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Présence D'esprit. air frapper à la porte : c'étoient quatre voleurs qui, instruits dJdépart du nnri, & de la somme qu'il avoit reçue, venoient faire un coup-de-main. lis demandèrent à parler à la Fermière, & ,sans autre compliment, lui disent qu'elle ait à leur livrer la somme eti question; qu'autrement ils mettroienc tout à feu & à sang. Cette femme, sans se troubler inutilement, leur dit que pour les satisfaire,elle va chercher les clefs,& court aussi-tôt instruire de son malheur,l'Officier. Celui-cH, en homme de tête & de courage, prend son parti sur-le-champ. Allez, dit-il, à cette femme, leur ouvrir la porte, Sc que votre servante , en leur portant cette somme, se laisse tomber comme une fille-consternée; je me charge du reste. Effectivement, aussi-tôt que la servante eut semé de louis le plancher, les voleurs se jettent dessus. Alors I'Officier paroît, Sc profitant de son avantage, casse avec ses deux pistolets, la tête à deux voleurs, il met aussi tôt l'épée à la main, blesse un troisième fi dangereusement, qu'il-expire un moment après. Pendant ce tempslà le quatrième avoit.pris la fuite. Tout ceci fut l'affaire d'un instant. La Fermière, revenue à ellemême , voulut partager avec son bienfaicteur les vingt mille livres; mais I'Officier, trop généreux, pour profiter de cette offre , se trouve assez récompensé par le plaisir d'avoir sauvé celle qui l'avoit reçu si obligeamment.

La présence d'esprit semble sur-tout être nécessaire à un Général d'armée, non-seulement pour réparer les hazards au milieu d'une action , mais encore pour arrêter avec succès les désordres d'une armée effrayée, ou qui méconnoît son chef Si ses devoirs.

L'hifloire ancienne fait mention que l'armée de Cyrus ,en présence de celle de Crésus , prit pour un mauvais augure un éclat du tonnert^jqurelie entendit. Cette impression n'échappa point au coup-d'œil de Cyrus; son génie lui suggéra fur-lechamp une interpétation de ce présage, qui ras5.2.5- P R É S 8 N C E D'E S P R I T.

fora ses soldats. « Mes amis ,• leur dit-il « le Ciel » se déclare pour nous : marchons, j'entends le cri 3, de la victoire; nous te suivons, grand Jupiter."

Lucullus étant prêt de donner bataille à Tigranes, on lui représenta, pour l'en dissuader , que c'était un jour malheureux. « Tant mieux » dit-il, *i nous le rendrons heureux par notre victoire. »

Gonsalv e de Cordoue,GénéraI de Ferdinand IV,' Roi d'Aragon , venoit, dans une action, de voir sauter , dès les premières décharges des ennemis , . le magasin à poudre des Espagnols. « Enfants » criait- il aussi-tôt à ses soldats « la victoire est à ,inous; le Ciel nous annonce par ce signe écla3-, tant,que nous n'aurons plus besoin d'artillerie ». Cette confiance du Général passa aux soldats , & leur fit remporter la victoire.

Le même Général commandoit, en 150a, une armée Espagnole dans le royaume de Naples. Les troupes mal payées, & méconten'es de manquer de tout, prirent la plupart les armes, & se pré,sentèrentàGonsa!ve,enordrede bataille,pour exiger leur solde. Un des plus hardis, poussa les choses jusqu'à lui présenter la pointe de sa hallebarde. Le Général, sans s'étonner, fans même témoigner 3a moindre appréhension , saisit le bras du soldat, & affectant un air gai & riant, comme si ce n'eût été qu'un jeu :Prends garde, camarade, lui dit-il, qu'en voulant badiner avec cette arme , tu ne me blejses. Mais la nuit suivante , lorsque tout fut calme ,GonsaIve fit mettre à mort le soldat séditieux , & le fit attacher à urie fenêtre, où toute l'armée le vit exposé le lendemain. Cet exemple de sévérité raffermit l'autorité du Général , que la sédition avoitun peu ébranlée: Paul Jove.

Les Napolitains, las du joug Espagnol , qu'ils trouvoient trop pesant, se révoltèrent en 1647, & se mirent sous la protection de la France. Le Duc de Guise qui se trouvoit à Rome , alla se mettre \ leur tête, avec le titre de Généralissime. Ceuxqui vouloient former une république libre & indépen

Présence D'esprit. danse , cherchoient à décrier ce Prince, en répétant sans cesse qu'il étoit Français, & que son dessein étoit de les livrer à la France. Six mille furieux , assemblés dans une place publique, firent retentir ces cris. « Non- » dit le Duc à l'un d'en» tr'eux, la France n'est pas ma patrie , je suis né » dans la chaloupe qui m'a amené ici ». La multitude , chargée de cette réponse, jura de n'obéit qu'à lui : Relation de VAbbé Paqui.'

En 1712, des troupes quiétoient aux ordres da Maréchal dé Vendôme, ayant plié dans une occasion , leurs officiers failòient de vains efforts pour fes retenir. Le Général se jettefaussi-tôt au milieu des suyards, & crie à leurs chefs : Laisse\faire les soldats; ce n'est point ici, c'est , montrant un arbre éloigné de cent pas, que ces troupes vont se rejormer.'Ces paroles, qui marquoient aux troupes que le Général n'étoit pas mécontent de leuc valeur, & qu'il s'en rapportait à leur expérience, eurent le succès desiré : Folard, Commentaire sur Polybe.

C'est encore une grande présence d'esprit , pour un Général, de savoir détourner , par un ton de plaisanterie, les réflexions décourageantes qu'entraîne un accident fâcheux,qu'on vient de lui annoncer. On n'aime'cependant pas qu'un Général d'armée plaisante à ses dépens, comme fie l'eunuque Hali , Général des troupes' Ottomanes r-íIui assiégeoienr,"én 1556, Zigeth , ville de-Hongrie. Les Chrétiens venoiént de surprendre laìIvj.llfl db Gran par escalade. Le Bacha répond à celui-qu^ lui en porte la nouvelle:» Pourquoi cet air consterné? Quoi! vous imaginez-vous que je m'at,, tristerai pour une perte de cette nature , apré* » avoir p^rdu la preuve distinctivede mon être »l Ce qu'il accompagna d'un geste tout-à-fut libre: Lettr.deBuJbec,

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V/N a dit qu'un coupable puni, est un exemple pour la canaille; mais que Tinnocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens. Nous avons plusieurs exemples récents des srreurs dans lesquelles sont tombés des Juges pour avoir- écouté imprudemment de fausses présomptions. On peut voir le procès de Langlade, dans les causes célèbres.

II y a encore ce fait bien connu à Paris , & qui est rapporté- dansune des lettres de M. Dunoyer. Un orfèvre, qui demeuroit sur la paroisse de St Jacques d-ela Boucherie, perdant tous les jours quelques bijoux ,fe mit en tête dè découvrir qui étoic ce voleur domestique qui les lui enlevois. Le soupçon ne pouvoit tomber que sur quelqu'un dè ses garçons de boutique, ou sur une servante o^ui composoit tout son domestique. II résolut d'eprouver celle-ci la première; & choisissant pour cela un jour de fête, ou de dimanche rque les garçons n'éloientpointau legis, il'la laissa feule toute la journée, (bus prétexte de quelquesordïesqu'il lui donna. Ilavoitmissursatable, des pierreries qu'ilavoit fait semblant d'oublier, & dont i) trouva le nombre dimini é à son retour. L'orfevre ne cherchapoint d'autre conviction la preuve hiipjrut assez forte pour mets re cette servante entre les trains de la Justice. Le procès fut bientôt terminé, 8c la, pauvre malheureuse eipia sur une potence , un crime qu'elle n^avoit point commis ; earquelquet années après une pie que l'orfèvre aimoit beaucoup , prit en fa présence une b*gue dans le bec* & nantie de cette proie, elle s'envole fur unarbre

Îui étoit au milieu d'une b ,sse cour. On la suivit^ C l'on trouva , avec surprise, tous les bijoux volés , dms un trou qui étoit au tronc de cet arbre» forfèvre,- au désespoir d'avoircausé la mort d'une

PRÉSOMPTIONS FAUSSES*

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Présomptions Rausses, ais innocente , fit réhabiliter sa mémoire, & fonda pour elle une Messe a perpétuité.

Voici un tour de coquinerie, qui, quoique controuvé , peut encore servir de leçon aux Juges. Scaramouche, est-il dit dans une comédie Italienne, étant à Civita-Vecchia, apperçoit deux esclaves Turcs qui comptent dans la rue , l'argent qu'ils avoient gagné. II se promet aussi-tôt de s'approprier cette somme d'argent. Peu scrupuleux sur les moyens, il imagine de couper un morceau de fa chemise,& de le substituer à la toile que les esclaves avoient auprès d'eux pour envelopper leur argent. Les esclaves, ne trouvant plus leur linge, tombent aisément dans le panneau qui leur étoit dressé. Scaramouche va coucher dans la même auberge où ils étoient; & le matin ,en se réveillant, crie de toute sa force, au voleur. Oh accourt, le traître se plaint de ce que les esclsves lui ont volé de l'argent & unechemise pendant qu'il étoit endormi. On vérifie la pièce de conviction; les esclaves, en conséquence, sont condamnésà rendre l'argent; &Scaramouche jouit de fa coquinerie. Voye\ Juges.

PRÉ V E N T 1 O N.

Hjorsque la prévention est une fois établie , en Vain la raison réclame ses droits; on fait que les noms , en tout genre, font plus d'impression que les choses. Rïen de si rare que de juger d'après foi. Quand les fables de la Mothe parurent, bien des personnes affectoient d'en dire du mal. Dans un souper au Temple, chez M. le Prince de Vendôme, Je célèbre Abbé de Chaulieu, l'Evêque de Lucon, fils du célèbre Bussi-Rabutin , ancien ami de la Chapelle,plein d'esprit & de goût, l'Abbé Courtin, & d'autres bons juges des ouvrages , s'égayaient aux dépens de la Mothe. Le Prince de Vendôme Sc leChevalier de Bouillon enchérilfoient sureuxtous.

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