Images de page
PDF

176 Oracles.

Les oracles, chez les anciens, étoientnn moyen de plus de persuader le peuple, toujours attaché â ce qui lui parolBnierveilIeux. Périclès, Alexandre, César, & d'autres personnages illustres, savoient les faire parler, ou les interpréter en leur faveur , lorsqu'il le falloir. Alexandre étoir allé à Delphes pourconfblter le Dieu ; & la Prétresse qui prétendoit qu'il n'étoit point alors permis de l'interroger, ne vouloit point entrer dans le temple. AIexanj dre qui étoit brusque, la prit ausfi-tòt par le bras pour l'y mener de force,& eI!es'écria:.,4A/mon/z/>, an ne peut te résister. Je n'en veux pas davantage , dit Ale>andre, cet oracle mesuffit.

Jules-César étant tombé de cheval,en Afrique, ou iI étoitallé pour conquérir cette partie du monsle , jèTît : « Voici un oracle favorable que les s, Dieu* nous donnent ; l'Afrique est sous moi, ce >i n'est pas une chute, c'est une prise de possession. ,, Plusieurs Philosophes de l'antiquité , pour faire vcit le ridicule des oracles de Delphes , que l'on interprétoit différemment par un certain renversement dans les paroles, citoient l'exemple de ce Peintre à qui l'on avoit demandé un tableau d'un cheval qui roulât à terre, sur le dos. II peignit un cheval qui couroit; & quand on lui ent dit que <ce n'étoit pas là ce qu'on lui avoit demsndé , il renversa le tableau , & dit : Ne voilà-t-ilpas le cheval qui roule sur le dos?

Le célèbre Kirker, dans le dessein de détromper les superstitieux,sur les différents prodiges attribués à l'ora'cle de Delphes, avoit imaginé & fixé un tuyau dans fa chambre, de manière que quand quelqu'un l'appelloit, même à voix basse , à la porte du jardin qui étoit contigu , il l'enterdok aussi distinctement que s'il eût été auprès de lui, & i! répondoit avec la même facilité. II transporta ensuite sa machine dans son Musœum , & l'adapta . avec tant d'art, à une figure automate , qu'en la voyoit ouvrir la bouche , remuer les lèvres, St rendre des sons articulés. II suppposa en consé

Orgueil National 177 quence, que les Prêtres du paganisme , en se servant de ces tuyaux , faisoient accroire aux sots , que l'idole satisfaisoit à leurs questions. .

ORGUEIL NATIONAL,

I r. en est des nations comme des individus; chaque peuple s'attribue des qualités qui le distinguent des autres peuples. Les Fabulistes Indiens racontent qu'il est une contrée dans les Indes où tous les habitants sont bossus. Un étranger, jeune beau & bien siit, y arriva. Aussi-tôt il se voit entouré d'une multitude d'habitants; fa figure leur paroît extraordinaire; les ris & les brocards annoncent leur étonnement. On ailoit pousser plus Join les outrages, si, pour l'arracher à ce danger, un des habitants , qui fans doute avoit vu d'autres hommes que des bossus, ne se fût tout-à-coup écrié : «Eh ! mes amis, épargnons ce malheureux «contrefait; faut-il l'injurier parce que le ciel ne » l'a pas formé d'une figure aufli agréable que la « nôtre? Allons plutôt au temple réitérer à l'éter» nel.vos remercîments pour la bossefdontìl a dai» gné nous favoriser ». Òn peut conclure de cet apologue , que pour réussir chez une nation , il faut endosser la bosse qu'elle porte.

On a reproché aux Grecs, leur usage d'appeller tout étranger, Barbare. Ne pourroit-on pas également accuser les Français , de ce ridicule orgueil national ? Quelques Cavaliers Françaisdînoient en Alltm3gne, à la table d'un Prince. L'un d'eux , après avoir considéré tous les convives , s'écria r Rien n'est plus plaisant; il n'y a que Monfieur ici, d'étranger.

Bouhours, dans un de ses dialogues, deroandoit C un Allemand pouvoit avoir de l'esprit. Un Allemand, à son tour, demanda si un Français pouvoit avoir du jugement,

Î78 Orgueil NÁ-tionaí,

Sous le règne de Philippe V, petit-fils deLouîá XIV, un Gentilhomme de Pampelune, passant un contrarchez un Notaire,signa: Dom, Sic. Sic. noble comme le Roi, & encore un peu plus. Le Gouverneur le fut, & fit venir cet insolent : il lui demanda pourquoi il avoit eu l'irnpudence de se mettre au-dessus de son Roi. II répondit froidement : Le Roi est Français, je suis Espagnol ; par cette seule raifort, jësíiis d'une extraction bien plus noble que la fienne. On le mit en prison ; mais ses compatriotes, enchantés de ce trait héroïque, adou> cirent la rigueur de fa détention, par leurs visites & par toutes sortes de présents : Lettre sut le Voyage d'Espagne.

Le Politique Fra-Paolo observe dans ses traités, que quand une famille seroit assez puissante à Venise , pour parvenir à la Souveraineté, elle ne pourroit jamais y parvenir , parce que les nobles aimeroient mieux être simples nobles avec mille autres, que Princes du sang & frères du Roi: té* moin ce Vénitien, qui étant à Paris, du temps dí Louis XIV , se vantoit d'être autant que Monfieur, frère unique du Roî.

On trouve aussi de ces esprits frivoles Si ridiculement fiers parmi les Anglais. Sans faire mention ici de cette populace brutale, qui ne prononce jatnais un nom Français, fans y ajouter les épithètes les plus odieuses, on se rappelle cet orateur hyperbolique, qui, à la fîn du dernier siècle, disoit en plein public : « Oui, Mylords ..avant peu vous ,, verrez Louis XIV aux pieds du Parlement, lui » demander la paix.

Lorsque le Kam des Tartares, qui ne possède pas tine maison , Si ne vit que de rapines, a achevé fon dîner, consistant en laitage & en chair de cheval, il fait publier par un héraut : Que tous les Potentats ,PrmceS'& Grands de la terre peuvent fe mettre à table.

L'htstoire des voyages fait mention d'un Souverain d'un petit canton de l'Amérique, près de! ri 180 Pantomimes.. avoua qu'elle n'avoit jamais été si belle.

[graphic][subsumed]

Ces différents traits prouvent que tous les Souverains & tous les peuples sont également vains. Le Canadien croit faire un grand éloge du Francis, cn disant : c'est un homme comme mqi.

PANTOMIMES,

I_i'art des pantomimes sut porté à un si haut degré chez les anciens , que ce langage, ou cette musique muette, comme ils l'appelloient, leur parut plus éclatante que la déclamation même. Cas-siodore attribue à ces acteurs, des mains très-éloquentes , des doigtsp^rlants, un silence pathétique, lin Ambassadeur du Roi de Pont , qui avoit été présent dans Rome , à une danse pantomime , fut si satisfait del'intelligence de l'acteur, qu'il demanda comme une grace^ à l'Empereur Néron , qu'il lui en fît présent. ,, Ne soyez point étonné de J, ma prière » lui dit l'Ambassadeur « j'ai pour voi» sins, des barbares dont personne n'entend Iajan,, gue, & qui n'ont jamais pu apprendre lamipnne; » mals cet homme qui fait parler par des gestes, » feroit ailément entendre mes volontés. »

Un autre étranger, qui assistoit à ce spectac'í , fut si frappé de voir un seul homme exécuter une pièce entière , que l'admiration lui fit adresser ces paroles à l'acteur :Dans un seul corps, tu as plus à'une ame. ... r r. ,

Voici unautre fait quiparoîtra incroyable ; il est rapporté par Hérodore, historien un peu suspect. Un Roi voulant marier sa fille, plusieurs Princes fs disputèrent cette conquête. 11 en parut un sur les rangs, supérieurement versé dans I'art de, pantomimes. Jaloux de montrer ses ralçnts , il se surpassa lui-même. Après avoir représenté différentes choses avec les mains , il se mit sur la tête, &é!e?ant les pieds e» l'air, il peignit, par les mouvements

[graphic]
« PrécédentContinuer »