , ces jours que nous devons Au sang de nos guerriers , aux périls des Bourbons. Le feu qui se déploie , & qui dans son passage, S'anime en dévorant l'aliment de la rage, Les torrens débordés dans l'horreur des hyvers, ke flux impétueux des menaçantes mers, Ont un cours moins rapide , ont moins de violence Que l'épais bataillon qui.contre nous s'avance , Qui triomphe en marchant, qui le fer à la main, A travers les mourans s'ouvre un large chemin. Rien ne peut l'arrêter ; Mars pour lui se déclare. Le Roi voit le malheur, le brave & le répare. Que les François

sont grands quand leur Maître les guide! À la voix de Louis, courez , troupe intrépide. Ils l'aiment, ils vaincront., leur pere eft avec eux; Son courage n'est point cet instinct furieux Ce.courroux emporté, cette valeur commune ; Maître de son esprit , il l'eft de la fortune , Tome 11.

R

[ocr errors]
[ocr errors]

Rien ne trouble fes fens, rien n'éblouit ses yeux.
Il marche, il est semblable à ce Maître des Dieux,
Qui frappant les Titans , & tonnant sur leurs têtes ,
D'un front majestueux dirigeoit les tempêtes ;
Il marche, & fous ses coups la terre au loin mugit,
L'Escaut fuit, la mer gronde, & le ciel s'obscurcit.
Sur un nuage épais, que des antres de l'Ourse,
Les vents affreux du Nord apportent dans leur course,
Les vainqueurs de Valois descendent en courroux,
Cumberland , disent-ils , nous n'espérons qu'en vous;
Courage , rassemblez vos légions altiéres ,
Bataves , revenez , défendez vos barriéres ;
Anglois , vous que la paix sembloit seule allarmer,
Vengez-vous d'un Héros qui daigne encor l'aimer;
Ainsi

que ses bienfaits , craindrez-vous sa vaillance
Mais ils parlent en vain lorsque LOUIS s'avance ,
Leur génie est dompté, l'Anglois eft abattu ,
Et la férocité le cede à la vertu,

Voltaire , Poëme de Fontenoy.

V I E.

SI

I du Dieu qui nous fit, l'éternelle Puissance Eût à deux jours au plus borné notre existence , Il nous auroit fait grace, il faudroit consumer Ces deux jours de la vie à lui plaire , à l'aimer. Le tems est assez long pour quiconque en profice; Qui travaille & qui pense en étend la limite. On peut vivre beaucoup sans végéter long-tems,

Voltaire, Difc. V 1, de la nature de l'homme.

VIE TRANQUILLE. Tantôt, un livre en main errant dans les prairies, J'occupę ma raison d’utiles rêveries,

VICTOIRE DE LOUIS XV.
Cen

ENT tonnerres de bronze ont donné le signal.
D'un pas ferme & pressé, d'un front toujours égal,
S'avance vers nos rangs la profonde colonne,
Que la terreur devance & la fiamme environne,
Comme un nuage épais , qui sur l'aîle des vents,
Porte l'éclair, la foudre , & la mort dans ses flancs.
Dans un ordre effrayant trois attaques formées,
Sur crois terrains divers engagent les armées.
Le François dont Maurice a gouverné l'ardeur,
A son poste attaché, joint l'art à la valeur.
La mort sur les deux camps étend sa main cruelle,
Tous ses craits sont lancés, le sang coule autour d'elle.
Que nos lauriers sanglans doivent coûter de pleurs !
Ils tombent ces Héros , ils combent ces vengeurs,
Ils meurent, & nos jours sont heureux & tranquilles,
La molle volupté , le luxe de nos Villes ,
Filent ces jours serains ces jours que nous devons
Au sang de nos guerriers, aux périls des Bourbons.
Le feu qui se déploie , & qui dans son passage,
S'anime en dévorant l'aliment de la

rage,
Les torrens débordés dans l'horreur des hyvers,
Le flux impétueux des menaçantes mers,
Ont un cours moins rapide , ont moins de violence
Que l'épais bataillon qui contre nous s'avance ,
Qui criomphe en marchant , qui le fer à la main,
A travers les mourans s'ouvre un large chemin.
Rien ne peut l'arrêter; Mars pour lui se déclare.
Le Roi voit le malheur, le brave & le répare.
Que les François sont grands quand leur Maître les guide:
À la voix de LOUIS, courez , troupe intrépide.
Ils l'aimene , ils vaincront, leur pere est avec eux;
Son courage n'est point cet instinct furieux ,
Ce courroux emporté, cette valeur communs ;
Maître de son espric, il l'eft de fa fortune ,
Tome II,

R

1

1

Rien ne trouble fes fens , rien n'éblouit ses yeux.
Il marche, il est semblable à ce Maître des Dieux,
Qui frappant les Titans , & tonnant sur leurs têtes,
D'un front majestueux dirigeoit les tempêces;
Il marche, & sous ses coups la terre au loin mugit,
L'Escaut fuit, la mer gronde, & le ciel s'obscurcit.
Sur un nuage épais, que des antres de l'Ourse,
Les vents affreux du Nord apportent dans leur course,
Les vainqueurs de Valois descendent en courroux,
Cumberland , disent-ils , nous n'espérons qu'en vous ;
Courage , rassemblez vos légions alciéres ,
Bataves , revenez , défendez vos barriéres ;
Anglois , vous que la paix sembloit seule allarmer
Vengez-vous d'un Héros qui daigne encor l'aimer;
Ainti que ses bienfaits , craindrez-vous fa vaillance
Mais ils parlent en vain lorsque Louis s'avance
Leur génie est dompté, l'Anglois eft abattu ,
Et la férocité le cede à la vertu,

Voltaire , Poëme de Fontenoy.

V I E.

I Eùc à deux jours au plus borné notre existence , Il nous auroit fait grace, il faudroit consumer Ces deux jours de la vie à lui plaire , à l'aimer. Le tems est assez long pour quiconque en profite ; Qui travaille & qui pense en étend la limite. On peut vivre beaucoup sans végéter long.tems,

Voltaire , Difc. V I. de la nature de l'homme.

VIE TRANQUILLE. Tantôt, un livre en main errant dans les prairies, J'occupę ma raison d’utiles rêveries,

Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je construi,
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avoit fui.
Quelquefois à l'appât d'un hameçon perfide ,
J'amorce , en badinant , le poisson trop avide.
Ou d'un plomb qui suit l'ail, & part avec l'éclair ;
Je vais faire la guerre aux habitans de l'air ,
Une table , au retour , propre & non magnifique,
Nous présente un repas agréable & rustique.
O fortuné séjour ! Ô champs aimés des cieux.
Que pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde ,
Et connu de vous seuls oublier tout le monde.

Despréaux , Epître à M. de Lamoignon.

O RIVAGES chéris ! vallons aimés des cieux,
D'où jamais n'approcha la tristesle importune ,
Et dont le poflefleur tranquille & glorieux

Ne rougic point de la fortune.
Trop heureux qui du champ par ses peres

laifre Peut parcourir au loin les limites antiques ; Sans redouter les cris de l'orphelin chassé

Du sein de ses Dieux domestiques.
Sous des lambris dorés l'injuste ravisseur
Entretient le vautour dont il est la vi&ime.
Combien peu de mortels connoissent la douceur

D'un bonheur pur & légitime.
Jouissez en repos de ce bien fortuné.
Le calme & l'innocence y tiennent leur empire:
Et des soucis affreux le louffle empoisonné

N'y corrompt point l'air qu'on respire.
Pan, Diane, Apollon, les Faunes, les Sylvains
Peuplent ici vos bois , vos vergers, vos montagnes ,,

« PrécédentContinuer »