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R E P A R t I t. 141

Un Paysan,qui passoit à Paris fur le Pont-auChange, n'apperçoit point de marchandises dans plusieurs boutiques. La curiosité le prend , il s'approche d'un bureau de change: Monsieur, demanda-t-i!, d'un air niais, dites-moi ce que vous vendez ? Le changeur crut qu'il pou voit se divertie du personnage : Je vends,!ui répondit-iI,des têtes d'ânes : -— Ma foi, lui répliqua le Paysan, vous erj faites un grand débit, car il n'en reste plus qu'une dans votre boutique.

Un autre Paysan, nouvellement débarqué à Paris, demandoit à un Procureur, en regardant Je Palais, ce que c'étoit que ce grand édifice. C'est un moulin, lui répondit le Procureur: Je m'en doutois, dit le Paysan, en voyant tous ces ânes à la porte qui portent des sacs.

Quelqu'un , pour se moquer d'un Provincial, cherchoit à lui faire des questions singulières. II lut demanda un jour en compagnie: Qu'est-ce qu'une obole, une faribole, une parabole? Le Provincial, fans se déconcerter., lui répondit: « Une parabole » est ce que vous n'entendez pas; me saribole est ce » que vous dites,&uneoboleest ceque vous valez. »

Un Seigneur de village, voyant passer un Médecin , lui dit par manière de gausserie: Où allezvous , Monsieur le Maréchal ? — Monsieur, ri posta aussi-rôt le Médecin,je vais traiter votre seigneurie.

Des écoliers rencontrèrent une bonne femme qui conduifoit des ânes: Bon jour , la mère aux ânes, dit l'un d'eux. — Bon jour, mes enfants , répondit la femme.

Dans le temps des vacations, trois Procureurs qui s'en retourrtoient chez eux à la campagne,atteignirent un charretier,& comme ils étoient en humeur de rire, ils lui demandèrent, en le raillant, pourquoi son premier cheval étoit si gras,& ceux qui le fuivoient si maigre ? —C'est , répondit le charretier qui les connoissoit, que mon premier cheval est Procureur, & que les autres font ses clients.

Tome II, X

£42. Repartie,

Un jeunehomme rencontrant chez sa traîtresse, son rival, qui étoit un homme âgé, crut le railler bien agréablement, en lui demandant quel âge il

avoit? Je ne vous le dirai pas précisément,

reprit celui-ci; mais soyez assuré qu'un âne est plus âgé à vingt ans , qu'un homme ne l'est à soixante.

Une jeune personne se querelloit avec une vieille; celle-ci l'appella Catin ; la jeune lui riposta,

en l'appellant vieille sorcière. Tu trouves

donc, reprit la vieille, que j'ai deviné.

Une Duchesse demandoit, par manière de gausserie, à une bourgeoise, quel oiseau étoit le plus sujet à être cocu ? Madame, lui répondit cette bourgeoise , c'est un Duc. '.

La Reine Christine de Suède avoit un Aumônier dont le ventre étoit si gros, qu'à peine pouvoit-i! voir ses pieds. Monsieur l'Aumônier, lui demanda-t-elle un jour,en présence de beaucoup de monde, quand accoucherez-vous? Madame, lui dit-il, quand vous aurez trouvé une sage-femme: Lettres de Boursault. n

Un grand d'Espagne, entrant dans une Eglise à Madrid, donna de l'eau bénite à ure Dame qui lui fit voir une main fort maigre & fort laide, avec un beau diamant au doigt ; il dit assez haut pour être entendu de la Dame: J'aimerois mieux la bague que la main. — Et moi, dit la Dame, en regardant le collier de l'Ordre qu'il portoit, j'aimerois mieux le licou que la bête.

Un fanfaron, qui n'étoit rien moins que brave , eut des coups de bâton, & les souffrit patiemment , pour ne pas s'attirer un plus grand malheur. Â quelques jours delà, il rencontra un Poé'te qui lui avoit lancé quelques épigrammes, & dit qu'il lui donneroit cent coups de bâton : « Parbleu » lui repartit le Poëte «il vous est bien facile de les »donner, car vous les avez reçus depuis quatre » jours. »

Un Grec Si un Vénitien exaltaient beaucoup

Repartie. *4> chacun la glo're de leur nation. LeGrec,pouc prouver que la sienne surpassoit toutes les autres, «iisoit que c'étoit de la Grèce que les Sages & les Philosophes étoient sortis. IL est vrai, répondit le Vénitien , car on n'y en trouve plus.

Un Vénitien demandoit à un Français, où la nation Française avoit trouvé cette loi salique, dont elle se faisoit tant d'honneur ? C'est , lui répondit froidement le Français,au revers de l'acte qui donne aux Vénitiens l'Empire de la mec Adriatique.

Un Baron Allemand, qui se moquoit de la qualité de Marquis, disoit, en présence d'un Marquis Français, que ce titre étoit fort commun en France; & il ajoutoit,en plaisantant, qu'il avoit un Marquis dan* si cuisine. Et moi, repartit aussi-tôt celui qui se trouvoit insulté, j'ai dans mon écurie un Baron Allemand. Ce titre, comme l'on fait, n'est pas moins usurpé par les Allemands; & il y a chez l'étranger, peut-être encore plus de palefreniers Allemands, que de cuisiniers Français.

Un Officier Espagnol qui vouloit mortifier un autre Officier de la même compagnie , lui reprochoir, dans une dispute, de ce qu'il n'alloit point aux coups avec ardeur. II est honteux, lui difoitil, de témoigner de la peur dans les occasions , comme tu fais. Eh ! morbleu, je n'aurois pas de peur, fi l'on m'envoyoit contre des gens qui ne fussent pas plus braves que toi.

M. Danez, envoyé par la Cour de France au Concile de Trente,y fit une forte harangue contre la Cour de Rome, & pour la réformation de l'Eglife. Apres qu'il eut achevé, un Prélat Italien dit avec mépris : Gallus cantat. M. Danez reprit sur-Ie-champ: Utinam ad Calli cantum Petrus respiceret!

La sotte vanité des gens du monde les porte volontiers à croire qu'un Auteur, un Savant, est un imbécille hors de fa sphère. Un illuslra membre de l'Académie des Sciences ( M. de >*s:uran) se 144 Respect. trouvoit un jour dans une compagnie où étoit un homme de robe, & ils étoient d'avis différents fur quelque chose qui n'avoit pas plus de rapport à la Jurisprudence qu'à la Géométrie. Monfieur, dit le Magistrat, avec un sourire presque moqueur, il ne s'agit ici ni d'Euclide , ni d'Arthimède. Ni de Cujas, & de Barthole non plus , reprit vivement l'Académicien : Ejf. de Littérature.

RESPECT.

O N a distingué depuis long-temps deux fortes de respects; celui qui est dù au mérite , & ce'ui qu'on accorde aux places & à la naissance. Cette dernière espèce de respect n'est qu'une formule de gestes ou de paroles, dont on ne cherche à s'affr?.nchir que par sottise ou par un orgueil puérile. Lorsque Laurent Celsi fut élu Doge de Venise, en 1361, son père, qui vivoit encore, montra d.'.nj cette occasion une singulière scblesse d'esprit. Ce vieillard se croyant trop supérieur à son fils pour se découvrir en sa présence, & ne pouvant éviter de le faire sans manquer à ce qu'il devoit au chef de l'Etat, prit 1e parti d'aller toujours tête nue.Ce travers de la part d'un homme, d'ailleurs respectable, ne fit aucune impression sur l'esprit des nobles, qui se contentèrent d'en plaisanter. Mais le Doge, touché devoir son père se donner en spectacle par cette ridicule imagination, s'avisa de faire mettre une croix sur le devant de sa corne ducale. Alors le bon vieillard ne fit plus de difficulté de reprendre le chaperon; & quand il voyoit fon fils, il se découvroit, en disant :« C'est la » croix que je salue, & non mon fils ; car lui ayant » donné la vie , il doit être au-dessous de moi»: Histoire de Venise, liv. Xiti.

Fabius-Maximus, qui avoit été Dictateur chez les Romains, pensoit bien différemment. Ce grand

Ressemblance. 24$ homme alloit à cheval au-devant de Quintus-Fabius-Maximus,son fils,qui venoit d'être créé Consul. Ce jeune homme voyant son père venir à lui sans descendre de cheval, lui envoya commander de mettre pied à terre. Fabius descendit aussi-tôt, & embrassa son fils: Je me réjouis , lui dit-il, de •ce que tu te conduis en Consul. Ce fier Romain fè trouvoit p!us honoré d'avoir un fils qui pût soutenir sa dignité, que de se voir respecté par le premier Magistrat de la République.

RESSEMBLANCE.

T *

Xt n'y a peut-être jamais eu de ressemblance parfaite. Les Mémoires du temps néanmoins font mention de différents jumeaux qui avoient un teint, une taille, des traits, & même des inclinations si ressemblantes, que les personnes les plus accoutumées à les voir, se trompoient souvent sur Jeur compte. Ces méprises*suffisent pour justifier la Fable de la Comédie des Ménechmes, que Regnard , imitateur de Plaute, a fait paroître avec tant de succès sur le théatre Français.

Virgile a fait l'éloge de deux frères qui étoient l'admiration de leur temps par la ressemblance de visage, & la conformité de leur humeur.

II y a quelques années que l'on vit à Londres deux jumeaux d'environ douze ans, dont la taille, le teint, les traits, & toute la figure paroissoienc exaíîement les mêmes. On prenoit plaisir à leur faire porter des habits de la même forme & de la même couleur, ce qui donnoit souvent lieu à des aventures singulières & divertissantes. Ils avoient reçu la même éducation; & plusieurs personnes, qui les ont observés, témoignent qu'ils faisoient à-peu-près les mêmes réponses aux mêmes questions : d'où l'on concluoit que leur façon d'envisager les obIets étoit la même, & qu'ils ne se res

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