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a66 Rosis Di Guerre.

dront les maîtres , dès qu'ils verront qu'on fera attaché au spectacle. Je marcherai dans l'instant pour les soutenir, & m'assureren même-temps de la place; après quoi je fuis à vous, & vous délivre. Voilà mon dessein ; qu'en dites-vous? II est beau, répliqua Courcelles; mais la chose mérite bien

Îuelques réflexions. Eh bien ! songez-y, dit Saintreuil, & je saurai demain votre résolution. Le lendemain, Courcelles alla le trouver, & lui dit: Votre dejseìn me paroít admirable; mais je vous prie de trouver bon que je commande V embuscg.de tís qut vous Joyei le patient.

Les Anglais avcient fait, en 1694, des armerpents considérables pour détruire les villes maritimes de France. Après avoir ruiné Dieppe, ils se portent vers le Havre. Ceux qui commandentdins îa place, s'avisent de faire des amas de bois à quelque distance de la vil le, à dessein d'y mettrelefea & d'y attirer les bombes. Cet arrangement est à peine exécuté , que le bombardement commence à.neuf heures du foir, & continue toute la nu't. Les monceaux de bois ayant été allumés à propos, les uns après les autres, toutes les bombes sont lancées de ce c6té-là. II n'y a que celles qui sont envoyées par des canonniers peu intel I igents, qui tombent dansJa place , où il y a à peine cinq ou six maisons endommagées. L'Amiral Berckley, trompé par les apparences, se retire le lendemain, bien convaincu qu'il ne laisse qu'un tas de ruine; où il avoit vu la veille , une ville florissante : Dt Hiencourt.

En 170a, des maraudeurs Françaisavoient comploté, avant l'ouverture de la campagne, de surprendre le fort de Schentk, où les habitants da pays avoient mis leurs effets les plus précieux. Us se séparent pour cet tffet, en deux troupes, dont l'une feint d'être Hollandaise. Elles marchent par différents chemins, & compassent fi bien leur marche, qu'elles se rencontrent à la vue du sort. Elies paroissent se charger avec beaucoup d'animosité Ruses De Gui R~r E. 167

& de vigueur. Les faux Hollandais plient, plusieurs se laissent tomber comme morts ; le reste prend la fuite vers le fort, priant en Flamand,qu'on leur fauve la vie. On leur ouvre les portes, ils s'en rendent les maîtres; introduisent leurs camarades, & font un butin immense : Continuation de l'kistoire d'Angleterre, de Rapin de Tkoyras.

Pierre I assiégeoit Derpt, ville d'Estonie, en 1703. Pendant cefìége, il intercepte une lettre qui lui apprend que les assiégés attendent de moment en moment, un secours qui doit se jetter dans la place. 11 ordonne ausst-tôt à trois ou quatre de ses régiments,de prendre des uniformes & des drapeaux Suédois. Le corps prétendu Suédois attaque les tnnchées; !es Russes, après les avoir défendues quelque temps, s'enfuient : la garnison ne se doutant point du stratagème, sort pour achever la déroute. Alors les vainqueurs & les vaincus se réunissent , fondent avec impétuosité sur des gens qui ne sont point préparés à les recevoir, & en font un grand carnage. Le petit nombre de ceux qui rentrent dans la ville , ne se trouve pas en éiat de U défendre, &estobligébientôtaprès, de capituler: Mémoire du règne de Pierre-le-Grand.

Pendant le lîége de Turin, en 1706 , par les Français, le Duc de Savoie fit entrer dans la place, des munitions, qu'ilconfiaau courant de la rivière, après les avoir enfermées dans des peaux. Une partie de chaque peau étoit pleine de vent, & l'autre partie contenoit précisément le poids nécessaire pour que ces peaux pussent se soutenir entre-deux eaux : Réflexions militaires de Santa Cru\.

Le Duc de Bourgogne, ayant sous lui Vendôme, «ommandoit.en 1708,1'arméedestinéeà troubler le siège de Lille : il avoit un avis de la dernière importance, à faire passer dans h place ; il défespéroit d'en venir à bout , lorsqu'un Capitaine dans le régiment de Beauvoisis, nommé Dubois, s'offrit pour ce service, aussi difficile qu'essentiel. Comáie il est excellent nageur, ií compte en venir à 168 Ruses De Guerre, bout par sept canaux qu'il faut traverser. Arrivéatt premier , il se déshabille, cache ses habits, & franchit successivement tous les canaux, en nageant entre-deux eaux, fans être ni vu ni entendu parles gardes postées de ce côté-là. Aufll-tót que cet homme intrépide s'est acquitté de fa commission , il prend les ordres du Maréchal de Boufflers, qui commandoit dans la place , & regagne le camp de la même manière , & avec autant de bonheur, qu'il avoit pénétré dans la ville. L'action hardie de cet Officier fut bientôt répandue , Si le Prince Eugène lui-même, qui conduifòit le siége , la propoíoit aux Officiers , comme un modèle de courage, de zèle & d'intelligence: Hifi. du Prince Eugène.

Dans la dernière guerre contre l'Angleterre, une frégate Anglaise s'étant approchée à la vue de Calais , fit les signaux de détresse pour attirer quelques bâtiments , & se saisit de la chaloupe & des matelots qui venoient généreusement à son secours. Cet indigne stratagême trouva des censeurs & des vengeurs parmi même la nation ennemie. En effet, de pareilles ruses outragent la nature , & tendent à empêcher les effets d'une charité sccourable.

L'auteur du Pour & Contre a rapporté ce trait singulier ék cruel de politique de Méhemet Alrredhi, Roi de Fez, Prince ambitieux , rusé, hypocritehabile, & déiste décidé. Ce Princeeutunelongue guerre à soutenir contre des peuples voisins qui refusoient de se soumettre à sa tyrannie. II remporta sur eux , plusieurs victoires ;mais ayant ensuite perdu une bataille , où il avoit exposé ses troupes avec une sureur aveugle , elles se rebubutèrent jusqu'à resuser d'aller à l'ennemi. Voici le stratagême dont il s'avisa, pour leur inspirer da courage. II assembla secrètement un certain nombre de ses Officiers les plus affectionnés , & leur proposi des récompenses considérables , s'ils vouloient consentir qu ú les enfermât, pour quelques R U S fi S DE G B ! R II !. 469

"heures, dans des tombeaux, comme s'il eussentété tués au combat; qu'il leur laisseroit une ouverture suffisante pour respirer; & que, lorsque par une superstition qu'il alloit répandre adroitement dans l'armée , on viendroit les interroger, ils répondissent qu'ils avoient trouvé ce que leuc Roi leur avoit promis ; qu'ils jouissent des récompenses du martyre, & queceux qui les imiteroient, en combattant vaillamment, & qui mourroient dans cette guerre, jouiroient de la même félicité. La chose s'exécura comme il l'avoit proposée. II mit ses plus fidèles serviteurs parmi les morts, lei couvrit de terre, & leur laissa un petit soupirail pour respirer. Ensuite il rentra au camp, & faisant assembler les principaux chefs, verslemilieu de la nuit : Vous êtes, leurdit-il, les soldats de Dieu, les défenseurs de la foi, & les protecteurs de la vérité. Disposez-vous à exterminer nos ennemis , qui sont aussi ceux du Très-haut, & comptez que vous ne retrouverez jamais une occasion si certaine de lui plaire. Mais comme il pourroit se trouver parmi vous, des lâches & des stupides qui ne s'en rapporteroient point à mes paroles, je veux les convaincre par la vue d'un grand prodige. Allez au champ de bataille ; interrogez ceux de nos frères qui ont été tués aujourd'hui; ils vous assureront qu'ils jouissent du plus parfait bonheur, pour avoir perdu la vie dans cette guerre. En même-temps il les conduifìtsurlechampdebataille,oùil cria de toute fa sorce : O assemblée des fidèles martyrs, faitesnous savoir ce que vous avez vu des merveilles da Dieu très-haut ! Ils répondirent: Nous avons reçu du Tout-puissant, des récompenses infinies, & qui ne peuvent être conçues par les vivants. I.es chefs , surpris de cette réponse , coururent la pub'ier dans l'armée , & réveillèrent le courage dans le cœur de tous les soldats. Tandis que cela sepaC soit au camp, (e Roi feignant une extase causée par ce miracle, étoit demeuré près des tombemx, eu ses serviteurs ensevelis, attendoient leur deli170

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vrance; thaïs il boucha les trous par lesquels ils respiroient, & les envoya recueillir , par ce barbare stratagème , les récompenses qu'ils venoieni d'annoncer aux autres.

Vje mot, qui vient du Latin Satire, fauter, signifie le passage brusque d'une idée à une autre, dont le rapport trop éloigné , n'étoit pas d'abord apperçu. Les saillies tiennent le même rang, dans les opérations de l'esprit, que l'humeur ou la boutade dans les affections du coeur. Ces transitions subites $i inattendues, ne sujiposenr pastoujoursut-e grande étendue de lumières , mais elles caractérisent l'esprit. Les gens gais ont des faillies de plaisanteries; les méchants, de méchancetés; les personnes naïves, de naïvetés, & c. Voye[ Contes, Bons mots, Sarcasmes , Naïvetés.

Ceux qui ont une imagination heureuse, ont des saillies d'imagination. Nous donnerons pour exemple, ces penséesde l'auieur de VEsprit des I.oix. La clôture des femmes en Orient, fuit naturellement de la polygamie, Tordre domestique le demande ainsi : tin débiteur insolvable cherche à se mettre à couvert des poursuites de ses créanciers.

C'est un beau spectacle que celui des loix féodales ! Un chêne antique s'élève, Tœif en voit de lpin, les feuillages ; il approche, il en voit la tige, mais il n'enapperçoit point les racines; ilfaut percer la terre pour les trouver.

On a rapporté cette saillie de valeur d'un Général d'armée. Les ennemis s'avançoient ; des nouvelles de leurs force, supérieures pouvoient décourager l'armée qui leur étoit opposée : le Général l'appréhendoit; aussi , lorsqu'on vint lui annoncer que les ennemis s'approchoient, il qu'il étoit nécessaire d'envoyer reconnoitre leur nombre : Ncus

SAILLIE.

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