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L A C H S t ft. fH

drap mortuaire , & on le porta à I'Eglise , où les douzePrêtresl'envirannèrent, & lui chantèrent fur la tête, le pseaume : Deus JLaudem meamnetacueris, dans lequel font contenues plusieurs imprécation» contre les traîtres : ensuite on le laissa aller St survivre à son infamie: Essais historiques sur Paris.

Deschapelles, Capitaine auRégimentde Picardie, avoit, en 1536, rendu lâchement au Duc de Lorraine , Circle, prèsdeThionville; Louis XIII envoya un ordre au conseil de guerre , pour faire juger cet Officier. L'ordre étoit conçu en ces termes: « Je vous envoie Deschapelles, à Mézières, » où mon armée passe pour aller en Flandres. Com» me il est du tout nécessaire de faire un exemple » de l'action qu'il a commise, d'avoir rendu Cir« cle, sansy être forcé , je vous l'envoie afin que J, vous lui rafliez couper le cou, fur le pont de la « ville , & que toute l'armée , en passant pat-là , ,< voie son corps sor l'échafaud, & l'exécution qui 1, en aura été faite ». L'on assembla le conseil de guerre ; mais quand les informations furent lues , où l'Officier étoit assez convaincu de peur & de lâcheté , le conseil fit difficulté de le condamner à mort, disant que pour une lâcheté causée par la crainte & l'appréhenïìon,, on ne condamnoit pas un homme à mort; mais que pour l'ordinaire , on le dégradoit, & qu'on lui faisoit toutes les ignominies possibles. Les voix allèrent à cette simple condamnation ; mais le Maréchal de Brézé dit: La lettre do Roi porte en termes exprès, qu'on lut faste couper le cou ; pourquoi ne le jugez-vous pas suivant la lettre ? Le conseil répondit Monsieur, 1, nous jugeons selon nos consciences. La lettre du » Roi porte,ju'on lui fzjsecouper le cou,sur le pont » de Mè\icrts ; vous pouvez, Meilleurs les Géné9, raux, faire exécuter les ordres du Roi ; nous 5, avons ordonné au Prévôt de la Connétablie, d'y » tenir la main». Et cela fut exécuté : Mémoires dt Puysc'gur.

Lors de la bataille deThionville, en 1639, plu-
Tome II. , L

iaa L A C H E T É.

sieurs compagnies de chevaux - légers lâchèrent pied. DeMédavi qui s'étoit trouvé à cette action, écrivit an Ministre de France: « Nous avons perdu » peu de cavalerie par fa lâcheté , & beaucoup » d'infanterie par fa valeur ». Louis XIII fit demander au Marquis de Feuquères, les noms des plus coupables; mais ce Général, quoique mécontent d'une grande partie de son armée , ne voulut jamais accuser personne. II répondit- constamment: « Qu'ayant toujours combattu à la tête des trou» pes, il ne pouvoit pas rendre compte de ce qui n s'étoit passé derrière lui ». Cependant le Roi caliâ quelques-unes des troupes qui avoient mal fait leur devoir dans cette occasion importante : Relation de la Bataille de Thionville.

Le Prince d'Orange , qui, en 1673 ,n'avoit eu pour opposer aux Français, que des Officiers fansémulation , & des soldats fans courage , les avoit formés à force de rigueurs, en faisant passer par la main du bourreau , ceux qui avoient abandonné leur poste. Louis XIV employa aussi les mêmes châtiments ,1a première fois qu'il perdit une place. Un très-brave Officier, nommé Dupas , rendit Raerden au Prince d'Orange. II ne tint, à la vérité , pas quatre jours; mais il ne revint à la ville , qu'après un combat de cinq heures, donné sur de mauvais ouvrages, & pour éviter un assaut général , qu'une garnison foible & rebutée n'auroit point soutenu. Le Roi irrité du premier affront qu'essuyoient ses armes, fit condamner Dupas à être traîné dans Utrecht, une pelle à la main, & son épée sut rompue : ignominie inutile pour lesOfficiers Français, qui sont assez sensibles à la gloire, pour qu'on ne les gouverne point par la crainte de la honte. II faut savoir qu'à la vérité les provisions des Commandants des places les obligent à soutenir trois assauts; mais ce font de ces loix qui ne sont jaunis exécutées. Dupas fe fit tuer un an après, au siége de la petite ville de Grave , où on lui avoit obtenu la permission de servir volontaire. L A C H E T í. I5.J

Son courage & sa mort durent laisser des regrets au Marquis de Louvois , qui l'avoit fait punir si durement. La souveraine puissance peut maltraiter un brave homme: majs non pas le déshonorer: Siècle de Louis XIV.

En 1693, le Gouverneur de Heidelberg n'ayant pas fait toute la resistance possible contre l'armée Française,commandée par le Maréchal da Lorge, le Prince Louis de Bade le fit arrêter, & son procès lui fut fait par le conseil de guerre. II fut condamné à être dégradé de noblesse, &de l'ordre Teutonique dont il étoit revêtu ; à être ensuite chassé de la maison de cet Ordre qui est à Heilbrun, \ coups de pedsau cul, par le plus jeune des Chevaliers ; à être mené fur un chariot, avec le bourreau à son côté, au travers de l'armée Impériale, & à avoir la tête tranchée. Cependant on lui fit grace de la vie; maisl'exécuteur lui ôta fur l'éehafaud, l'épée dont on l'avoit ceint, la mit en pièces , 8C lui en frappa plusieurs fois le visige : Histoire d'Allemagne.

La veil/e d'une bataille,unOfficier vint demander au Maréchal de Toiras , la permission d'aller voir son père qui étoit à l'extrémité, pour lui rendre ses soins , & recevoir fa bénédiction. Alle\ t lui dit ce Général , qui démêla fort aisément la cause dp cette retraite, père & mère honoreras , afin que tu vives longuement: Vie du Maréchal de Tairas,

LAZZI.

E mot, empruntédel'Italien, désigne des moavements, des jeux de théatre, des plaisanteries particulières aux bouffons Italiens.

Mézetin, ancien personnage de la Comédie Italienne , est supposé venir sur le théatre , cachant quelque chose sous son ruanreau. Arlequin lui

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dtmande, que portes-tu? Un poignard, dit Mézetin. Arlequin cherche, & voit que c'est une bouteille ; i! la boit, & la rend ensuite à Mézetin, en lui disant : Je fais grace du fourreau.

Scaramouche, rendant visite ì Arlequin, apperçoit un fromage dans la bibliothèque. Prête-moi

cfi livre, lui dit—il. Non, répond Arlequin ,

c'est un original, & tu fais que les originaux ne sortent jamais des bibliothèques.

Madame de Sévigné , dans une de ses lettres , écrit à fa fille : « Oncomptoithieraufoir, à table, ,i qu'Arlequin , l'autre jour, à Paris, portoit une si grosse pierre sous son petit manteau ; on lui Ji demandoitee qu'il vouloit faire de cette pierre, » il dit que c'étoit un échantillon d'une maison J, qu'il vouloit vendre : cela rue fit rire; je jurai » que je vous le manderois. Si vous croyez , ma » fille , cette invention bonne pour vendre votre si terre, vous pourrez vous en servir. »

Jlj A multiplicité des loix est le signe non équivoque d'une foible législation. Un législateur , sst-ildit dans un apologue Oriental, voulut f-.ire prendre une fòrme nouvelle à un Etat. Four le tirer plus promptement de la crise dou'oureijse où il étoit, il multiplia les loix. Dans ces entrefaites , il tomba malade ; son Médecin lui ordonna différents remèdes à-Ia-fois. Pourquoi une si grande quantité, lui dit le malade?— C'est pour

rétablir votre santé plus promptement. Mais,

parmi ces remèdes , reprend le malade , les uns empêcheront l'efsec que pourroient opérer les autres. ;—Pardonnez, répond le Médecin, je crois qu'en effet j'ai tort; mais c'est que je voulois traiter votre maladie ,]comme vous traitez ceile de

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l'Etat.

Libéralité. Iij

LIBÉRALITÉ.

Cktte qualité de cœur, qui a sa source dans la bienveillance , nous porte à faire part aux hommes, de nos propres biens.

Le Cardinal d'Est avoit un jour invité le Cardinal de Médicis , à souper chez lui; après le repas, ils se mirent à jouer à la prime, où il s'agissoic d'un reste de dix mille écus. Le Cardinal deMédicis eut prime , & le Cardinal d'Est eut cinquantecinq; mais ne voulant pas s'en servir,il le cacha, & jetta ses cartes. Après le jeu, un Gentilhomme desa fuite lui représentant que le Cardinal de Médicis avoit perdu : je le savois bien , répondit-il, mais je ne l'avois pas invité chez moi pour lui gagner son argent : Brantôme.

Un bourgeois de Prague prêta cent mille ducats à Charles IV , qui lui en fit son billet. Le lendemain il invita cet Empereur à dîner avec plusieurs Seigneurs. Quand on fut au dessert, il fit apporter le billet de l'Empereur, dans un bassin d'or; & lui dit : i< Sire , les autres mets ont été communs à "toute la compagnie, celui-ci sera pour votre "Majesté. Je la supplie d'accepter cette obliga"tion: J, Pogge.

Les Fuggers, fameux négociants d'Ausoourg, ne montrèrent pas moins de libéralité envers Charles-Quint. Cet Empereur leur avoit fait l'honneur deloger chez eux, à son retour d'Afrique. Les Fuggers, pleins de reconnoissance pour cet acte de bonté , firent apporter dans la cheminée où le Prince se chauffoit, un fagot de cannelle, &y mirent le feu, avec une obligation qu'ils avoient de l'Empereur, d'une somme considérable.

Tlenri de Lorraine, Duc de Guise , surnommé JeBilafré, avoit gagné au jeu, cent mille livres à M. d'O, Surintendant des Finances, qui, le lende

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