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Musique , Musiciens. ï6i tes Français ont disputé aux Italiens le prix de la fnélodie. La préférence que toutes les nations accordent à la mélodie Italienne, semble avoir décidé le différend. On peut encore se convaincre de la supériorité des Italiens à cet égard, en observant les diverses impressions que font sur une oreille neuve,.les champs Français & Italiens. C'est ce qu'a fait M. Rousseau : J'ai, dit-il, vu à Venise un Arménien, homme d'esprit, qui n'avoit jamais entendu de musique , & devant lequel on exécuta dans le même concert, un monologue Français qui commence par ce Vers:

Temple sacré, séjour tranquille; Et un air de Galuppi, qui commence par celui-ci:

Vonche languite lenza speranza. L'un & l'autre surent chantés médiocrement pouc le Français, & mal pour l'Italien, par un homme accoutumé seulement à la musique Française, Sc alors très-enthousiaste de celle de Rameau. Je remarquai dans l'Armenien, durant tout le chanc Français, plus de surprise que de plaisir; mais tout le monde observa,, dès les premières mesures de l'air Italien , que son visage & ses yeux s'adoucisfoient: il étoit enchanté , il prêtoit son ame aux impressions de la musique; & quoiqu'il entendit peu la langue, les simples sons lui causoient un ravissement sensible. Dès ce moment on ne put lui faire écouter aucun air Français.

Les Italiens font exécuter leur musique pardes Castrâtes. Un Français avouoit qu'il ne pouvoit s'accoutumer 1 ces voix, & qu'il lui sembloit toujours qu'il y manquoit quelque chose. C'est aufli cequevouloit dire une petite fille qui venoit d'entendre Carìstìnì. On louoit beaucoup ce chanteur: Oui, disoit-elle , il a une jolie voix , mais il me semble pourtant qu'ily manque quelque chose.

Un Castrate en Italie , qui a une belle voix , peut se flatter d'une fortune considérable. Le célèbre Farmelli, revenant de Madrid, où sa voix lui Tome U, O

î6a N A ï v E T í.

avoit procuré la fortune la plus brillante, faifosr à Benoît XIVle détail des biens, des emplois, des honneurs dont il avoit été comblé , c'est-à-dire r lui dit le Pape , lorsqu'il eut fini, que vous avez trouvé là, ce que vous aviez laissé ici.

NAÏVETÉ.

Ij A naïveté est I'exprelfion de la franchise,de Iz liberté , de la simplicité ou de l'ignorance , souvent de tout cela à la fois. On rit d'une naïveté comme l'on rit d'un ridicule que l'on apperçoit dans un autre, & dont l'on se croit soi-même exempt. Quelquefois aussi la naïveté excite les ris par les équivoques qu'elle fait naître: Voye\ Enfants , Paysans,

Un Fermier général avoit à son carrosse deux chevaux gris pommelés, les plus beaux & les mieux choisis que l'on pût voir. En ayant perdu un , il envoya son cocher chez tous les maquignonsde Paris pour lui en acheterun autre semblable , à quelque prix que ce fût. Le 'cocher de retour: Hé bien! lui dit son maître , aussi-tôt qu'il l'apperçut, a s-tu réussi ? Oui, Monfieur, lui ré» pondit le cocher; j'ai trouvé votre pareiL

Le Roi montrant un cheval à M. le GrandPrieur , & lui demandant ce qu'il en pensoit, lut dit: On veut me le vendre pour Turc, & je vous prie , vous qui vous y connoissez, de m'en dire votre sentiment. Ah! Sire, répondit le GrandPrieur , il est chrétien comme vous & moi : Le moyen Je parvenir.

Ún homme fort simple venoit d'acheter une charge d'Auditeur des comptes. II fut au sermon , . - & à chaque fois que le prédicateur disoit, mon cher auditeur, il prenoit cela pour lui, se levoit & faisoit une inclination.

Un Officier devenu borgne à la guerre, portoifc N A ï V E t t. léì

un œil de verre, qu'il avoit soin d'ôter lorsqu'il se couchoit. Se trouvant dans une auberge , il appelle la servante , & lui donne cet œil pour qu'elle, le pose sur une table. Cependant la servante ne bougeoit pas. L'Ofîìcier perdant patience, lui dit: Eh bien ! qu'attends-tu là? J'attends , Monsieur , que vous me donniez l'autre.

Un bourgeois qui étoit à fa maison de campagne, se promenoir dans son jadin, pendant l'ardeur du soleil. Son jardinier qui ne l'attendoit pas st-tòt, s'étoit endormi sous des arbres fruitiers. II va le trouver , tout en colère: Comment, coquin! lui crie-t-il, tu dcrs au lieu de travailler; tu n'es pas digne que le soleil t'éclaire. C'est aussi pouc cette raison , lui dit le jardinier, en se frottant les yeux , que je me fuis mis à l'ombre.

Une Dame de la Cour savoit que M. de L.***. étoit impuissant, & ne le connoissoit pas de vue: c'étoit un fort bel homme. L'ayant rencontré dans unemaisonétrangère, elledemanda qui c'étoit.Oo lui dit: C'est le marquis de L.*** Ah! dit-elle, qui n'y seroit attrapé?

Un Seigneur Allemand rendoit des visites trèsfréquentes à une Demoiselle. La mère de cettejeune personne , qui craigooic que l'on en médît, demanda un jour à ce Seigneur sur quel pied il la voyoit. Est-ce pour mariage ou pour autrement? L'Allemand lui répondit assez ingénument : C'est pour autrement.

Un père avoit ses raisons pour ne pas exagérer devant fa fille le bonheur du mariage. Celle qui prend mar i , lui disoit-il, fait bien; mais fait mieux celle quin'enprend pas. Mon père, répondit la doucette , faisons bien, fera mieux qui pourra.

La grande raison , sans dot, avoit déterminé Harpagon à livrer sa fille entre les mains d'ua vieux penard. La timide Àgnès, victime de fa famille, étoit menée à l'Eglife. Lorsquele Prêtre eut fait prononcer le fatal oui à l'époux^, il demanda 164 N A ï V E t i.

également le consentement de U pauvre filse. Homme de bien, lui répondit-elle en soupirant, vous êtes encore le premier qui, dans tout ceci, m'ayiez consultée.

Une Princesse de grande vertu, &' qui éroitdemeurée fille toute sa vie , perdit la vue sur le retour de son âge. Comme elle étoit en cet état, un pauvre aveugle sut conduit à la portière de son carrosse & lui dit : Ma bonne Dame, ayez pitié d'un pauvre homme qui a perdu les joies de ce monde. La Princesse demanda aussi-tôtà une de ses femmes: Qu'a donc cet homme, est ce qu'il est eunuque P Non, ma Princesse, lui répondit cette femme, c'est qu'il est aveugle. Hélas , le pauvre homme , il a raison , réplìqua-t-elle , & je n'y songeois pas.

Un Duc ayant eu quelque dispute pour le pas, avecun Maréchal de France : je ne comprends pas, dit-il, fur quoi il peut fonder fa prétention, car, il ne doit pas ignorer qu'au sacre du Roi, qui est la plus grande de toutes les cérémonies, & dans les séances du Parlement, nos rangs sont réglés , & les Maréchaux n'ont rien à disputer; il est vrai qu'ils nous commandent à l'armée, mais aussi, ajouta-t-il , je ne m'y trouve jamais.

De jeunes Seigneurs s'entretenoient des affaires de leurs maisons , & des gages qu'ils donnoientà Jeurs domestiques , & fur-tout à leurs maîtres d'hôtel. Un d'er tr'eux dît, qu'il donnoit cent pistoles au fen ; un autre déclara qu'il en donnoit deux-cents; éV rroi, dit un de ces Messieurs , je renchéris pardessus vous tous, car je donne quatre mille frai es au mien. Cela est exorbitant, dirent les autres , 6V jamais on n'a tant donné à un mai re d'hô'el. Quelqu'un de la compagnie s'avise de lui demander: Mais, le payez-vous? Oh! lion, dit-il.

_ Une grofle fille , forte & jouflue , aceufoit un vieux Médecin de l'avoir prise par force , & demandoit qu'il fût condamré à l'épouser, finon, à lui payer une somme considérable, Comment, lui M A î V K T I. lés

dit le Juge , étant vigoureuse comme vous êtes , avez - vous permis qu'il s'approchât de vous , N'aviez-vous pas assez de force pour vous défendre? « Ah ! Monsieur » répondit-elle « j'ai de la n force quand je querelle , mais je n'en ai point » quand je ris. ,r

Un homme voulant accoutumer son cheval à ne point manger , ne lui donna plus ni foin , ni avoine: le cheval mourut. Que je suis mal h eu» reux ! dit cet homme, j'ai perdu mon cheval dans le remps qu'il s'accoutumoit à ne plus manger.

Un Financier , qui avoit été prié à un bar, de-, manda en sortant, un surtout d'hiver qu'il avoir laissé dans l'antichambre. On lui dit que quelqu'unr venoit de s'en servir pour aller dehors , & qu'if alloit le rapporter. On lui nomma un cerraih d'Olignic ou d'Olignac. Le Financier aussi-tôt, entendant ce nom Auvergnac , dit, en branlant la tête: En vain j'attendrai ici ; d'abord qu'il y a du gni* ou du gnac, je tiens mon surtout perdu.

Une bonne femme, après avoir fait fa prière devant un St Michel, prit deux petits cierges, Sc attacha l'un i l'rmage de St Michel , & l'autre il celle du diable, qui est représenté sous ses pieds. Le Curé , qui passoit, lui dit: th f que faitesvous, bonne femme? Ne voyez-vous pas que c'est le diable à qui vcus offrez cette bcugie? Monsieur le Curé, rép!iqua-t-elle , on m'a toujours dit qu'il étoit bon d'avoir des amis par-tout : on ne fait où l'on peut alfer.

Un Archevêque de Milan baptisoit un enfant du Vice-Roi ; mais il étoit si ptu accoutumé aux fonctions de son ministère, qu'on voyoit l'eau lut dégoutter du visage. II avoir devant lui le rituel qu'il récitoir mot à mot. A la fin , débarrassé de cette pénible fonction : Eh! bon Dieu, dit-il, ets soupirant, qu'il en coûte quand il faut parler en public!

Un Poëte , ou un pauvre diab!e qui se donnoit pour cel | avoit présenté un sonnet de sa compo

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