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ai6 Préséance.

Un Généra! qui fait la guerre dans un pays étrar.ger , ne néglige point de s'instruire des préjugés de la Nation; il fait même les respecter , si le bien du service le demande. Dans la guerre <l'Italie de 1701, deux dragons dë la garnison Française qui étoit dans Mantoue, passoient dans la rue. Un Italien, irrité contre l'un des deux , lui enfonce son poignard par derrière, le tue sur la place, & se résugie d.tns un endroit privilégié. Le camarade du mort poursuit l'assasfin dans cet asyle & le massacre. Le peuple, indigné .qu'on air osé violer les immunités ecclésiastiques, s'attroupe 8c veut fermer les portes; mais le meurtrier s'étant fait jour l'épée à la main , se retira dans la maison de son Colonel. Elle est investie dans le momenr, & le dragon est demandé avec menace d'un soulèvement général. Le Colonel , dans la vue d'appaiser ce tumulte , fait aussi-tôt conduire le dragon , chargé de sers, dans une prison ; mais pendant la nuit, il le fait partir pour une place éloignée. Quelques jours après, on prcduit un cadavre qu'on dit être celui du dragon. La multitude le croit & s'appaise , en rendant des actions de grace pour cette mort, qu'elle regarde comme un châtiment du Ciel: Labat; Voyage d'Espagne Gr d'Italie.

PRÉSÉANCE.

Ï E est rare qu'il s'élève en Turquie des contestations entre les différents corps de l'état. Si néanmoins il en survient, le despote la termihe en on instant, pour éviter la fermentation que cela pourroit occasionner parmi les esprits. Les gens de guerre & les gens de loi , s'étant disputé la préséance dans un jour de cérémonie , le Grand-Seigneur , pour les mettre d'accord, déclara que la main gauche setoit désorma» la plus honorable

parmi parmi les gens de guerre, & la main droite parmi les gens de loi -, ainsi, quand ces deux corps marchent ensemble, chacun croit être dans la place d'honneur.

II y eut, en 1610, une dispute au Parlement de Paris, pour la préséance entre les Pairs laïques & les Pairs ecclésiastiques. Le Duc de Montbazon dit aux Evêques de Beauvais Sc de Noyon, qu'il leur céderoit, pourvu qu'a la première batailla , ils voulussent être les premiers aux coups.

Ce qui concerne la préséance des Ambassadeurs 4 été fouvent un objet de disputes très-vives entr» les Souverains & les Ambassadeurj mêmes. II J a dans l'histoire d'Espagne, ces deux traits singuliers d'une préséance obtenue par la force. Dom Diégo d'Anaya, Evêque de Cuença , se trouvoit au Concile de Constance en qualité d'Ambassadeur de Dom Juan II, Roi de Castille. L'Ambassadeur d'Angleterre lui disputa la préséance. L'EspagnoI, sans s'amuser à argumenter, le prit par le milieu du corps, le porta comme un enfant,dans un endroit de l'Eglise, où il y avoit ce jour-là un caveau ouvert , & le jetta dedans. Ensuite revenant à fa place, il dit à son collègue, Dom Diégo Fernandez de Gordava : « Comme Prêtre , je viens de l'en» terrer ; faites le reste comme homme d'épée, & » cavalier de naissance que vous êtes » :Hist. de

Dom Juan de Silva, premier Comte de Cifuentes, Ambassadeur au Concile de Bafle pour le même Roi de Castille, n'ayant pu persuader un autre Ambassadeur d'Angleterre , qui s'étoit emparé de la première place , la prit par force, & s'y maintint de même, malgré la plupart des Pères du Concile, qui murmuroient de la violence dont il avoit usé contre l'Anglais, enpleine assemblés. Ces Pères vouloient même procéder à l'excommunication de L'EspagnoI. Le Président du Concile lui ayant demandé pourquoi il avoit osé mettre la main sur l'Ambassadeur d'un si grand Prince : « C'est » réTome U. T

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pondit-il « que le bon droit qui souffre , doit » appeller tout ce qu'il peut à son secours » : Mst,

Cette préséance a quelquefois donné l\tu à des accidents assez plaisants. Avant que Fréderic I, Roi de Prusse, eût mis la couronne dans fa maison, M. Besser sut envoyé Ministre de Brandebourg en France. II arriva à la Cour de Louis XIV en mêmetemps qu'un nouvel Ambassadeur de Gênes, avec lequel il eut une contestation pour le rang. Ils convinrent que celui qui arriveroit le premier à Versailles, se présenteroit le premier au Roi. Besser passa la nuit dans la galerie de Versailles, & prévint ainsi l'Ambassadeur Génois ; mais celui-ci ayant trouvé la porte de la chambre d'audience entre-ouverte, s'y glissa dans -lé temps que Besser s'entretenoit avec un courtisan. Besser s'en apperçoit, vole comme un éclair dans la même chambre, tire hors de la porte , par le pan de l'habit, le Génois qui alioit commencer fa harangue , se met à sa place, & adresse son discours au Roi, qui ne fie que sourire de cette espèce de violence faite en fa présence : Institutions politiques par le Baron de Bìelfed. . . V ... . - .

Le même auteur rapporte que le carrosse d'un Envoyé extraordinaire du Prince Abbé de Fulde, se trouvant engagé dans un embarras à Vienne; & le Ministre résident du Roi de Prusse , lui ayant barré le chemin, cet Envoyé de Fulde mit la tête à Ja portière, & cria au Ministre Prussien -.Monsieur, ordonne\ donc à voire cocher qu'il cède au mien. Monsieur, répondit celui-ci , je lui donnerais cent coups de béton , s'il cédoit à votre maître, •- V|

PRÉSENCE D'ESPRIT,

J_ìa présence .d'esprit,selon M. de Vauvenargoe, pourroit être définie une aptitude à profiter des

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Présence D'esprit. ìif occasions pour parler ou pour rougir. C'est unavanr tage qui a souvent manqué aux hommes les plus éclairés. La présence d'esprit demande un esprit facile, un sang-froid modéré, l'usage des affaires; &, selon les différentes occurrences, divers avantages; de la mémoire & de la sagacité dans la dispute ; de la sécurité dans les périls ; &, dans le monde, cette liberté du cœur , qui nous rend at-, tentifs à tout ce qui s'y passe, & nous tient en état de profiter de tout.

Le Calife Hégiage ,1'horreur & l'effroi des peuples , par ses cruautés, parcouroit les vastes campagnes de son Empire, fans suite & fans marque de distinction : il rencontre un Arabe du désert, & lui parle en ces termes: Ami, je voudrois savoirde vous, quel homme est cet Hégiage dont on parle tant? Hégiage, répond l'Arabe , n'est point un homme; c'est un tigre, c'est un monstre. — Que lui reproche-t-on? — Une foule de crimes : il s'est abreuvé du sang de plus d'un million de ses

sujets. —; Ne l'avez-vous jamais vu? < Non,

— Eh bien ! lève les yeux :c'est à lui que tu parles. L'Arabe,sans témoigner la moindre surprise , le regarde d'un œil fixe , & lui dit fièrement:

Mais, vous, savez-vous qui je suis? Non."-r-."

7e suis de la famille de Zobaïr , dont chacun des descendants devient fou un jour de l'année; mon jour est aujourd'hui. Hégiage sourit ò une excuse. si ingénieuse, & lui pardonna : Apol. Orient.

Un Officier Gascon , étant à l'armée , parloit assez haut à un de ses camarades. Comme il le quittoit, il lui dit d'un ton important : Je vais dîner chez Villars.Le Maréchal de Villars se trou- vátit derrière cet Officier, lui dit avec bonté : A cause de mon rang de Général, & non à cause de mon mérite , dites Monsieur de Villars. Le-Gafn' con, qui ne croyoit pas être si près de ce Général, lui repartit fans paroître étonné: Cadédis, on ne dit point Monsieur de César, j'ai cru qu'on ne deroit pas dire Monsieur de Villars.

T a

llo Présence D'esprit.

Les papiers publics de Vienne , de I'année 1766 , font mention qu'on arrêta, il y a quelque temps , quatre soldats qui ayant été convaincus du crime de désertion , furent condamnés par le conseil de guerre, à tirer aux dés Itquel d'entr'eux subiroit la peine de mort. Les trois premiers se conformèrent au jugement du conseil de guerre; mais le quatrième refusa constamment de tirer: il allégua , pour motif de fon refus, ia défense quel'Empereuravoit faite de jouer à aucun jeu de hazard. Sa Majesté Impériale ayant été informée de la présence d'esprit de ce malheureux , dans un moment auffi critique, ordonna qu'on lui fit grace, ainsi qu'à ses trois camarades.

Deux paysans devoient tirer au fort pour la milice. Le Subdélégué de l'Intendant qui préfìdoitau tirage , avoit été vivement sollicité de sauver le p!us jeune, & l'avoit promis. Comment faire? II met deux billets noirs dans la boite, & dit aux deux paysans: celui qui tirera le billet noir, partira. Tire le premier , dit - il au paysen qu'il vouloit proscrire. Mais celui-ci se doutant fins doute , du tour qu'on lui jouoit, tire son billet, &l'avale surle-champ. Quefais-tu, malheureux, lui dit leSubdélégué ? Monsieur, répondit le paysan ; fi le billet que j'ai avalé, est noir , celui qui reste, doit être blanc , dans cecas, je partirai. Mais si c'est le billet blanc que j'ai avale, mon camarade partira. Vous pouvez facilement savoir la vérité. L'auteur de la supercherie fut par ce moyen, pris pour dupe, & fut obligé de faire grace aux deux paysans , pour remplir fa promesse.

Un fermier venoit de recevoir vingt mille livres en or:.obligé de faire un petit voyage , il laisse le foin de tout à fa femme. Le soir même, un Officier , surpris par le mauvais temps, demande l'fiofpitaliié dans cetie maison. La femme y étoit seule avec ur.e servante; les va'ets dé ferme logeoient plus loin. Le nouvel hôte est reçu avec Iei foins les plus empressés. Sur le minuit, on entend

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