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» première fois » dit-elle « que je lui donnaj 3 » boire, je versai l'eau sur elle, au lieu de la. » mettre dans le verre. Le défaut de ma vue exri trímement basse , joint au trouble où j'étois » toujours en l'approchant, me faisoit paroître » dépourvue de trute compréhension pour les » choses les plus simples. Elle me dit un jour » de lui apporter du rouge , & une petite tasse » avec de l'eau qui étoirsur fa toilette : j'entrai » dans fa chambre où je demeurai éperdue , fans » savoir de quel côté tourner. La Princesse de » Guise y passa par hazard , & surprise de me j, trouver dans cet égarement : Que faites-vous » donc-là ,, medit-elle? « F-h ! Madame, lui dis-je? Jidu rouge, une tasse, une toilette, je ne vo;s » rien dtr tout cela. Touchée de ma désolation, it elle me mit en main ce que sans son secours, Ji j'aurois inutilement cherché. Je dirai enccre Ji quelques-unes de mes bévues p!«s singulières, » & qui fembloient tenir de l'imbécillité. Mali dame la Duchesse du Maine étant à fa toilette, J, me demanda de la poudre ; je pris la boîte par j) le couvercle ; elle tomba comme de raison , & » toute la poudre se répandit sur sa toilette 8i sur j, la Princesse, qui me dit fort doucement .-quand » vous prenez quelque chose , il faut que ce soit J, par en bas. Je retins fi bien cette leçon , qu'à » quelques jours de là , mayant demandé fa bourJ, se , je la pris par le fond; & je fus fort étonnée »de voir une centaine de louis qui étoient <jeJ, dans , couvrir le parquet : je ne sivois plus par Ji rien prendre. Je jettai, encore aussi sorte» ment, un paquet de pierreries que je pris tout » au beau milieu » : Mémoires de Madame de Stacl.

JLVXoTqui ,en Anglais .signifieVA/V. II se dit plos particulièrement de l'action de boire à la santé

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Trahison.

des belles à la mode. Voici l'anecdote qui y donna lieu. Une maîtresse du Roi d'Angleterre venoit de se baigner : un des courtisans avala par galanterie une tasse d'eau du biin de la déesse; chacun en but à son tour ; !e dernier dit : je retiens la rôtie, faisant allusion à l'usage du temps, de boire avec une rôtie au fond du verre : Origine du tost Anglais.

TRAHISON.

O N lit avec plaisir, dins les notesd'Auelotsur Tacite, ce trait de deux gentilshommes qui, au milieu d'une assemblée bachique, font voir toute la franchise de leur ame & leur horreur pour la trahison. Sous la minorité de Louis XIV, deux gentilshommes Français, l'un de Picardie , nommé d'Eseldinvilliers , & l'au;re de Champagne , nommé de Renneville, tous deux morts LieutenantsGénéraux , mangeoient un jour ensemble, avec plusieurs autres Officiers. D'Esclainvilliers dit à la compagnie: Bavons à la santé du Roi; puis s'adressant à Renneville, ajouta : Mon ami , je te la porte; car, vive Dieu, fi tous les gentilshommes nous rejsembloient, il n'yauroit point de traîtres en France. Tous les conviés aussi-tôt mettant la main fur leur épée , prièrent Dieu de changer en poison le vin qu'ils alloient boire à la santé du Roi, s'ils avoient d'autre pensée dins l'ame , que de verser leur sang pour le service de leur Prince & de leur patrie: Action, ajoute Amelot , qui fut d'autant plus agréable à la Reine régente , que cela se passa au fort de nos guerres civiles , où chacun se vendoit au plus offiant.

Oran qui , depuis le Cardinal Ximénès, fait partie de la domination d'Espagne, étoit assiégé en 1706 , par les Maures. Philippe V, malgré la situation presque désespérée de les affaires , ordonna au Comte de Santa-Crux, d'y conduire des 32.8 Trahison. secours. Mais ce lâche Officier , au lieu de prer* drela route d'Afrique, alla livrer ses galères & ses trcupes à la flotte Anglaise ; ce qui fut cause que ce port tomba entre les mains des Infidèles. Un Archidiacre de Cordoue .frère du perfide , instruit de cette action , courut auffi-tôtà la paroisse chercher le registre des baptêmes; & arrachant la feuille où le nom du Comte étoit inscrit; il dit, avec une fureur dont l'honneur étoit le principe: n Qu'il ne reste parmi les hommes , nus fouvenir » d'un homme aussi méprisable : Mémoires de Saint Philippe.

Les traîtres ont été souvent punis par ceux-mimes qui les ont employés. L'histoire fournit tant d'exemples de cette vérité , qu'il y a lieu de s'étonner qu'il se trouve encore des hommes, quelque lâches qu'ils soient, qui trafiquent de la confiance publique.

Enlisa, lorsque Soliman II assiégoit Rhodes, un traître s'offrit de le rendre maître de la place, & l'Empereur promit de lui faire épouser une de ses filles , si l'entreprise réussissoit. Elle réussit, & le Sultan sommé de sa promesse , fit venir sa fille, qui parut couverte d'or & de pierreries, & lui assigna une dot considérable. Se tournant ensuite vers le traître: « Vous voyez » lui dit-il « fi jesa:s » tenir ma parole; mais comme vous êtes chré» tien » continua-t-il « & que ma fille est Musul» mane, je ne puis vous la donner , que vous ne » foyez Musulman en dedans & en dehors de la M peau ; c'est ainsi que nous nous faifons tous un » devoir de l'étre. I I ne s'agit point ici de parole, » ni de renier votre Christ , par intérêt; mais de » vous dépouiller entièrement de cttte peau bapti» fée & incirconcise que vous portez ». En mêmetemps ce Prince donna ordre que son prétendu gendre futur fûtécorché, & qu'on le couchâtenlûite dans un lit couvert de sel, afin qu'il prît la peau d'un vrai Mahométan, après quoi on lui amèneroit son épouse. L'ordre fut exécuté , & le

traître

TniTirtNABB. 329 traître ne retira d'autre fruit de sa trahison, que de mourir au milieu des tourments.

TRIVELINADE.

5 o R T E de facétie ainsi nommée du nom de Trivelin, ancien farceur qui excelloit dans le bas comique. Ménage contoit volontiers la Trivelinade suivante.

Trivelin , monté sur un beau cheval d'Espagne, bien harnaché , se laisse gagner par le sommeil. A peine est-il descendu du cheval , qu'il se jette au pied d'un arbre & s'endort, après avoir eu néanmoins la précaution d'engager la bride autour de son bas. Des voleurs surviennent, dégagent adroitement le cheval qu'ils emmènent, & laissent la bride au dormeur. Trivelin s'étant éveillé

6 ne troDvanr plus son cheval , se tâtoit en disant : Ou [e suis Trivelin , on'je ne le suis point. Si je suis Trivelin , que je suis malheureux ! car j'ai perdu un beau cheval ; mais si je ne fuis pas Trivelin , que je suis heureux ! car j'ai gagné une belle bride. II s'arrête à ce dernier sentiment, & & fe livre aux plus doux transports de la joie.

T U R L U P I N A D E.

Ce mot vient de Turlupìn, fárceur célèbre qui faisoit rire le peuple par de fausses pointes, &par de fades équivoques. Les gins de goût rejettent ces plaisanteries; c'est pour eux une espèce de fausse monnoie, a laquelle les mauvais plaisants essaient en vain de donner cours.

Tome U. £«

33° Turlupin A De.

I l étoitun temps que les turlupinades régnoîent à la Cour de France.

Toutesois à la Cour les Turlupins restèrent.

Boi Le A u.

Le Roi des Turlupins étoitM. d'Armagnac. Ce Seigneur se trouvant un jour avec M. le Duc (Henri Jules) depuis Prince de Condé, il lui demanda pourquoi on disoit guet-à-pens, Si non pas guet-à-d'inde ? Par la même raison , répondit le Prince , qu'on ne dit pas: Monsieur d'Armagnac est un turluchesne3 mais un turlupin: (Longueruana. )

Le Maréchal de ** * n'étoit pas çn état de faire ses preuves pour être Cordon-bleu j il lui manquoit un degré.Le Roi témoignai M. d'Armagnac, qu'il avoit peine à surmonter cet obstacle. Bon! dit ce Seigneur, vous pouvez bien, Sire, faire sauter un degré au Maréchal de*** puisqu'il y en a à qui Votre Majesté a fait franchir l'escaiier tout entier.

Le Commandeur Forbin de Johnson , étant à un repas avec le célèbre Boileau, entreprit de le turlupiner sur son nom. Quel nom , dit-il , portezvous-là ? Boileau, j'aimerois bien mieux m'appeller Boivin. Ce Poëte lui répondit sur le même ton : Et vous , Monsieur., quel nom avez-vous choisi ? Jeanson;]e préférerois d'être nommé Jeanfarine, la farine ne vaut-elle pas mieux que le son?

On doit mettre au rang des turlupins, ceux qui plaisantent sur des défauts que la nature a donnés. Un Conseiller, borgne, étoit en dispute avec un de ses confrères, qui étoit boiteux : ils prirent pour juge un de leurs amis , qui, pour les assurer de son intégrité, leur dit ce proverbe : Je ne suis ni pour le borgne, ni pour le boiteux.

. Le même Conseiller borgne, voulant décider seul une contestation épineuse , une autre espèce de turlupin lui dit : Croyez-moi , empruntez les lumières d'un de vos confrères, deux yeux valent mieux qu'un.

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