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Tyran. 531

Un homme, dont le nez étoitsort camard, étant venu à éternuer en présence d'un railleur de ce caractère; celui-ci le salua, & ajouta : Dieu vous conserve la vue. Celui qui venait d'éternuer , surpris de ce vœu, lui demanda pourquoi il le sasfoi t? Parce, répondit le railleur, que votre nez n'est pas propre à porter des lunettes.

Des Da m es, très-âgées, demandoient à M. d'Aubigné , qu'elles trouvèrent dans une des salles du vieux Louvre, ce qu'il fiisoit là? Vous voye \ , Mesdames , en les regardant, que j'admire des antiquités.

TYRAN.

U N Religieux, dit le Poëte Sadi, étoit respecté dans Bagdad pour fa piété, & le peuple & lés grands avoient confiance dans ses prières. Hoschas Joseph, tyran de Bagdad, vint le trouver, & lui dit : Prie Dieu pour moi. O Dieu , s'écrie le Religieux, en élevant les mains au Ciel ! ôte de la terre Hoschas Joseph. — Malheureux, tu me maudis, lui dit le tyran!—Je demande au Ciel, répondit le Religieux, la plus grande grace qu'il puisse accorder à ton peuple & à toi.

USAGES.

It n'est que trop ordinaire aux gens du monde, qui, pour la plupart, bornent leur petite science à la conhoissance des usages, de mépriser ceux qui les ignorent. M. le Duc de Bourgogne ne pensoit point ainsi. En 1701 , ce Prince commandoit en Flandres l'armée Française. Un vieux Officier, qui connoissoit mieux son métier que les usages de la Cour, se mit à la table du Prince, sans en avoir 33* Usurier.

obtenu la permisTou: on l'avertit de sa faute,&i! en demande pardon Monfieur, lui dit obligeamment le Duc de Bourgogne, vous soupere\ mec moi; je vous apprendrai la cour, & vous m'appradre\ la guerre.

USURIER.

Tjn simeux usurier, qui voyoit tous les jours ses profits diminuer, alla trouver un célèbre Prédicateur, pour le prier de prêcher vivement contre J'usure. Celui-ci, qui le croyoit converti, lui dit, d'un ton saintement animé : Ah ! mon frère, que je me réjouis de ce que la grace opère dans vctte cœur ! Vous n'y êtes pas, lui répondit froidement l'ufurier. Je vous fais cette demande, parce qu'il y a tant d'usuriers dans la ville, que je ne gag» rien : si vous pouviez les corrigerpar vos prédications, tout le monde viendroit à moi.

Un autre usurier, ou peut-être le méme,éroit à l'article de la mort. Son Confesseur l exhortoii de son mieux, & pour rendre fon exhortation plus pathétique, lui montroitun Crucifix, Lemoribond le regarde fixement. Son Confesseur, qui le croit touché, lui présente ce Crucifix, qui éto't d'argent. Le malade le soulève, & dit, en le rendant : « Monsieur, je ne puis pas prêter grand» chose là-dessus ». On pourra conclure de ce si't, que l'on meurt comme l'on a vécu.

V ALE U R.

O/est la force réunie au courage. Dans quelle ville la valeur étoit-elleplus honorée qu'à Sparte? Une troupe de Lacédémoniens, passant devant la tille de Corinthe, qui ayoit des remparts, quel

Valeur. , 33j ques Lacédémoniens demandèrent : Quelles femmes habitent cette cité ? Ce sont, leur réponditon, des Corinthiens. Ne savent-ils' pas, reprirent ils, ces hommes vils & lâches , que les seuls remparts impénétrables à l'ennemi , sent des citoyens déterminés à la mort: Voye[ Bravoure , Courage, Français.

Un mot, une plaisanterie dite à propos, a souvent plus servi à rappeller la valeur des troupes, que la harangue la pîus éloquente, Les Français attaquent & battent, en 1690, le Prince de WaldekàFIeurus, près de Charleroi. Durant cette' action , un Lieutenant-Colonel d'un Régiment Français, dont le nom auroit bien mérité d'être conservé , se trouve prêt à charger. Ne sachant comment animer les siens, très-mécontents d'être entrés en campagne sens ê;re habillés, il leur dit: «Mes amis, voici de quoi vous consoler, puis» que vous avez Je bonheur d'être en présence »d'un Régiment vêtu de neuf. Chargeons vigoureusement, habillons-nous». Cette plaisanterie, qui marque un grand fonds de mépris pour l'ennemi, fait un tel effet fur l'esprit des soldats, qu'ils se précipitent sur le Régiment, le détruisent', & s'habillent tous complettement sijr-lechamp : Folard, Commentaire sur Polybe.

La nourriture influe plus qu'on ne pense fur la valeur des troupes; & tout le monde peut reconnoître la vérité de ce mot d'un Médecin Anglais, qui disoit qu'avec une diète de six semainej, il rendroit un homme poltron. Le Prince Maurice étoit si convaincu de te prlm/ip. , qn'il employoit toujours à quelque action de vigueur, les Anglais lorsqu'ils arrivoient de chez eux, & tandis qu'ils avoient encore la pièce de bœuf dans V estomac; c'étoit son expression: Guillaume Temple, Remarques fur Us Frovinces-Unies.

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VANITÉ.

Combien de gens assez ridicules pour vouloir emprunter leur éclat, de choses qui leur sont absolument étrangères! Ils ressemblent, pour la plupart, à ce Bedeau qui entendoit louer le Sermon qui venoit d'être prêché. Lorsque^ plusieurs des auditeurs se récrioient sur la solidité des pensées, & h richesse des expressions, ce Bedeau s'approcha d'eux, d'un air content, & leur dit: « Mef» sieurs, c'est moi qui l'ai sonné. »

On louoit pareillement un Organiste fur l'exécution d'un Te Deum. Le Souffleur, qui écoutoit, crut devoir se faire connoître, & dit, en dressant la tête : « Meilleurs, c'est moi qui ai soufflé. »

Un de ces Seigneurs désœuvrés, dont la principale occupation est de surprendre'quelques regards ou quelques paroles du Prince, disoiten présence d'un vieux & fin courtisan : J'étois hier au coucher du Roi, qui me dit cette nouvelle. II s'approprioit, par ce moyen, à lui seul ce que le Roi avoit dit pour tous ceux qui l'écouroient. Le vieux courtisan, dans la vue de lui ftire sentit cette vanité ridicule, lui dit: Et moi, j'étois hitr au Sermon du Père Bourdaloue, qui me dit ds fort belles choses.

Où la vanité ne se loge-t-elle pas ? Socrate apperçut un jour le Philosophe Antiflhène, qui tournoit son m-""*",j f en montrer à tout í- .tiunoe un côté qui étoit déchiré. O Antistbène ! s'écria Socrate, je découvre ta vanité au travers des trous de ton manteau: Vies des anciens Thilosophes.

La vanité , dans bien des occafions, nous seir raifonner comme ce Maître d'Ecole, dans le dant Joué, de Cyrano de Bergerac. Ce Régent veut prouver qu'il est le plus bel homme du mon

Vanité. 33s de, & voici comme il s'y prend : « L'Europe est i, la plus belle partie du monde; la France est le » plus beau pays de l'Europe; Paris est la plus J, belle ville de France, l'Univerfité est le plus » beau quartier de Paris; la plus belle chambre de » l'Univerfité, c'est la mienne; je suis le plus » beau de ma chambre : donc je suis le plus bel » homme du monde ». Combien d'hommes vains s'attribuent , par un raisonnement aussi extravagant, une bonne partie de la supériorité qu'ils accordent à tout le Corps dont ils sont membres!

Une jolie soivame avoit un gros diamant au doigt : Bergerac le considérois avec curiosité. La maîtresse , qui étoit présente , soutenoit le diamant fin. Oh! reprit Bergerac, faisons-lui l'honneur de croire qu'il est du Temple; car si le diamant est bon, la fille ne vaut rien.

On regardoit le portrait d'un homme extrêmement vain, qui s'étoit fait peindre dans une attitude, & avec des attributs au-dessus de son mérite & de fa qualité. Comme quelqu'un disoit, sur ce que ce portrait n'étoit pas bien ressemblant : Voilà un mauvais Peintre ! Je le trouve sort judicieux t repartit un homme d'esprit.

VENGEANCE.

O N a dit que la vengeance étoit douce. Oui, pour une atre foible , & incapable de supportee l'injure : Voye\ Pardon des injures.

Le fanatique Telton, qui tua le Duc de Buckingham , favori de Charles II, Roi d'Angle'terre, étoit si vindicatif , qu'ayant un jour appelle en duel un gentilhomme qui l'avoit offensé , Sc croyant que la qualité de ion ennemi lui feroit peut-être resuser le cartel , il lili envoya d'abord /\- n^ en même temps un de ses doigts, qu'il se coupas

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