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Il6 JLlBÊRALITg.

main lui envoya soixante-dix mille livres en argent , & dix mille écus en or, renfermés dans urt sac de cuir. Le Duc croyant que ce sac ne contencit que de l'argent blanc, le donna par gratification, au commis nommé Lavienne qui lui porta la lòmme. Ce commis qui ignoroit lui-même ce que ce sac pouvoit contenir , n'osa le resuser; mais quand de retour à l'hôtel d'O,il l'eut examiné, il jugea la libéralité fi extraordinaire, que ne doutant pas que le Duc ne se fût mépris, il lui reporta la somme sur-le-champ. Mais le Duc la resusa en Jui disant : « PuisrIue la sortune vous a été fi faw vorable, cherchez un autre que le Duc de Guise »pour vous envier votre bonheur. »

Un Gentilhomme qui devoit une somme considérable au Comte de Soissons, vint le trouver , & Je pria de lui remettre la moitié de cette somme. Cette moitié n'est plus à moi, lui dit le Prince, dès que vous avez pris la peine de la venir demander; mais puisque vous me laissez la disposition de l'autre , trouvez bon que je vous la donne.

Clnrles II, Roi d'Espagne, étant fort jeune, 8c faisant à pied, les stations du Jubilé , trouva un . pauvre sur son passage, auquel il jetta une croix de diamants, qu'il avoit devant lui, fans que personne s'en apperçût. Quand il sut à l'Eglise, ses courtisans ayant pris garde qu'il n'avoir plus la croix , dirent qu'on avoit volé le Roi. le pauvre qui suivoit, s'écria à l'instant : Voilà la croix du Roi, c'est Sa Majesté qui me l'a donnée :1e Roi l'avoua. On ne jugea pas à-propos de laisser au pauvre, cette croix qui étoit de pierreries de la couronne; il sut décidé dans le conseil, que de quelque manière que le Roi fît ses dons , ils devoient être sacrés. En,conséquence la croix ayant été estimée douze mille écus, on les donna au pauvre: Lettres de Boursault.

L'illustre Maupertuis, qui accompagnoitle Roi de Prusse à la guerre, sut fait prisonnier à la bataille de Molwitz, Si conduit à Vienne. Le grand

Lìttkl\irtf 117 Duc de Toscane, depuis Empereur, voulut voirun homme qui avoit une fi grande réputation. II le traita avec estime , & lui demanda s'il ne regrettoit pas quelqu'un des effets que les hussards lui avoient enlevés. Maupertuis, après s'être fait long-temps presser , avoua qu'il auroit voulu sauver une excellente montre de Greham , dont il se servoit pour ses observations astronomiques. Le . grand Duc, qui en avoit une du même horloger, mais enrichie de diamants, dit au mathématicien Français: C'est une plaisanterie que les hussards ont voulu vous faire; ils m'ont rapporté votre montre; la voilà, je vous la rends.

Un sape étoit interrogé pour savoir si la force étoit préférable à la iibéralité. II décida pour la dernière, en disant: «Celui qui est libérai n'a pas - M besoin de force ; une main pleine d'or , vaut » mieux qu'un bras robuste : » Sadi.

La libéralité, cette qualité estimable dans un particulier, est souvent un défaut dans un Souverain. Le Roi de Prusse n'étant encore que Prince Royal , avoit comblé de présents, une actrice célèbre: il la récompensa beaucoup moins lorsqu'il fut Roi. Cette actrice ayant osé s'en plaindre à lui même, il lui répondit: « Autrefois je donnois » mon argent, aujourd'hui je donnercis celui de J, mes su'ets. »

La libéralité est une vertu,lorsqu'elle a pour objet de soulager les malheureux. Sous le règne de Henri III, Roi de France, un Juif très-riche étant mort fans laisser d'héritiers , ce Prince fit présent de vingt-cinq mille écus de cette aubaine à Géoffroi Camus de Poncarr'é. Ce généreux citoyen les distribua aussi-tôt à trois négociants associés, qu'un incendie venoit de ruiner.

Une femme fort pauvre, mais qui avoit la confolation d'avoir une fille aimable, & dont les graces modestes annonçoient la sagesse , se présenta avec cette jeune personne à l'audience du célèbre Cardinal Farnèfe. Elle lui exposa qu'elle étoit sur 39,8 l I 1 I X T t.

le point d'être renvoyée avec sa fille , d'un petit appartement qu'elles occupoient chez un homme fort riche , parce qu'elles ne pouvoient lui payer cinq sequins qui lui étoien: dûs. Le ton d'honnêtetéavec lequel elle faisoit connoître son malheur, fit aisément comprendre au Cardinal, qu'elle n'y étoit tombée, que parce que la vertu lui étoit plus chère que les richesses. II écrit un mandat, & la chargea de le porter à son Intendant. Celui-ci, après l'avoir ouvert,compta sur-le-champ cinquante sequins. Monsieur,lui dit cette femme , je ne demandois pas tant à Monseigneur , & certainement il s'est trompé. 11 fallut, pour faire cesser la contestation ,que l'Intendant allât lui-même parler au Cardinal. Son Eminence, en reprenant son mandat , dit aux deux personnes qui étoient présentes: Vous avez tous raison , je m'etois trompé; le procédé de Madame le prouve, & au lieu de cinquante sequins, il en écrivit cinq-cents,qu'il engagea la vertueuse mère d'accepter pour marier sa fille.

LIBERTÉ.

T"14 liberté consiste à n'obéir qu'aux loix. Ilenest de la liberté, a dit un sage, comme de l'innocence & de la vertu , dont on ne sent le prix qu'autant qu'on en jouit soi-même, & dont le goût se perd sitôt qu'on les a perdues. Je connois les délices de ton pays, disoit Brasidasà un Satrape . qui comparoit lavie deSparteà celle de Persépolis; mais tu ne peux connoître les plaisirs du mien.

Un Lacédémonien interrogé fur ce qu'il favoit; être libre, dit-il.

L'histoire ancienne est remplie d'actions les plus courageuses, produites p3runvifamour de la liberté. L'histoire moderne nous en offre quelques-unes qui peuventleur être comparées. Philippe H, avoit en 1574, fait investir la ville de Leyde, pour ta

Liberté. Ií^ soumettre au joug Espagnol. Les assiégeants, instruits qu'il n'y avoit point de garnison dans la ville, y jettèrent des lettres pour engager les habitants à se rendre. On leur répondit, du haut des murailles , qu'on savoit que le dessein des Espagnols étoit de réduire la place par la famine;mais qu'ils ne devoient pas compter tout le temps qu'ils entendront les chiens aboyer ; que, lorsque ce secours & toute autre espèce d'aliment manqueront, on mangera le bras gauche,tandis qu'on se servira du droit pour se défendre; que privé enfin de tout, on se résoudra plutôt a mourir de fairri qu'à tomber entre les mains d'un ennemi barbare. Áprès cette déclaration, on fit une monnoie de papier avec cette inscription : Pour la liberté. Ce papier sut, après le siége, fidellement converti en monnoie d'argent :De Thou.

On fait que pour la proclamation d'un Roi de Pologne , il saur un consentement général. Lors du couronnement de Ladiflas , frère aîné du Roi Casimir, le Primat ayant demandé à la noblesse fi elle agréoit ce Prince, un simple gentilhomme répondit que non. On lui demanda quel reproche il avoit à faire à Ladiflas : Aucun, répondit-il, mais je ne veux point qu'il soit Roi. II tint ee langage pendant plus d'une heure , & suspendit la proclamation. Enfin, il se jettaaux pieds du Roi, & dit qu'il vouloit voir fi fa nation étoit encore libre; qu'il étoit content, & qu'il donnoitsa voix à Sa Majesté : Mémoires & Anecdotes pour servir à l'Hifloire de Pologne.

Dans une ville prise d'assaut, un pauvre aveugle profitant de la consusion du carnage, alla se cacher dans un puits : il y sut découvert quelque temps après; & il répondit à ceux qui lui deroandoient comment il avoit pu descendre: Les aveugles ne voient que le chemin de la liberté. On la lui rendit, pour récompenser ce bon mot.

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I 'E Limosin ,né au milieu d'un pays peu fertile, est exercé de bonne-heure à une vie dure & frugale. Un Limosin, Maître Maçon, voyoit son petit Manœuvre tremper un morceau de pain trop sec dans un seau de mortier pour l'attendrir :Ft qu'estce donc, s'écria-t-il , Lionard, je crois que ttr donnes dans la friandise.

Des Limosms fort simples, & qui croyoient que rien n'étoit impossible au saint Siége, demandoient à un Pape, qui étoit de leur nation, qu'il leur accordât deux récoltes de bled dans une année. Je le veux bien, répondit le Pape; mais vos années auront dorénavant vingt-quatre mois.

\J Ne loi souvent ne paroît juste, que parce qu'on ne se l'est pas représentée sous toutes les faces possibles. C'est ce qu'on a tâché de faire comprendre par cet apologue oriental. Nandiskar étoit borgne & légiflateur; il avoit assemblé les vieillards de fa nation pour leur faire jurer, au nom de la République, de ne jamais rien changer à ses loix. Nantéou , lui seul, s'y opposoit; mais Nandiskar se défendit si adroitement, qu'il aigrit tous les esprits contre Nantéou. Celui-ci, désespérant de ramener ses compatriotes par des discours, s'approcha de Nandiskar, & lui dit : Tu veux que tes loix soient strictement observées , le peuple y consent; & moi, je demande à être puni suivant tes loix. En proférant ces dernières paroles.il lui creva , d'un coup de poing, l'œil qui lui restoit. Nandiskar avoit fait une loi conçue en

LOI.

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