Images de page
PDF

Songes, jot un chien, il gronda; & comme il continua à le frapper, il alla chercher une houssine, & poursuivit le prérendu chien , en frappant de toute la force. A la fin il s'emporta , & accabla le chien,d'injures , se désespérant de ne pouvoir pas le trouver, II s'avisa de tirer un morceau de pain, de sa poche, appella le chien par son nom, & tint la houssine cachée. On lui jetta un manchon qu'il prit pour le chien, & sur lequel il déchargea sa fureur.

M. Pigatti observa plusieurs fois Negretti, & remarqua que chèque nuit il faisoit quelque choie de nouveau, II observa aussi que, tant que son état duroit, il n'avoit aucun usage de la vue , de l'ouie, de l'odorat, ni du goût. On a vu qu'on pouvoit Jui faire manger des mets différents , fans qu'il s'apperçût du changement : il n'entendoit pas le plus gn,nd bruit ; il n'appercevoit pas une chandelle qu'on tenoit assez près pour lui brûleries paupières; il ne sentoit pas une plume , avec h-r quelle on lui chatouilloit fortement le nez; en un mot, rien ne faisoit impression fur lui. Pour l'aN touchement, il l'avoìt quelquefois fin , d'autres fois aussi fort grossier.

SONGES.

Il n'est que trop ordinaire de trouver des personnes qui ajoutent foi aux rêyes , & on cite en leur faveur, plusieurs songes qui ont reçu leur accomplissement; mais ii seroit bien plus étonnant si l'on ne pouvoit point en citer, vu le grand nombre de ceux qui rêvent.

André Pujon, de la haute Auvergne, en allant à Paris, passa par Riom. II y rêva la cuir que l'anagramme de son nom étoit pendu à Riom. En efrer, le lendemain il s'éleva une querelle entre un homme de son auberge & lui, & il tua son ennemi, ce qui le fit pendre huit jours après dans Riom: Faydit,

3<3X Songes.

Un Soldat étant couché dans la tranchée devant Landrecie , fut averti par un songe , de se retirer promptement, s'il ne vouloir être accablé par une mine qui alloit fauter. A peine se fut-il levé , que la mine fit sauter l'endroit où il étoit c»uché: Lettres de Grotius.

Le même rapporte qu'un certain homme , qui ne savoit pas un mot de Grec , vint voir M. Saumaise le père, qui étoit Conseiller au Parlement de Dijon, & lui montra de certains mots qu'il avoit entendu la nuit en rêvant, & qu'il avoit écrits en caractères Français, à son reveil. II demande à M. Saumaise s'il ne savoit pas ce qu'ils vouloient dire. Saumaife lui répondit que cela signifioit: Wa-t'cn, ne vois-tu pat la mort qui te menace! Cet homme quitte aussi-tôt fa maison , & elle tomba la nuit suivante.

Maldonat, Jésuite, ayant formé le deflein de travailler à un Commentaire sur les quatre Evangélistes , crut voir pendant quelques nuits, un homme qui l'exhortoit à finir promptement cet ouvrage, 6k qui l'assuroit qu'il l'acheveroit ; mais qu'il survivroit peu de jours à la conclusion. Cet homme en même-temps lui marquoit un certain endroit du ventre, qui fut le même où Maldonat sentit les vives douleurs dont il mourut peu de temps après avoir achevé son ouvrage: Alegambc.

Le père Spinola, Missionnaire au Japon , avant -que d'être arrêté par ordre du Gouvernement, rêva sor le minuit, que des voleurs étoient entrés par force dans fa chambre. Le Père d'Orléans assure gravement que c'étoit un avertissement de ce qui arriva une demi-heure après.

Peiresc, savant antiquaire, rêva une nuit qu'il iétoit à Nismes, où un Orfèvre lui présentoir une médaille d'or de Jules-César , dont il lui demandoitquatre écus. S'étant éveillé, il s'en alla à Nismes , & comme il se promenoit par la ville, il .rencontra un Orfèvre, a qui il demanda s'irn'avoit point quelques curiosités; l'orfèvre lui répondit S O N G I J." 305

qu'il avoit une médaille d'or de Jules-César. Interrogé du prix, il demandj quatre écus, que M. Peirese lui donna, voyant ainsi, avec plaisir, son songe accompli : Gassendi.

Dion Clirysostômeparle d'un certain Egyptien, joueur de luth , qui songea une nuit qu'il jouoit de. fon luth aux oreilles d'un âne. Cet Egyptien ne fit pas d'abord réflexion fur ce songe; mais quelque temps après, Antiochus, Roi de Syrie,étant venu à Memphis pour vcir son neveu Ptolomée , le Roi fit venir le joueur de luth pour amuser Antiochus; mais ce Prince qui n'aimoit point la musique, écouta d'un air distrait, Si ordonna à ce Musicien de se retirer. Le pauvre homme se voyant méprisé, se rappella le songe qu'il avoit fait , & ne put s'empêcher de dire en sortant : J'avoubien rêvé que je jouerait devant un âne. Antiochus , qui l'entendit, commanda qu'on te liât, & lui fit donner les étrivières. Depuis ce moment, le Musicien , bien étrillé, perdit l'habitude de rêver.

SOPHISME,

On sait que le sophisme est une espèce d'argumentation captieuse dont se sert celui qui veut mettre en défaut son adversaire peu précautionné, & le faire tomber dans le piége. Quelques Rhéteurs | pour mieux faire entendre cette espèce 'd'argument, ont imaginé l'histoire suivante. Un crocodile avoit enlevé, sur le bord du Nil, le fils d'une pauvre femme: cette mère désolée, supplioit l'animal, de lui rendre son fils. Le crocodile répliqua que fa demande lui fera accordée, si elle répond juste à la question qu'il w lui fiirçe; Veuçc~ je te rendre ton fils, ou non ?. lui demanda le cro'codile.La: femme, soupçonnant que l'animal vpu,;Iojt la tromperrépondit avec douleur : Tu ne ^veux pas mêle rendre, & demanda que son fils lui 304 Sophisme, fût rendu , comme ayant pénétré la véritab'e intention du crocodile. Point du tout , repartit le monstre : car fi je te le rendois, tu n'aurois pas dit vrai; ainsi je ne puis te ie donner fans que ta première réponse ne soit fausse ; ce qui est contre notre convention.

Zénon d'Elée, Philosophe de l'antiqqité, qui se plaisoit à embarrasser par des raisonnements captieux ,tous ceux avec lesquels il disputoit, soutenoitqu'Achille,qui iroit dix fois plus vîtequ'une tortue, nepourroit néanmoins jamais l'atteindre si cet animal avoit une lieue d'avance. Car tandis qu'Achille, disoit Zénon, feroit la première liege, la tortue feroit le dixième de la seconde lieue ; Si tandis qu'Achille feroit le dixième de la seconde lieue , la tortue feroit le dixième de cette dixième, ou un centième, & ainsi à l'infini.Ce sophiste supposoit faussement que tous ces dixièmes compcsoient un efpace infini; mais íl est aisé de concevoir qu'ils font une progression géométrique dont les termes vont, en diminuant, à l'infini.

On peut encore citer ici comme un exemple de sophisme, le fameux procès de l'Orateur Protagoras. Cet Orateur éroit convenu avec un jeune-homme, nommé Evalthe,de lui enseigner les secrets de son art, moyennant une somme dont la moitié feroit payée sur-le-champ, & l'autre après le gain de la première cause du jeune Avocat. Evalthe resusant de plaider , son maître le traduisit au tribunal de l'Aréopage , & lui dit devant les Juges : Si le jugement qu'on va porter m'est favorable, vous ferez condamné, s'iï m'est contraire , vous ferez également mon débiteur, puisque vous aurez gagné votre première cause. Vous vous trompez , reprit le disciple: Si Ie gagne, l'Aréopage vous condamnera , & je ne vous devrai plus rien; si je perds, je ferai quitte, puisque j'aurai perdu ma première cause. Les Juges laissèrent cette subtile question indécise, Si sauvèrent l'honneur da tribunal, par

Sots 3°J le resos de leur arrêt: Discours fur le Bureau

à'Athènes.

SOT.

C^E mot a différentes significations en Français, qu'il n'est pas besoin d'expliquer, & que la réponse suivante fera connoître. Une jeune Princesse avoit vu un très-beau tableau chez un Ambassadeur d'Angleterre, & l'avoitfort loué. Cet Ambassadeur qui passoit pour être très-galant, se saisit aussi-côt de cette occasion pour faire sa cour à la Princesse, lui envoya le tableau, & la pria instamment de le garder. Elle le montra au Prince son mari, qui l'exaruina avec beaucoup d'attention. Que dites-vous, Monsieur, lui dit-elle, de ce présent que M. l'Ambassadeur m'a fait? « Tout ce que je puis dire là» dessus, Madame, lui répondic-il en admirant la ,, beauté de ce tableau, c'est qu'il faut- que cet Ami» bassadeur soit un grand sot, ou que je le sois.-»

SOTTISE.

-

.Li'Ignorance jointe à la suffisance, est appellée sottise. Un brillant Marquis étoit allé chercher des Dames pour les mener à l'Observatoire de Paris, où devoir se faire l'obfervation d'une éclipse du soleil, par le célèbre Cassini. Latoilette avoit retardé l'arrivée de cette compagnie , & l'éclipse étoit passée iorsque le petit-maître se présenta à la porte. On lui annonce qu'il est venu trop tard , oc que tout est fini. Montez toujours, Mesdames,leur dit-il, M. de Cassini est de mes amis, & il aura la complaisance de recommencer pour moK

Des sots de la même espèce disputoient trèsennuyeusement à table, pour savoir s'il falloit dire Tome U. Ce' ;7

[graphic]
« PrécédentContinuer »