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ao6 Pointe.

Ménage avoitreçu de son père, la démission d'ane charge d'Avocat du Roi, dans une jurisdiction. Quelque temps après il la lui rendit; ce qui irrita le bon homme. Mon père, disoit Mén3ge à cette occífion, a raison d'être en colère contre moi, je lui ai rendu un méchant office.

Le même , rencontrant Varillas, qui venoìt de donneran public, une Histoiredes Héréfies, pleine de fautes & de faits douteux, lui dit un jour: Monsieur, vous venez de faire un livre plein d'héréfies.

Le père Cotton , Jésuite, étoit fin & rasé : il avoit pris un grand ascendant sur Henri IV; ce qui donna lieu à cette pointe : Notre Roi est un bon Prince , il aime la vérité ; c'est dommage qu'il ait du coton dans les oreilles.

Le Roi d'Espagne ayant donné à Farinelli, célèbre Musicien, & castrate d'Italie , l'ordredeCalatrava, celui-ci fut armé Chevalier avec les cérémonies ordinaires, & on lui mit, suivant l'usage , des éperons. L'Ambassadeur d'Angleterre dit làdessus: « Chaque pays, chaque mode; en Angle« terre, on éperonne les coqs, à Madrid, on épe» ronne les chapons. »

Un écrivain fort médiocre, étoit à composer la réfutation d'un écrit qui paroifloit. Quelqu'un, qui vint le voir, lui demanda à quoi il s'occupoir. II faut bien, dit-il, que je répondeà cet ouvrage;, & il ajouta : Ne voilà-t-il pas que cela forme déjà un bon volume? Oui, lui repartit-on; mais quand votre livre aura été battu , il sera bienplat.

Un Jésuite plaisantoit devant un poè'te satyrique, fur Pascal, & sur le travail des mains de ses confrères: Pascal, disoit-il, s'occupe à Port-Royal, a faire des souliers. J'ignore, répondit le satyrique, si Pascal travaille à des souliers : mais je fais bien qu'avec les Provinciales, il vousa porté une, bonne botte.

Un Cardinal briguoitlaPapauté. II ne fera jamais saint, dit quelqu'un, car il s'intrigue trop pour être

très-sainu

Précieuse. 107 On souffre avec la même impatience , qu'un auteur grave ait dit qu'Hercule savoit la physique, & qu'on ne pouvoit résister à un Philosophe de cette sorte.

Si les pointes, les équivoques, les jeux de mots sont quelquefois passables, c'est dans la conversation , & quand on les donne pour ne valoir rien: Voye\ Equivoque , Jeu de mots.

PRÉCIEUSE.

U Ne Dame, qui tenoit un peu de la précieuse, disoit dans une compagnie, qu'elle ne se servoit jamais de mots qui pussent laisser une sale idée, & qu'elle disoit avec les personnes qui savent vivre: Un porte-feuille ou un fond d'artichaud, au Jieu de cu d'artichaud; un fond de basse-fosse,au lieu de cu de basse- fofie; un impasse ou une rue qui n'a point de sortie, au lieu de cu-de-sac. Quelqu'un de la compagnie lui ayant dit que l'on étoit souvent obligé de parler comme les autres, elle le défia poliment de lui en citer des exemples. On lui demanda pour lors comment elle appelìoit, dans la conversation ordinaire, une pièce qui valoir soixante sols? Soixante sols , reprit-etle. —— Mais , Madame, comment nommez-vous la lettre de l'alphabet qui suit'le p? Elle rougit, & repartit aurfì-tôt: Ho, ho! Monsieur! je ne pensois pas que vous duffìe[ me renvoyer à l'a, b, c.

PRÉDICATE U R.

Ij'et.oquence de la chaire étoit pleine d'inepties^ £c presque barbare, avant le Père Bourdaloue. Oh peut s'en convaincre en lisant les sermons de not, de Barlettu, & autres, Poncct, surnommé le ac8 Prédicateur.

petit Feuillant, vivoit vers ia fin du seizième siècle. Dans un sermon qu'il prêcha pendant !e Carême , à Notre-Dame de Paris, il déclama avec beaucoup de hardiesse & de singularité contre une confrairie nouvelle de pénitents , qui avoit marché dans la ville , le jour de l'Annonciation, & avoic donné un spectacle ridicule. II la qualifia de confrairie d'hypocrites6V d'athées,& dit, en propres tertres: « J'ai été averti de bon lieu, qu'hier au » soir, qui étoit Vendredi, la broche tournoi t pour » ces gros pénitents, & qu'après avoir mangé le » gras chapon, ils eurent pour collation de nuit, "» le petit tendron qu'on leurtenoit tout prêt. Ah! » malheureux hypocrites, vous vous moquez donc » de Dieu sous ce masque, & ponez par conte» nance, un fouet à votre ceinture? Ce n'est pas là, »de par Dieu, où il le faudroit porter; c'est sur u votre dos & sur vos épaules, & vous en étriller » très-bien ; car il n'y a pas un de vous qui ne l'ait J,mérité». Ce Prédicateur imprudent sut exilé comme il le méritoit. Le Duc d'Epernon , un des pénitents de cette confrairie, voulut le voir ,& lui dit en plaisantant: « Monsieur le Docteur , on dit » que vous faites rire les gens à votre sermon ; cela » n'est guère beau: un prédicateur comme vous, » doit prêcher pour édifier, & non pas pour faire ,) rire ». « Monsieur » répondit hardiment le Moine « je veux bien que vous sachiez que je ne prêche » que la parole de Dieu, & que ceux qui viennent » à mes sermons, pour rire, (ont des méchants ÍC » des athées. Au reíìe, je n'en ai jamais tant fait » rire en ma vie, que vous en avez fait pleurer. »

On a vu de nos jours, un père Chatenier, Dominicain, rappeller dans la chaire , les parades des siècles d'ignorance. Ce prédicateur prêchaâ Paris, vers lesannées 1715,1716 & 1717. Un jour qu'il étoit en colère contre les jeunes-gens qui venoient à ses sermons pour y rire, il dit à ses auditeurs, après une leçon très-vive sur leur indécence; <, Après votre mort, où croyez-vous que vom irez? P R ! D I CA t B V ». 10$

t, au bal, à l'opera, dans des assemblées où il y au» ra de belles femmes ? Non, au feu, au feu ». II prononça ces dernières paroles d'une voix fi forte & si effrayante, qu'il épouvanta l'auditoire, &que plusieurs se précipitèrent pour sortir, croyant que le feu étoit djns l'Eglise.

Ce Prédicateur excelloit principalement à travestir les Histoires de l'ancien & du nouveau Testament, Voici comme il rapportoit la conversion de la Madeleine: «C'étoit » difoit-il «une grande » dame de qualité , très-libertine. Elle alloit un » jour à fa maison,de campagne, accompagnée du » Marquis de Béthanie & du Comte d'Emmaus. Erì » chemin, ils apperçurent un nombre prodigieux ,, d'hommes & de femmes assemblés dans une » prairie. La grace commençoit ï opérer; Ma» delerne fit arrêter son carrosse, & envoya un » Page pour savoir ce qui se passoit en cet endroit. » Le Page revint Si lui apprit que c'étoit l'Abbé >, Jesus qui prêchoit; elle descendit de carrosse n avec ses deux cavaliers, s'avança vers le lieu de « l'auditoire , écouta l'Abbé Jesus avec attention , » ÔV fut si pénétrée , que de ce moment elle renon» ça aux vanités mondaines ». Cette histoire du bon Père Chatenier le fitappeller depuis VAbbé Jesus. /'rïOri se rappelle quelques facéties d'un autre Prédicateur, nommé le petit Pire André. Un Evêque l'avoit appelle lepetit Fallot. Pour s'en venger, ce Religieux prêchant en présence de ce Prélat, prit pour texte: Vos estis lux mundi: Vous êtes , Monseigneur ,dit-il, en s'adressant à l'Evêque, le grand fallot de l'Eglise , nous ne sommes que des petits fallotî. i>i- ,!

- Ce même Religieux prêchant devant un Archevêque ,s'apperçut que ce Prélat dormoit ; il s'avisa, pour l'éveiller , de dire au Suisse de l'Eglise: Fermez les portes, le Pasteur dort, les brebis s'en iront; à qui annoncerai-je la parole de Dieu? Cette saillie causa tant de rumeur dans l'auditoire, que l'Archevêque n'eut plus envie de dormir. Tome II, . £- . » :.,r

aio Prédicatéur.

On l'avoit chargé d'annoncer une quête ponr former la dot d'une Demoiselle qui desiroirdese faire Religieuse ; il dit, avant de commencer son Sermon: Messieurs,on recommande à vos charités une Demoiselle qui n'a pas assez de bien pour faire vœu de pauvreté.

Ce Prédicateur avoit prêché pendant tout le Carême dans une ville où personne ne l'avoit invité à dîner. II dit, dans son adieu: J'ai prêché contre tous les vices , excepté contre la bonne-chère ; car je ne fais pas comme l'on traite en ce pays-ci.

On a rapporté, fur d'autres Prédicateurs, quelques anecdotes qui doivent trouver place ici. Un Auditeur, fort mécontent du panégyrique qu'il verioit d'entendre , dit en sortant : Ce Prédicateur fit mieux l'an passé. Mais il ne prêcha point, dit quelqu'un; c'est précisément pour cette raison qu'il fit mieux, repartit le premier.

On louoit, dans une compagnie, des Missionnaires, quoiqu'ils fussent fort ignorants, & l'on disoit qu'ils prêchoient comme les Apôtres :Oui, repartit quelqu'un, ils prêchent comme les Apôtres avant qu'ils eussent reçu le Saint-Esprit.

Un jeune Ecclésiastique detnandoitàson Evêque la permission de prêcher : Je vous le permets, lui répondit le Prélat, mais la nature vous le défend.

Un Prédicateur avoit ennuyé tout son Auditoire , en préchant fur les Béatitudes. Une Dame lui dit malignenent, après le Sermon, qu'il en avoit oublié une.— Laquelle, reprit le Prédicateur?— Celle-ci, ajouta la Dame : Bienheureux ceux qui n'étoienr pas à votre Sermon.

Un jeune Ecclésiastique, auquel on pouvoitre-procher une prononciation affectée , & des gestes maniérés, préchoit dans une ville de province.S'ctant trouvé le lendemain chez le Piéfidentde laJorildiction , il se plaignit de ce que les Officiersde cette Jurifdiction avoient quitté son Sermon pour .aller à la Ccmédie. Ces gens, répondit le Président, sont de bien mauvais goût, de VOUS quitter pout des Comédiens de campagne. .':

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