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146 Mépris De Ea Mort.

Les papiers Anglais de l'année 1761, font mention d'un fait à-peu-près semblable, Jean Brulement, né dans 1 Amérique septentrionale, avoit d'abord été Orfèvre à Philadelphie. II quitta sà profession pour se mettre dans le service, & il sut Officier dans le Régiment Royal Américain. Ayant été ensuite soupçonné de faire ou débiter de la fausse monnoie , on le renvoya. II revint à Philadelphie. Une sombre mélancolie s'empara de lui; la vie lui devint insupportable ; mais le suicide l'épouvantoit. La peur de l'enfer l'empêcha d'atten-r ter sur lui-même,& il crut qu'il seroit plus sûr de commettre quelque crime qui méritât la mort, parce qu'il auroit encore le temps de se repentir & àe se sauver. Dans cette idée, ii prit un susil, qu'il chargea de deux balles , & demanda à son hôte s'ilVouloit chasser avec lui; cet homme ayant refusé la proposition, échappa à la mort que Brulement lui destinoit. Celui-ci sortit donc seul: il rencontra dans son chemin, un homme qu'il sut surie point d'assassiner ; mais il le laissa passer , parce qu'il fit réflexion qu'il n'y avoit point de témoins qui pussent attester le fait. II entra dans une maison de jeux, où l'on faisoit une partie de billard; ïl causa avec ceux qui se trouvoient dans la chambre, & montra beaucoup de gaieté & de bonne humeur. Un des joueurs nommé M. Seuil, ayant fait un fort beau coup, Brulement lui dit : f, Monsieur, » vous me paroissez un beau joueur, je veux vous » faire voir aussi un beau coup de ma façon ,j. En même-temps ce malheureux ajuste son fusil , faitpasserlesdeuxballes dans lecorps deM.SculI, Alors Brulement s'approche tranquil lementdu blet sé , qui ne perdit connoissance , & n'expira que quelques heures après, & lui dit; K Monsieur vje n vous assure que je ne vous en veux aucunement; » vous ne m'avez jamais offensé, je ne vous avois » même jamais vu : mais j'ai pris le parti de tuer »un homme pour me faire pendre. Je suis fâché » que le sort soit tombé fur vous, & je vous plains,

Mépris De Ia Mort. Ï47 j, csr vous me paroissez un jeune-homme fort ai«, mable ». Seuil eut le temps de faire son testament ; il pardonna à son meurtrier, & demanda même sa grace. Mais Brulement aimoit mieux la mort; il se laissa prendre sans résistance: il avoua froidement son crime, & le motif qui le lui avoic fait commettre : on le condamna à être pendu. II reçut sa sentence comme le terme de ses ennuis j -& sut exécuté peu de temps après.

Brantome raconte ainsi la mort de Mademoiselle de Limeuil, fille d'honneur de la Reine Catherine de Médicis. Elle avoit déshonoré fa naissance, pat une vie libertine. Quand l'heure de fa mort fut proche, elle fit venir son valet qui s'appelloit Julien , & qui savoit très-bien jouer du violon : « Ju» lien » lui dit-elle« prenez votre violon, & son» nez-moi toujours, jusqu'à ce que vous me voyiez » morte, la défaite des Suisses, & le mieux que » vous pourrez ; & quand vous ferez sur le mot; » Tout est perdu, sonnez quatre ou cinq fois le » plus piteusement que vous pourrez : ce que fit » l'autre; & elle-même lui aidoit de la voix: & » quand ce vint; Tout est perdu, elle réitéra par » deux;sois , & se tournant de l'autre côté de son » chevet, elle dit à ses compagnes : Toutestperdu. n à ce coup & à bon escient ». lit ainsi décéda.

Un Picard étant à l'échelle, pour être pendu, on lui présenta une femme de mauvaises mœurs , qu'on lui proposa d'épouser , s'il vouloit sauver sa vie, comme c'est la coutume en quelques endroits. II la regarda quelque-tempsi & ayant remarqué qu'elle boitoit: elle boite, dit-ilau bourreau ; attache , attache: Montagne.

En 1686, un paysan de Crossen, en Allemagne , condamné à avoir le cou coupé, aima mieux mourir sur l'écba&ud , que d'avoir l'obligation de la vie à sa femme qui avoit obtenu sa grace , $C qui la lui fai soit offrir : Journal des Savants.

Un Confesseur exhortoit un mourant, de se recommander à son Patron, & lui disoit qu'il alloic

N a

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bientôt paroître devant Dieu. Puisque cela est ainsi, répondit le mourant, il vaut donc mieux que je porte mes recommandations mor-même.

Un Lieutenant de Milice avoit été condamné.en Angleterre, à être mis à mort pour crime de faux. Ce malheureux eut l'insolence d'envoyer, la veille qu'il devoit être exécuté , des billets à plusieurs Officiers de la Milice de Midlesex, avec cette adresse : « Le Lieutenant Campbell siit bien des j, compliments à M.**'; it l'invite à venir pren» dr e une tasse de chocolat chez lui, demainauma» tin, Si à lui faire l'honneur de l'accompagner à ji pied jusqu'à Tiburn, pour assister à la cérémo» nie de son exécution »: Papiers Anglais de J761.

Les mêmes papiers font mention d'un voleur de grand chemin, nommé Jean Johnson , qui fut condamné à la mort,aux attises de Kingsthon.On follicita sa grace auprès du Roi, qui l'accorda, à condition que Johnson serviroit dans ses armées. Le geolier alla annoncer à ce malheureux, la grace que le Roi venoit de lui accorder. Mais Johnson répondit qu'il ne l'accer-eroit pas, & qu'il aimott mieux être pendu , que d'être soldat.,

MILITAIRE^

SI vous voulez procurer à la patrie, de bons défenseurs, a àhVAmides Hommes, n'avilissez point les gens de guerre. Les Suédois ayant, en 1741, déclaré la guerre à la Ruflie, on proposa; , dans ï'assemblée des Etats, de condamner les contrebandiers à être enrôlés pour toute la vie. Et que deviendra la dignité du nom Soldat, dit un député de l'ordre des paysans? Ce mot plein d'élévation, arrêta la promulgation de la loi : L'Ami des hommes.

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V^/N a lu dans l'Histoire ancienne, différents traits de Timon , Athénien, surnommé le Misanthrope , parce qu'il haïssoit tous les hommes. II aimoit cependant le jeune Alcibiade; & comme on lui en demandoit la raison : « C'est » réponditìl « parce que je prévois que son ambition causera » la ruine des Athéniens ». II parut un jour, contre fon ordinaire, dansl'assembléedu peuple, auquel il dit à haute voix : « Qu'il avoit un figuier ad» quel plusieurs s'étoient déjà pendus ; qu'il vou« loit le couper pour bâtir en fa place; & qu'il ,, leur donnoit avis que s'il y avoit quelqu'un par» mi eux qui voulût s'y pendre , il eût à se dépêji cher promptement ». Cette espèce de fou avoit composé son épitaphe, où il faisoii des imprécations contre ceux qui la liroient.

Callimaque deCyrène, PoëteGrec, a composé une épigramme où il fait dire à Timon : « C'est » dans ces lieux, que.poor me dérober au commer* » ce des humains, j'ai choisi mon habitation : qui » que tu sois, passe; accable-moi, si tu veux,d'in» vectives & d'imprécations, mais passe. »

Le Maréchal d'Huxel les, dont le caractère droit & franc passoit poùr misanthropie auprès de plusieurs personnes, étoit raillé fur son célibat. « Je » n'ai point » répondit-il « encore trouvé de fem» me dont je voulusse être le mari , ni d'homme, n dont je voulusse être le père. »

KJ N Philosophe voyant un Athénien qui, dans Uri mouvement de colère , maltraitoit son escla

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MODÉRATION.

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IJO Modìratiobv ve: " Voilà » dit-il « un esclave qui en frappe cn n autre ». Parole sensée, qui nous fait comprendre le prix d'une ame qui fait se posséder.

Une femme vint un jour à l'audience du Chancelier de Sillery, & s'oublia assez pour lui reprocher en des termes outrageants, la perte d'un procès qui l'intéressoit. Le Chancelier se contenta, pour toute vengeance , de demander, sanss'émouvoir , à l'homme qui l'accompagnoit, fi elle étoit fa femme. Et comme ce mari lui eut répondu que oui : « En vérité, lui repartit le Chancelier, je ìì vous plains bien ; ramenez-la chez vous. »

Une Pimbêche d'importance qui avoit un procès, étoit venu solliciter en sa faveur , un premier Président de Cour souveraine. Comme ce Magistrat ne lui avoit pas fait l'accueil qu'elle ercyoit lui être diì, elle dit en passant dans l'antichambre.mais assez haut pour être entendue du PréCdent: Peflesoit du vieux finge ! Le lendemain néanmoins i'affairí fut appellée,& cette Dame gagna son, procès. Elle courut aussi-tôt remercier le Président, qui, pour toute vengeance, se contenta de lui dire: « Sachez, Madame, une autre fois , qu'un vieux s, singe est toujours disposé à faire plaisir aux gue3, nons ». Ce mot a été attribué à M. de Harlay.

Ce même Magistrat reconduisoit une femme de condition, qui, ne sachant point en être si proche, j,rommeloit quelques injures. Maisl'ayantauffitôt apperçu: Ah! Monsieur , lui dit-elle, vous êtes là? ic Madame » lui répondit le Magistrat «vousdi9j tes de si belles choses, qu'on ne sauroit vous quitj> ter ». Et il l'accompagna jusqu'à son carrosse.

Quelqu'un vint avertir le Tasse, célèbre poe'te Italien , qu'il seprésentoit une occasion favorable de se venger d'un homme, qui, par envie & par jalousie , lui avoit rendu mille mauvais services. Ce n'est pas la vie ou l'honneur, répondit le Tasse, que je desire ôter à cet envieux, c'est seulement f3 mauvaise volonté.

Hussein, fils d'Ali VI, Calife des Musulmans

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