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Ruses De Guerre. î&i la nuit , battant la marche à l'Italier.ne, & criant: ViveSaint Marc. Plusieurs habitants trompés par ces apparences, leur répondent par des cris de joie, & en chargeant les Allemands d'imprécations. Dans la crainte d'un désordre , on se contenta de marr quer les maisons de ces imprudents; mais aussitôt que le jour fut venu, elles surent saccagées, & les maîtres rançonnés, comme des gens pris au service de l'ennemi : Jutiiniani.

Lots du siége de Metz, en 155a, par CharlesQuint, le Gouverneur se trouvant pressé, fit adroitement tomber entre les mains des Espagnols, une lettre écrite au Roi son maître. II faisoit dans cette lettre , de fausses confidences de fa situation , Sc marquoit qu'il n'avoit plus d'inquiétude depuis que l'ennemiavoit pris le parti d'attaquer du côté où les fortifications étoieni les plus considérables, & ou on avoit eu le temps d'achever une bonne coupure; cet artifice trompa les assiégeants, qui dirigèrent aussi-tôt leurs&atteries contre un front de meilleure défense. Ces variations ayant fait languir le siége, donnèrentau Gouverneur le temps qu'il desiroit pour ses opérations: Réstexions militaires de Santa-Cru\.

.. ;Ce stratagème des assiégés avoir- peut-être contribué , autant que leut valeur , à faire échouer 1'entreprise de Ch?.rles-Quint. Cet Empereur voulut , l'année suivante , prendre U revanche. Les Cordeliers de Metz venoient d'y convoquer une assemblée générale ou devoient le rendre des Religieux de plusieurs nations. II falloit pour la subsistance de ces Religieux , des provisions considérables ; on en transportoit tous les jours de fa campagne. Parmi les tonneaux remplis de bière ou de vin, l'ennemi en fit passer plusieurs qui étoient pleins d'armes; & un assez gr.tnd nombre de soldats Allemands 6V Espagnols s'introduisirent dans la ville, fous l'habit d. Cordel'er. II étoir dit, que la garnison de Thionville , qui étoit nombreuse, paroîtroit au jour marqué, à la vue de Metz. On a6i Ruse De Guerre. comptoit bien que les Français ne manqueroieni pas de sortir sur elle. Le projet étoit de faire attaquer , dans l'instant, ce qui seroit resté dans la place , par les soldats déguisés en Cordeliers, & par un assez grand nombre d'habitants qui étoient du complot. On devoit tout de fuite se saisir des portes, & les rernertre aux troupes c1ue l'Hmpereur tenoit toutes prêtes. Mais l'homme actif & vigilant qui commandoit dans la place, Vieilleville, ayant soupçonné la conspiration, il parvint à en avoir secrètement les détails & la preuve. II fit aussi-tôt donner les signaux convenus avec les Allemands, qui s'avancèrent au nombre de quatre mille, & donnèrent dans l'erabuscade qui leur avoitété dressée. Tout ce corps fut pris, tué ou dispersé. Les traîtres subirent le fort qu'ils méritoienc: Mémoires du Maréchal de Vieilleville.

Jean Sigismond, qui s'étoit mis fous la protection des Turcs, se servit, en 1654 , de cette ruse singulière pour surprendre Zathmar, villede Hongrie. II fit marcher de nombreux troupeaux qui, en passant fous les murs de la place avec leurs Bergers , firent lever une poussière si épaisse , que la garnison ne put rien voir. MelchiorBalazzo, auquel la forteresse appartenoit, voulut savoir la raison de cette espèce de nmge. Comme ceux qu'il envoya lui rapportèrent qu'ils n'avoient vu que des bestiaux ; il les crut, ÒY sa garnison resta , comme lui, en repos & dans une grande sécurité. Mais les troupeaux étant passés, des troupes qui les suivent, s'approchent à la faveur de la poussière dont l'air est encore obscurci; avant qu'on les aitapperçues , elles attaquent la ville de tous côtés. La terreur, qui est presque inséparable de la surprise , est générale. Les assaillants se rendent sans peine maîtres de la place, & enlèvent Balazzo, fa femme , ses enfants & ses trésors : De Thou.

En 1573 , Harlem, menacée d'être investie par

Ruse De Guerre. 2.63 les Espagnols , s'étoit ménagé les moyens d'être instruite des efforts que d'autres villes, ses alliées, faisoient en si faveur. Les habitants avoient, par une précaution connue de l'antiquité, &fort commune dans le Levant, fait passer aux villes de la confédération , plusieurs pigeons élevés dans la leur. Toutes les fois qu'il étoit nécessaire de leur donner quelqu'avis , on attachoit une lettre (bas l'aile d'un de ces oiseaux , & on le lâchoit. Il ne œanquoit jamaisde voler droit à Harlem. De cette manière, les citoyens $i les troupes à qui on annonçoit de prompts & puissants secours , étoient encouragés à faire une brave résistance : Histoire des Provinces-Unies,

Les Espagnols , chassés de Maëstricht en 1576 r par les habitants , étoient resté les maîtres de Wich , foible partie de la place , séparée de l'autre par la Meuse. Les vaincus, humiliés d'un affront qu'ils ne pouvoient attribuer qu'à leur négligence , cherchèrent à le réparer sur le champ. II n'y avoit d'autre obstacle que quelques canons places sur le pont qui joignoit les deux villes. Ils s'avisent, pour éviter le danger, demettre devant eux les femmes de Wich. Avec ce rempart, ils entrent sur le pont ; & couverts de ces étranges boucliers, ils font feu sur les citoyens , qui , ne pouvant se défendre sans tirer sur leurs parentes, ou du moins sur des femmes de leur parti, quittent leur poste , se résugient dans leurs maisons, & abandonnent le champ de b-tailleaux Espagnols. Ceux-ci par ce stratigême, se trouvèrent maîtres de la ville fans avoir essuyé aucun risque: Strada.

Le Prince Maurice d'Orange avoit, en 1590, formé le dessein de surprendre Bréda. Poury réussir, il charge unNavire,deTourbes,que,fautede bois , on brûle dans les Pays-Bas. Sous ces Tourbes sont cachés soixante-huit hommes choisis, & commandés par Héraugières, gentilhomme, également brave & intelligent, Le bâtiment, étant ï&4 Ruses D í Guerrs. arrivé, par le canal, aux pieds de la citadelle , est visité ; on n'y trouve que des tourbes , il est permis de les décharger, parce que la garnison en a besoin. II étoit temps que l'expédition finît. Soit que le navire fût usé, ou que les glaces l'eussent ouvert, il failbit eau de tous côtés , Si les soldats qui éioient à fond de cale, souffroient de grandes incommodités. Un d'entr'eux, ne pouvant étouffer la toux , & craignant de découvrir ses compagnons , par le bruit qu'il fait, a le courage de leur présenter son épée , & les prie de la lui passer au travers du corps. Mais pour empêcher de rien entendre , les matelots se mettent à agiter la pompe sans discontinuation , jusqu'à ce que les porte-faix aient fini leur ouvrage , & que les soldats soient sertis de l'endroit où ils font. Alors \ rien ne traverse plus l'entreprise; les Espagnols lônt surpris Sc forcés: De Tfiou.

Pendant les guerres de la ligue, Porto-Carrero, Général de l'armée Espagnole , au secours des ligueurs , forma le projet en 1597, de surprendre Amiens, place Française de son voisinage, où il savoit que le service se faisoit très-négligemment. II place pour cet effet , pendant une nuit obscure, des sentinelles qui doivent arrêter tous ceux qui iront du côté d'Amiens. 11 s'en approcha lui-même avec cinq-cents hommes choisis, qu'il fait cacher dans des haies & dans des masures fort près de la place. Trente autres Espagnols, habillés en paysans & en paysannes , les uns avec des hottes, les autres avec des paniers, s'avancent jusqu'à l'entrée. Ils conduisent trois chariots, dont l'un doit s'arrêter sous lá porte , à l'endroit qui répond à la herse, pour la soutenir lorsqu'on l'abatrra. Aussitôt que'la porte eíl ouverte, deux deschariots entrent. Les soldats qui conduisent le troisième , chargé de sacs de noix,s'arrétent à l'endroit marqué. Un d'entr'eux ouvre à dessein un de ces sacs, Sc les noix se répandent devant se corps-de-garde. Tandis que les bourgeois, qui jcoroposoient se

corps

Ruses De G tr E K R E. éfirps-de-gardes (e font un amusemenr de les ramasser , ils font tués ou mis en fuite par les soldats déguisés. Les cinq-cents hommes cachés dans Je voisinage , accourent aussi-tôt, cV entrent sans opposition, par la porte que la charrette a empêché de fermer. Ils fe rendent maîtres, fans combat, des mes, des remparts, & enfin , de la place entière. On peut croire que l'on seroit aujourd'hui fort mal reçu à demander aux bourgeois d'Amiens, combiem. valent les noix.

Les Français assiégeoient Turin,en 1640, & ils éroient eux-mêmes assiégésdans leur camp, par les Espagnols. Comme la disette des vivres étoit trèsgTande dans la ville, un des ingénieurs de l'armée Espagnole imagina de mettre dans des mortiers d'une nouvelle espèce , des boulets creux & remplis de farine , qui étant poussés par une plus forte charge qu'à l'ordinaire, passoient pardessus U tête des assiégeants, &alIoient tomber dans la ville. Mais ce secours,plus ingénieux qu'utile ,fut bientôt abandonné, parce qu'il fournissoir peu & trop chèrement: Nani, histoire de Venise.

En 1643, Saint-Preuil, Gouverneur (TAmîen», qui comptoit beaucoup fur une ruse qu'il a voie imaginée pour s'emparer d'Arras, voirloit engager un nommé Courcelles à l'exécurer. Tai fait cho'x de vous, lui dit-il un jour , comme du plus sage soldat que je connoisse, pour un coup qui fera votre fortune. II s'agitde surprendre Arras, 5c voici comme je l'ai conçu. Vous vous déguiserez en paysan, & vous irez vendre des fruits fur la place. Aprèsque vous y aurez été quelque temps , vous prendrez querelle avec quelqu'un que vous tuerez d'un coup de poignard. Vous vous laisserez prendre: on vous fera votre procès sur-le-champ, & on vous condamnera à être pendu. Vous savez que la coutume d'Arras est de faire les exécutions hors de la ville; c'est là-dessus que roule mon dessein. Je disposerai une embuscade auprès de la porte par laquelle on vous fera sortir, Mesgens s'en reaTome II. Z

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