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2.86 S r t í N c E.

giné que tout ce que Gassendi a débité pour nout faire adopter les rêveries d'Epicure. Passe pour fa morale, mais le reste ne vaut pas la peine qu'on y sisse attention. N'est-ilpas vrai, mon Père, ajouta Molière? Le Religieux répondit, comme Monsieur Gobcmouche, par un hom, hom, qui faisoit entendre aux Philosophes, qu'il étoit connoisseur en cette matière; mais il eut la prudence de ne se point mêler dans une conversation fi échauffée. Oh ! parbleu,mon Père,dit Chapelle,qui se crut affoibli par l'appirente approbation du Minime, il faut que Molière convienne que Descartes n'a formé son système que.comme un Méchanicien, qui imagine une belle machine, sans faire attention à l'exécution. Le système de ce Philosophe est contraire a une infinité de phénomènes de la rature, que le bon homme n'a point prévus. Le Minime sembla se ranger du côté de Chapelle,par un second hom , hom. Molière, outré de ce qu'il triomphoit, redouble ses efforts, & détruit les opinions de Gassendi par de si bonnes raisons, que le Religieux fut obligé de s'y rendre par un troisième hom , hom obligeant, qui sembloit décider la question en sa faveur. Chapelle s'échauffe, & criant à pleine tête pour convertir son Juge, il ébranla son équité par la force de ses poumons. Je conviens que c'est l'homme qui a le mieux rêvé, ajoute Chapelle; mais, morbleu, il a pilfé ses rêveries pjr-rout, & cela n'est pas bien.N'estil pas vrai, mon Père, dit-il au Minime? Le Moine, qui convenoit de tout obligeamment, donna auffi-tôt un signe d'approbation, fins proférer une feule parole. Molière , fans fonger s'il étoit au fait, saisit avec chaleur le moment de réfuter l'argument de Chapelle. Ces deux Philosophes en étoient aux convulsions, & presque aux invectives d'une dispute philosophique, quand ils arrivèrent devant les Bons-hommes. Le Religieux demanda qu'on le mît à terre, & donna son applaudissement au profond savoir des deux antaS 1 tï K C E, 187

goniffes.Maisavantquede sorrir du bateau, il alla prendre sous les piedsdu batelier,fa besace qu'il y avoitmiseen entrant. C'étoit un Frère Lai. Les deux Philosophes n'avoient point vu son-enseigne; & honteux d'avoir perdu le fruit de leur dispote devant un homme qui n'y entendoitrien, ils se regardèrent l'un l'autre sans se rien dire. Molière, revenu de son abattement, dit à Baron , qui étoit de la compagnie, mais d'un âge à négliger une pareille conversation: Voyez, petit garçon, ce que fait lé silence quand il est observé avec conduite. Voilà comme vous faites toujours, Molière , dit Chapelle; vous me commettez fans cesse avec des ânes qui ne peuvent savoir fi j'ai raison. II y a une heure que j'use mes poumons, & Ie n'en suis pas plus avancé.

Les jeunes-gens qui parlent indifféremment sur ce qu'ils savent & ne savent pas, n'approuveront peut-être point la réponse de ce jeune homme instruit, jnaisfùrt modeste,qui avoit gardélesilence dans une compagnie de gens de lettres. Son père lui demandoit en particulier , pourquoi il ne s'étoit pas fait honneur de ce qu'il savoit ? Je craignois, lui répondit-il, qu'on ne vînt aussi à m'interroger sur ce que j'ignorois.

SINGULARITÉ.

Il y a une singularité , que l'on peut regarder comme un vice de l'esprit, & qui consiste à fronder les modes & les usages de son siècle. C'est ce ridicule que NéricaultDefrouches a mis avec succès sur la scène , dans fa pièce intitulée VHomme singulier.

Le spectateur Anglais parlé d'un gentilhomme habitué au nord dé l'Angleterre, qui étoit un exemple bien remarquable de cette singularité. H s'étoit fait une maxime constante d'3gir, dans les 0.88 S I » G II U K I I Ê,

choses fes plus indissétentes de la vie , suivant lei idées tes plus abstraites de la raison, & de n'avoir aucun égard ni à la coutume, ni aux usages des autres. II se distingua d'abord par plusieurs petites bizarreries. II ii'avojt jamais une heure fixe pour dîner, louper ou dormi r ; parce que, difoit-fl, nous devons être attentifs à la vojx de la nature, & qu'il ne faut point régler notre appétit lur nos repas, mais prendre nos repas fur notre appétit. Dans fa convention avec les gentilshommes de la campagne, il n'auroit pas voulu employer une phrase, à moins qu'elle ne fût exactement vraie. C'est pour cela même qu'il n'a jamais dit à aucun d'eux, qu'il étoit son très-humble serviteur, Si qu'il se bornoit à leur souhaiter toute sorte de bien. II aimoit aussi mieux passer pour mécontent, ou malintentionné, que de boire à la santé du Roi , s'il n'avoit pas soif. Tous les matins, à son lever, il mettoit la tête à la fenêtre, &, après y avoir humé l'air une demi-heure, il récitoit,le plus hautqu'il lui étoit possible , une cinquantaine de vers pour l'exercice de ses poumons. II les prenoit le plus fouvent d'Homère, parce que le Grec, sur-tout dans ce Poëte, est plus sonore , plus ronflant & plus propre à faciliter l'expectoration, que toute autre langue. II avoit plusieurs áutres marottes, pour lesquelles il donnoit plusieurs bonnes raifons physiques. Cette humeur se fortifia chez lui au point qu'il en vint jusqu'à mettre un turban au lieu d'une perruque, pat ce que celle-ci est moins Gine & moins piopre que le turban. Ce n'tct pas tout: il observa fort judicieusement, qu'il y a trop de ligatures dans la manière dont on s'habille aujourd'hui, & qu'elles ne peuvent qu'empêcher la circulation du sang ; de sorte qu'il fit faire des habits tout d'une pièce , a la manière des hussards. Et en un mot, pour s'attacher aux idées les plus exactes de la raison , il s'éloigna tellement des usages reçus de ses compatriotes, ou mêmed* tout le monde, que ses proches l'auroient

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Fait condamner aux petites maisons, & se seroient emparés de son bien, si le Juge, averti qu'il ne troubloit point l'ordre de la société , ne se fût borné à le déclarer lunatique, & à nommer des curateurs pour veiller à ses affairess.

1_je simple Soldat, confondu dans la foule, voit rarement ses belles actions éclairées par la gloire; .& c'est une raison de plus pour les admirer lorsqu'elles viennent à notre connoiflànce. Voyeç Courage, Bravoure , Valeur, Honneur , Militaire, Français.

Le Prince de Bade défit les Turcs à Salankemen le 19 Août 1691. Aprèscettesanglante bataille, un Janissaire, empressé de ravoir son turban qu'il avoit laissé tomber, n'osoit cependant le demander j mais l'AIlemand qui l'avoit ramassé , le lui remit généreusement, & ajouta ces mots en langue - Turque : Mon cher , voilà votre turban, Vous étes Soldat, je le suis auffi; nous devons nous traiter en frères. Le Janissaire plein de joie , & ne voulant pas céder en générosité, reprend son turban, d'une main , & de l'autre fait présent de son mousquet à l'Allemand, & lui dit : Si nous sommes frères , jt n'en ai plus besoin : Cantimir , Histoire de l'Lmpire Otroman.

Le grand Condé, parlant de l'intréptdité de quelques Soldats, disoit, qu'étant devant une place où il y avoit une palissade à brûler, il fit promettre cinquante louis à qui seroit assez brave pour faire réussir ce coup de main. Le péril étoitsi apparent, que la récompense ne tentoit point. Monseigneur, lui dit un Soldat plus courageux que les autres, je vous tiens quitte des cinquante louis que vous me «promettez, fi votre Altesse me veut faire Sergent de ma compagnie. Le Prince, qui trouva de la gêné

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SOLDAT.

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rofìté dans ce soldat, de préférer l'honneur à l'ar» gent, lui promit l'un & Pautre. Animé par le prix qui l'attendoit à son retour, il-résolut d'affronter une mort si glorieuse; il prend des flambeaux, descend dans te fossé; va à la palissade , & la brûle, malgré une grêle de mousqueterie, dont il ne fut que légèrement blessé. Tonte l'armée , témoin de cette action, le voyant revenir, crioit vivat, & le cpmbloit de louanges, quand ils'apperçutqu'il lui rnanquoit un de ses Pistolets. On lui promit de Id en donner d'autres. Non, dit-il, il ne melera poin. reproché que ces marauts-là profitent de mon pif' tolet. I I retourne fur ses pas, essuie encore cen£ coups de mousquet, prend son pistolet, & le rap_ porte .* Lettres de Boursault,

Une des plus belles actions de soldat dont l'hiscoire fasse mention , est celle qui est rapportée djns l'histoire du Maréchal de Luxembourg. Ce Maréchal n'étant encore que Comte deBoutteville ,servoit dans l'armée de Flandres en 1675. Happer çut, dans une marche , quelques foldats qui s'étoient 'écartés du gros de l'armée: il envoya un de ses aides-de-camp pour les ramener au drapeau. Tcus obéirent, excepté un seul qui continua son chemin Le Comte, vivement offensé d'une telle désobéissance, court à lui la canne à la main, Si menace de l'en frapper. Celui-ci répond avec sang-froid, que s'il exécutoit fa menace , il fauroit bien l'en faire repentir. Outré de la réponse, Boutteville lui déchargea quelques coups, & le força de rejoindre fon corps. Quinze jours après, l'armée assiégea Furlies ; Boutteville chargea le Colonel de tranchée, de lui trouver dans son Régiment, un homme ferme & intrépide , pour un coup de main dont il avoit besoin, avec cent pistoles de récompense. Le soldat eo question, qui passoit pour ie plus brave du Régiment, se présenta; & ayant mené avec lui trente de ses camarades, dont on lui avoit laissé le choix, il s'acquitta de fa commission qui éioitdcs

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