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Saillis* 171 le? compterons, dit-il, quand nous ïès aurons défaits. Par cette saillie, il soutint le courage des fìens.

Lorsqu'on donm la première représentation de la tragédie de Brutus, les satyres appel lées Callottes, é'O'e it encore en vogue. Un Abbé qui s'étoit placé fur ledevant d'une loge, quoiqu'il y eût des dames derrière lui, ,e vit apostrophé parlepirterre, qui cria à plusieurs renrises : Place aux dames, à bas la calotte. L'\hbè impatient de ces clameurs , prit (à calotte, & d't en la jerranr : Tiens , la voilà, Parterre , tu la merites bien. Ce mot sut trouvé heureux, & on laissa M. ì'Abbé tranquille.

SALTINBANQUE.

S /nousajoutons foi aux rélations des voyageurs, il n'y a pas de joueur de gobelets, ou de Saltinbanque en Europe, qui puisse se mesurer avec les charlatans Indiens des côtes d'Asie. Nos foires , où se trouveroient les plus habiles faiseurs de tours, ne leur présenteroient que le spectacle ridicule de quelques enfants qût s'amusent à faire de petites espiègleries. Qu'on en juge par ce seul trait rapporté dans l'Histoire générale des Voyages.Tvf etnier, en passant à Baroche , avoit accepté un logement chez les négociants Anglais. Quelques charlatans Indiens ayant offert d'amuser rassemblée, par des tours de leur professionce voyageur eut la curiosité de les voir. Pour premier spectacle, ils allumèrent un grand feu, dans lequel ils firent rougir des chaînes dont ils se lièrent le corps à nu , lans en ressentir aucun mal. Ensuite , prenant un petit morceau de bois, qu'ils plantèrent en terre, ils demandèrent quel fruit on souhaiteroit en voir sortir. On leur dit qu'on desiroit des mannes. Alors, un des charlatans, s'étant couvert d'un linceul, s'accroupit cinq ou six fois contre terre. TaO.JÍ Saitinbançoe.

vern'er, qui vouloit le suivre dans cette opératio» , prit une place d'où ses regards pouvoient pénétrer par une ouverture du linceul ; & ce qu'il raconte , ajoute VHijìorien des Voyages,semble demander be.iuc up de confiance au témoignage de sesyeux. 1'apperçus, ditTavernier , que cet homme se coupant la chair sous les aisselles, avec un rasoir, frottoit de son sang, le morceau de bois. Chaque fois qu'il se retiroit, le bois croiffoit à vue d'œil; & à la troisième sois, il en sortit des branches avec des bourgeons. La quatrième fois, l'arbre fut couvert de feuilles. La cinquième, ony vitdes fleurs. Un Ministre Anglais,, qui étoit présent, avoit protesté d'abord qu'if ne pouvoit consentir «}ue desChréiiens affiliassent à ce spectacle : mais ïorsque d'un morceau de bois sec , il eut vu que ces gens-là fiisoient venir, en moins d'une demiheure, un arbre de quatre ou cinq pieds de haut, avec des feuilles & des fleurs comme au printemps, il se mit en devoir de l'alier rompre, Si dit seulement qu'il ne donneroit jamais la Communion à aucun de ceux qui demeureroient plus long-temps à voir de pareilles choses.- ce qui obligea les Anglais, de congédier ces charlatans, après leur avoir donné la va'eur de dix ou douze écus, dont ils parurent trës-sit isfait,.

Un Saltinbanquediso't en plein marché, qu'il montre roit le diab e. Tout le n o ide accourut à ce singulier spectacle. Loriqu'il eut ramas é le plus d'ardent qu'il put, il ouvrit, devant son .ssemblée qui rfgardoit les bras immobiles & la bouche béa'te, une grande bourse vuide , & leur cria: ii Messiturs, ot:vrir fa hoirie, Si ne voir rien deV dans, c'est la le diable. »

Sarcasme. 2.73

SARCASME.

'X R Ait de railleries , aiguisé par an esprit caustique & méchant. Si on rit quelquefois d'un mot satyrique & piquant, on déteste toujours celui qui le dit.

En 1668, M. d'Humières venoit d'être élevé à la digniié de Maréchal, à la sollicitation du Vicomte de Turenne, qui ne put résister aus charmes & à l'esprit de la Marquise d'Humières. Le jour même , Louis XIV demandant- au Chevalier d© Grammont, s'il savoir bien qui il venoit de faire M réchal de France : Oui , Sire , lui dit-il ; c'tjí Madame d'Humières.

Le Cardinal de Bonzi disoit toujours, en riant, que tous ceux qui avoient des pendons fur ses bénéfices , ne vivroient pas long-terops, & que son étoile les tueroit. Ce Cardinal étoit le protecteur déclaré de Penautier, Receveur-Général du Clergé. Un jourl'Abbé Fouquet ayant rencontré certe éminence d ns le fond de son carrosse ivec Fe 'aurier, que l'on accu'oit dans le temps de se mêler de poifon, dit dans une compagnie: Je viens de rencontrer le Cardinal de Bon\i avec son étoile: lettres de Sévigné.

Un homme de la Cour étoit soupçonné d'être impuissant & ne laissoit pas échapper l'occafíon de s'en défendre. II rencontra Benserade, qui Favoit souvent raillé là dessus. Monsieur , lui dit-il , norobstant toutes vos mauvaises plaisanteries , ma femme est pourtant accouchée depuis peu de jours : Hé! Monfeur , lui répliqua Benstrade , on n'a jamais douté de Madame votr» ftmme.

Beautru , étant en Espagne , alla visiter la fameuse bibliothèque de l'Escurial, où il trouva un bibliothécaire fort ignorant, Le Roi d'Espagne Fia* 474 S i R C 1 S M li

terrogea sur cette bibliothèque. Elle est très-belle, dit-il; mais votre Majesté devroit donner à celui qui en a le foin, l'administration de (esFinances* Et pourquoi, dit le Prince?C'est, repritBeautru, que cet homme ne touche point au dépôt qui lui est confié.

Un Général d'armée, plus propre! se distinguer au bal qu'à l'armée, avoit envoyé à la potence un soldat pris en maraude. Le Capitaine s'efforça d'obtenir la grace de ce malheureux ; il représenta au Général , que c'étoit un des plus braves soldats de sa troupe; mais en vain, il ne peut fléchir ce Général. Que je suis un grand sot, difoit ce Capitaine , au lieu de relever- la bravoure de mon soldat, j'aurois dû le louer comme un bon danseur , 6c notre Général m'auroit accordé fi grace!

Un gentilhomme parlant fort haut à M. le Prince de Guémené, contre le Cardinal de Richelieu; parlez plus bas, lui dit le Prince, voilà de ses créatures qui pourroient bien vous entendre. C'étoient des pauvres qui venoient demander l'aumône.

Un Abbé de Cour se vantoit d'avoir converti un Calviniste. Vous l'avez converti, lui répondit quelqu'un , mais par qui l'avez-vous fait instruire?

On parloir, dans une compagnie , de la métempsycose: quelqu'un, qui comptoit faire une bonne plaisanterie, répondit qu'efFectivement il se souvenois d'avoir été le veau d'or. Vous n'en avez perdu que la dorure , lui repartit une Daine assez plaisamment.

Une fille se plaignoit d'approcher de trente ans , quoiqu'elle en eût davantage. Consolezvous , Mademoiselle, lui dit quelqu'un , vous vous en éloignez tous les jours.

Une autre fille, qui vouloit faire la jeune a quarante ans, disoit qu'elle n'en avoit que vingtcinq. Je le fais fort bien , repartit un plaisant peu galant, car il y a quinze ans qae vousme le dites. Sarcasme. 17$

Un Prince avoit choisi un homme trèí-îgnorant pour être son bibliothécaire. C'est, disoit une folie femme, le serrail qu'on a donné à garder à un eunuque.

Un docteur en droit ayant accusé & convaincu d'adultère sa femme , qui étoit fort belle, il la fit enfermer dans un couvent, & prit une concubine en fa place. Ce fut à cette occasion qu'un railleur, se trouvant dans une compagnie où il étoit ques-1 tion de l'?ffiire de ce docteur , dit assez plaisamment : Catin pour catin , il auroit aussi-bten fait de garder sa femme.

Un Conseiller dont les ancêtres avoient porté la livrée , venoit souvent à l'audience avec une culotte de ve'ours rouge. Le Président , qui crut qu'elle étoit indécente dans un Magistrat, lui dit malignement: Je ne fuis point furpris de vous voir cet habillement cavalier, on aime les couleurs dans votre famille.

Le Prince Jules , fils du grand Condé . rongé de vapeurs , se faisoit lire les hommes illustres de Plutarque , par un de ses valets-de-chambre , & n'en étoit pas plus tranquille. Je ne fuis pas surpris de ce qui vous arrive, luf dit ce domestique de confiance ; vous vous occupez de livres qui ne parlent que de massacres, de batailles, de destruction de peuples , qui vous noircissent l'imagina" tion. Lis moi donc,répliqua le malade, la vie du Maréchal de... Ce Seigneur devoit à la seule faveur , le grade qu'il venoit d'obtenir.

Le Marquis de * * * avoit, dans un combat dpnné en Flandres, fait une retraite précipitée. Quelque-temps après, on montra à Louis XIV plusieurs chevaux Anglais, que l'on disoit excellents pour la course. Sire , repartit le Comte de***, je sais un meilleur coureur que tous ces Anglais ; c'est le cheval du Marquis de ***.

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